[L4] Séance du 22 octobre 2008

Publié le par 1A 08/09 notes

Humanités scientifiques : Séance 4.


Deux informations concernant le journal de bord :

Lors de l’examen, qui aura lieu le 2 février à la maison des examens, pas de portable (pas assez de prises).

  • Si on prend un cahier : format A4, pas plus !

Il faut aussi que tout soit d’un seul tenant.

  • Si on prend un ordinateur :

La note porte à la fois sur la dissertation et sur le journal de bord.


Exemples d’entrées du journal de bord.

  • Le Monde 2 : Dessin de Pessin, « 3 fois rien » -> politique de la nature. On ne sait pas comment situer dans la nature le souffleur ou le râteau.

  • Le Monde de l’innovation, publicité : « sans Thales, notre monde serait bien différent »

  • Le Monde du 21.10 : Huit semaines sans voiture.

  • Le Monde du 19-20.10 : L’Homo bionicus descend du singe.

  • Le Monde du 19-20.10 : Le krach actuel représente l’accident intégral par excellence.

  • Le Monde du 18.10 : Le retour de l’Etat, la solution aux dérapages du marché. Six économistes répondent -> pour la première fois, on voit le visage des économistes, et on se rend compte que leurs idées divergent.

  • Le Monde du 18.10 : Paul Krugman, Prix Nobel d’économie. Le jury a récompensé un citoyen impliqué dans la vie politique en plus d’un économiste -> le prix Nobel a été donné à un antilibéral au milieu de la crise.

  • Le Monde du 18.10 : Nobel d’économie : coup de maître -> l’auteur jette un doute sur la qualité scientifique du Nobel d’économie, et donc sur celle de la science économique en général.

  • Le Monde du 19-20.10 : Finance et sociologie.

  • Le Monde du 18.10 : De quel réel cette crise est-elle le spectacle ? -> grâce à la crise financière, le communisme gauchiste et maoïste va pouvoir retrouver une position centrale.

  • Le Monde du 10-11.10 : Appel de Blois.

  • Exposition sur le futurisme, actuellement au centre Georges Pompidou.


Rappels concernant le cours précédent :

  • Pas de changement d’échelle possible sans le détour par des techniques et des sciences (artisanat, bureaux, laboratoires).

  • Ces détours sont visibles en cas d’innovation ou de panne, invisibles dans les cas de routine et d’habitude. Finalement, si on sait comment ça marche, c’est qu’on est en situation de crise.

  • Une conséquence inattendue du changement d’échelle par détour et composition : l’opacité des dispositifs.


Introduction :

Si la science politique étudie des machinations, alors elle doit aussi étudier les machines et les machinations des humains et des choses.

Les humanités scientifiques = Machiavel au carré !


L'innovation technique et la notion de "système technique" : l'exemple de l'invention des containers

C’est une invention de Malcolm McLean.


Pourquoi avoir choisi le cas du container ?

  • facile à comprendre en termes d’innovation puisque c’est d’abord une idée de logistique ;

  • contenu technologique léger et pourtant conséquences matérielles énormes sur la géographie de la planète et l’architecture des ports ;

  • conséquences gigantesques et rapides, va permettre la globalisation commerciale ;

  • constitué d’un feuilletage d’innovations de natures très diverses ;

bien documenté (cf. livre de Marc Levinson : Comment le container a rétréci le monde et élargi l’économie ).


Notion de dépendance au sentier :

Cet exemple va nous permettre de bien comprendre la notion clef d’irréversibilité ou de « dépendance au sentier » (path dependency).

  • Exemple de du clavier qwerty. Ce clavier est nul mais on ne peut plus rien y faire car on y est habitué. Ainsi, prisonniers du clavier américain, les usagers chinois ont contourné la difficulté en modifiant totalement leurs habitudes d’écriture plutôt que de revenir en amont, au problème du clavier qwerty.

Quelles que soient les innovations réalisées d’abord, la première reste toujours déterminante.


De la même manière, le système technique avant l’invention du conteneur semble totalement irréversible malgré ses inconvénients :

Des quais en épis accueillent des bateaux dont on entrepose le fret dans des hangars avant de les charger dans des remorques ou des wagons. Les marchandises ont des formes et des volumes disparates. Les dockers sont indispensables pour charger et décharger les bateaux.


Pourtant le système de fret a de nombreux désavantages :

  • extrêmement couteux (nombreuses ruptures de charge) ;

  • énormes pertes à chaque transbordement ;

  • dépendance très grande aux syndicats de dockers ;

  • complète séparation des métiers maritimes et terrestres.

RESULTATS : sentiment d’immense distance de tous les lieux les uns par rapport aux autres et avantage donné à la proximité des ports.

Sentiment d’impuissance devant l’ampleur des éléments lourds (ports, infrastructures, lois, habitudes) qui rendent impossible tout changement.


Malgré tout, de nombreux scientifiques vont se pencher sur ce problème et inventer différentes versions de containers. Pourquoi ces précurseurs échouent-ils ?

En fait, les tentatives d’innovation sont isolées et donc n’ont jamais de suite. Un exemple : les bateaux ne sont pas faits pour accueillir des conteneurs, donc personne ne veut en acheter.

Deux citations résument parfaitement cette situation :

  • « Les qualités du système ne sauraient être vraiment efficients dans son adoption généralisée et une concertation entre tous les utilisateurs. L’idée de son hégémonie est intrinsèque au container ; il a ceci de remarquable et de très innovant qu’il oblige à penser la circulation de la marchandise selon une optique globalisante «  (Borruey p.303)

  • «  Le conteneur n’est pas une marchandise. Le conteneur en soi est un moyen de transport dont l’offre de service, très avantageuse, réside dans sa dimension intermondiale » (idem p.315)


Notion (capitale) d’externalité de réseau :

L’utilité de l’innovation dépend de son adoption par les autres.


C’est là qu’intervient McLean, qui a une idée de génie et qui commence par acheter des camions.

Il invente ensuite la remorque/container. L’idée est techniquement simple : séparer la remorque de sa plateforme et la transformer en boîte amovible fixée par des plots.

  • Evènement historique quand McLean fixe le premier container sur un bateau réformé, le Ideal X.


Mais très vite, un autre problème se pose : l’innovation de McLean exige un changement de législation. En effet, la loi américaine ne l’autorise pas à posséder à la fois une compagnie de transport terrestre et une compagnie de transport maritime. McLean fait changer cette législation. Son invention a des conséquences énormes, dont la modification totale des ports : en dix ans le port de fret de New York à Manhattan disparaît au profit d’un port nouveau dans le New Jersey.


On assiste également à une modification totale des conditions de travail, des distinctions entre métiers, de l’organisation syndicale, des modes de paiement.


Conséquence : la modification totale des conditions de consommation sur toute la planète.

  • Depuis le fournisseur jusqu’au client final, le conteneur reste intact sans nouvelle manipulation.

  • Pour la première fois, des biens fragiles (vins, fleurs, fruits, meubles, machines etc.) peuvent être transportés partout, d’où une augmentation formidable des choix de produits sur tous les points de vente.

  • Tous les points de l’espace peuvent recevoir les mêmes produits.


Les autres découvertes de McLean, ce petit génie :

  • Pour qu’une innovation tienne, il faut que toutes les innovations dérivées soient en place : la dépendance au sentier entraîne l’obligation d’innover en aval de la première innovation.

  • Pour qu’une innovation tienne, il faut tenir aussi les aspects légaux en particulier les droits de propriété sur les brevets.

  • Pour qu’une innovation tienne, il faut aussi maîtriser les technologies intellectuelles : compatibilité.

  • Pour qu’une innovation tienne, il faut contrôler les normes et les standards.

  • Enfin, il ne faut pas négliger la communication.


Une innovation n’est jamais seulement une idée ou un objet mais toujours un écosystème complexe. Chaque innovation répond à un problème.


Illustration dans le cas du container :

Idée de logistique : la caisse détachable et mobile, PB -> Changement de réglementation + brevets, PB -> Lutte syndicale et redéfinition des métiers, PB -> Grues et loquets, PB -> Force de vente, PB -> Standards -> OK.


Le changement d’échelle !

Tout ce qui a été construit peut être déconstruit, mais il faut le recomposer maille par maille, élément par élément (validité de limite de la dépendance au sentier).



Ce qu’il faut retenir :

  • Innovations capitales pas forcément lourdes techniquement ;

  • Importance décisive des effets de réseau ;

  • Un ensemble technique devient peu à peu un système technique ;

  • Aucune différence a priori entre organisation des humains et des choses ;

  • Le global (vécu) c’est le global rendu possible (en partie) par les conteneurs ;

  • Supprimez les conteneurs, tous les lieux de la planète s’éloignent les uns des autres.


Publié dans Semestre 1

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