Boutry séance 8: la monarchie de juillet

Publié le par 1A 08/09 notes

 

Histoire, Philippe Boutry


Séance 8: La monarchie de juillet



Révolution populaire. Le peuple de Paris a chassé Charles X du trône, il a mis à sa place son cousin Louis Philippe d’Orléans. Ce nouveau roi lui a été présenté par un revenant, Lafayette, symbole des révolutions française et américaine. Lafayette donne l’accolade à Louis Philippe devant le peuple, qui acclame son nouveau souverain. Lp doit donc son trône à la révolution de juillet

Il restera comme un roi qui doit son trône à une révolution.

Conséquence : aux yeux d’une partie des classes dirigeantes, déficit de légitimité. Il doit son pouvoir non pas à Dieu comme le veut la théorie du pouvoir de droit divin, non pas à une assemblée, mais au peuple de paris. Dès lors va naitre une nouvelle idée, celle de la légitimité. La légitimité appartient au fils aîné du roi, dans la couronne de France. Dès lors, lp se voit opposé chez ceux qu’on appelle les carvistes (charles x) et bientôt les légitimistes, un adversaire : petit fils de Charles x, Henri V, comte de Chambord, duc de bordeaux. Il incarne la légitimité de la branche ainée des bourbons. Il vit en exil et constitue une menace constante pour la légitimité de lp. De l’autre coté, celui des républicains, on reprochera tjrs à lp d’avoir confisqué la révolution. On regrettera que Lafayette n’ait pas proclamé la république. Le caractère populaire de la révolution de 1830 prive lp d’une partie de sa légitimité. À droite, on revendique celle de la branche aînée ; à gauche, on revendique la république qui aurait du succéder à la monarchie.


Révolution nationale. C’est Paris qui à fait la révolution mais très vite, l’armée puis la nation toute entière s’est ralliée au nouveau régime. Cela est du à l’impopularité du règne de Charles x, du règne du trône et de l’autel. Louis Philippe se veut l’homme de la nation. Il rétablit aussitôt le drapeau tricolore, celui de la révolution et de l’empire, qui se trouvait sur les barricades. Il se présente comme l’homme qui va réconcilier la monarchie et la révolution de 1789. Il le peut à cause de son père, cousin de louis XVI, Philippe d’Orléans, aristocrate libéral. Avant la révolution, grand maitre du grand orient de France (franc maçonnerie), député à la constituante puis à la convention. Il songe déjà à remplacer louis XVI. Il prendra le nom de Philippe Égalité. Il vote même la mort du roi louis XVI. Robespierre se méfie de ses ambitions et le fera guillotiner. Le fils de Philippe égalité, lp, aura donc connu les premières années de la révolution, il était membre du club des jacobins. Il a servi dans les armées de la révolution, présent à Valmy et Jemappes. Bref, lp se présente comme l’homme de la nation, celui qui réconcilie la nation toute entière. Il l'affirme en menant une existence assez bourgeoise. Il est le premier roi à mettre ses enfants au lycée, il fait visiter sa chambre, est fidèle à sa femme. Comme dira Thiers : “un roi citoyen”, qui correspond à l’époque des notables et à leurs valeurs, même si en lui même il se considère aussi comme l’arrière petit neveu de louis XVI.


Révolution libérale car lp ne s’est pas seulement appuyé sur le peuple et l’armée, il s’est appuyé sur l’assemblée (chambre des députés). Il a soutenu les droits du parlement contre les ordonnances de Charles x et il fait sanctionner son pouvoir par la chambre des députés, d’abord comme lieutenant général du royaume puis comme roi des français. Il se veut l’homme de la charte (constitution), libéral à l’anglaise et il estime que l’on va revenir à la situation de 1789, càd une monarchie réellement constitutionnelle, en terminant les révolutions. Néanmoins, ce libéral reste un libéral conservateur attaché à l’ordre social traditionnel, celui des notables. De la révolution elle même se dégage une figure très composite et hétérogène de ce roi. Trois appellations vont lui être accolées : roi citoyen et réformateur (même si de + en + conservateur), roi des français, roi des barricades (règne marqué par le divorce entre le pays légal et le pays réel).


I- Roi citoyen


Les premières années de la monarchie de juillet sont marquées par un ensemble de réformes libérales qui ne doivent pas être minimisées. Elles ont acclimaté le libéralisme dans notre pays, transformé la culture politique, le droit et même en partie la société. Que faut il retenir des grandes réformes de la monarchie de juillet ?

La charte révisée : constitution octroyée par louis XVIII. Lp la maintient dans son ensemble : monarchie parlementaire à l’anglaise. Néanmoins il apporte qqes modifications. Parmi elles, le catholicisme n’est plus religion de l’état. Depuis 1830, la France n’est plus juridiquement une nation catholique. D’autre part, il réduit le pouvoir exécutif, en particulier le roi ne peut plus gouverner par ordonnance (décret). Il doit avoir tjrs l’approbation du parlement. Inversement, il renforce le pouvoir législatif. Les chambres (députés et pairs) ont l’initiative des lois. Les ministres sont responsables devant les chambres, ils doivent donc avoir une majorité parlementaire. Enfin, la chambre des pairs, n’est plus héréditaire.

Sur le plan religieux encore, la monarchie de juillet établit une stricte égalité entre les trois confessions reconnues : catholicisme, protestantisme, judaïsme. Les dernières discriminations à l’égard du judaïsme tombent. Les rabbins sont payés par l’état comme les curés et les pasteurs. Le régime est même très favorable au protestantisme.

Réformes électorales : elles élargissent de façon modérée le droit de suffrage. La loi électorale d’avril 1831 abaisse le cens de 25 ans + 300F sous la révolution à 21 ans + 200F. Pour être éligible, il fallait 40 ans + 1000F ; maintenant, 30 ans + 500F. La réforme n’est pas extraordinaire mais elle double le nombre de votants de 90000 à 170000, 240000 en 1846 sur 36 millions d’habitants (moins qu’en Angleterre). Par contre, la loi municipale de mars 1831 étend largement le droit de vote pour les élections locales. Plus le village est petit, plus le corps électoral est important pour éviter le monopole des notables. Le nombre d’électeurs locaux atteint environ 2 millions de personnes, comprenant des paysans aisés et la petit bourgeoisie rurale → apprentissage politique au niveau local.

Mars 1831 : loi sur la garde nationale, invention de la révolution : garde armée formée de citoyens qui assurait l’ordre local (rondes, surveillances). Il fallait posséder un uniforme et un fusil. La garde nationale était donc ouverte à la petit bourgeoisie. Or les élections des officiers de la garde nationale sont libres. La garde nationale constitue un mode d’apprentissage du politique. Extension du suffrage au niveau local, au niveau de la garde nationale, même si au niveau législatif, le suffrage censitaire conserve un aspect inégalitaire.

Loi de réforme pénale d’avril 1832 : révision du code pénal napoléonien, 45 cas de peines de mort. La réforme supprime les peines corporelles (poing coupé, marque au fer rouge). Invention des circonstances atténuantes. Prise en compte de la situation générale de l’accusé (age, sexe, niveau de vie). Diminution par deux en dix ans du nombre d’exécutions, introduction de + d’humanité dans le code pénal.

Loi Guizot sur l’instruction publique en juin 1833, étape très importante dans l’alphabétisation des français. Impose la création d’une école par commune et d’une école normale par département → possibilité de s’instruire pour des millions des français. Néanmoins, l’école n’est ni obligatoire, ni gratuite. Les maitres/instituteurs, sont rémunérés par les parents et ceux-ci envoient plus volontiers les garçons que les filles. L’école n’est pas non plus laïque : enseignement moral et religieux, selon la religion des parents. À la fin du régime, il n’y a plus que 3000 communes sans écoles, les plus petites. Le nombre d’enfants scolarisés a doublé. C’est la conviction de Guizot, libéral conservateur, que par l’instruction, on parviendra à développer la capacité politique des français.

La loi de 1838, encore en vigueur, sur les asiles d’aliénés. Les aliénés étaient en dehors du droit, la loi de 1838 leur donne une identité civile, des droits, des tutelles juridiques. Elle permet aussi le placement des aliénés dans les asiles, placement volontaire ou d’office. Certes, cette loi ne règle pas tout mais permet d’offrir des garanties juridiques aux personnes aliénées.


Ces réformes s’arrêtent presque totalement dans la seconde partie du régime, gagné par l’immobilisme. Il faut remarquer les limites : la citoyenneté demeure le privilège de la fortune, il faut payer beaucoup d’impôts pour voter pleinement. Les femmes restent exclues de la sphère politique et restent des mineurs sur le plan juridiques. Les tentatives d’introduction du divorce échouent. L’esclavage est maintenu dans les îles à sucre. En 1848, ce sont encore 260 000 hommes femmes enfants achetés ou vendus. Néanmoins, la traite des esclaves est interdite. Il y a donc de sérieuses limites au libéralisme de la monarchie de juillet


II-Roi des Français


Le régime accompagne la grande mutation des années 1840, l’industrialisation. La France entre pleinement dans l’âge industriel et capitaliste. L'Angleterre l’avait fait 60 ans plus tôt, à partir de 1780. La France cesse d’être un pays entièrement rural. Cette manifestation est d’abord démographique : de 32 à 36 millions d’habitants. La croissance démographique est cependant plus faible que dans les pays voisins. En second lieu, l’économie connait une accélération remarquable : 2,5%. Transports : age d’or des canaux lancés par un grand plan, le plan Becquey ; la France manque de grands fleuves navigables. Débuts du chemin de fer : en 1837, on inaugure la ligne paris - st germain en laye. En 1842, première loi sur les chemins de fer est votée. Elle met la construction des voies à la charge de l’état qui se charge des expropriations et confie l’exploitation à des compagnies. Amorce de réseau ferré, 1900km de chemins de fer à la fin du régime. Il faut importer les techniques et les ingénieurs d'Angleterre, de Belgique ou d'Allemagne. Grande loi sur les chemins vicinaux en 1836. Elle désenclave les campagnes, amorce ‘une révolution des transports qui se poursuivra sous le second empire. Révolution agricole, hausse des rendements dans tous les domaines. Progrès de la spécialisation, de l’élevage. Progrès des cultures industrielles : betterave (sucre), textile (lin, chanvre, soie). Sol améliorés : chaux, marne.

Première révolution industrielle : charbon comme source d’énergie, exploitation massive du fer du nord et de l’est de la France + massif central. Second axe : le fer, la fonte et l’acier, sidérurgie. Troisième axe : textile, en Normandie, Rouen, Nord, Lille Roubaix Tourcoing, Alsace Mulhouse. Conséquence : apparition d’un prolétariat industriel. Le prolétaire est l’homme qui ne possède que ses enfants et sa force de travail. Il s’agit essentiellement de paysans pauvres, ouvriers agricoles, arrachés au travail des campagnes pour rechercher les salaires de l’industrie. On compte 1 300 000 ouvriers de fabrique ou de manufacture, à ne pas confondre avec les artisans. C’est l’âge du capitalisme sauvage avec un minimum de droits sociaux et de protection sociale, un minimum de lois sociales ; 1841 : loi sur le travail des enfants, pas + de 8 heures par jour à partir de 8 ans, pas + de 12 à partir de 12 ans. Urbanisation des villes nouvelles et industrielles : villes houillères, textiles. Grandes villes : Lyon, Marseille, Rouen, Lille. Urbanisation très rapide avec faubourgs misérables : 1832, 1849 → choléra. Apparition d’une double ségrégation. Horizontale avec quartiers bourgeois (st germain, faubourg st honoré) et ouvriers. Ségrégation verticale dans immeubles du centre ancien : étages nobles aux plafonds élevés, puis étages étroits jusqu’aux chambres de bonnes. C’est ce Paris que décrit Eugène Sue, dans Les mystères de Paris.

Modernité culturelle : révolution de la presse, liée à Émile de Girardin. Il lance en 1836 un journal, La Presse, premier grand journal moderne qu'ai connu la France, suivi du Siècle. Le prix des journaux est divisé par 4 : publicité en dernière page pour abaisser le coût du journal. Romain feuilleton en bas de la première page (“rez-de-chaussée” du journal) : Balzac, Dumas. Effervescence extraordinaire sociale et politique : âge d’or des premiers socialismes français. Des théoriciens inventent une refondation du social. On y retrouve les disciples de St Simon, de Fourrier, Pierre le Roux, Louis Blanc (organisation du travail), projets communistes d'Étienne Cabet qui décrit une communauté intégrale qu’il appelle l’Icarie où tout est commun, projets des premiers socialistes avec Proudhon (la propriété, c’est le vol). Un frémissement social et politique est visible, dont le mot-clé est association : il s’inspire en effet des premières associations ouvrières, les sociétés mutuelles qui garantissent les ouvriers contre les risques de décès ou d’accidents du travail. Invention du social se joue dans les années 1840. Le mot démocratie, à cette époque, a inséparablement un sens social et politique. Tous ces projets feront surface en 1848, sans succès.

Enfin, la fibre nationale. Le régime s’est voulu national, comme la révolution de 1830. Il adopte les trois couleurs et le coq. Il vise à réconcilier les Français avec la révolution de 1789 et avec l’Empire. Thiers, auteur de l’histoire de la Révolution et de l’Empire, accomplit un acte symbolique. Le 15 décembre 1840, il fait ramener les cendres de Napoléon de l’île d’Elbe et les fait placer sous le dôme des Invalides, devant un million de personnes à Paris. La légende napoléonienne en sortira renforcée et servira le futur Napoléon III ( erreur stratégique). La France reprend une expansion territoriale outre-mer avec l’occupation de Tahiti, avec la conquête de l’intérieur de l’Algérie, objet d’une guerre passablement atroce, guérilla, destruction systématique des troupeaux et récoltes contre Abd-el-Kader. C’est le début de la colonisation de l’Algérie, les meilleures terres étant retirées aux Algériens.


  1. Roi des barricades


Immobilisme croissant. Au départ, deux lignes politiques entourent le Roi : le mouvement autour de Lafayette et de Laffite (banquier de gauche) ; la résistance autour de Casimir Perrier (banquier aussi) et Guizot, grand homme du régime. Le mouvement cesse vite car le régime doit faire face à des tentatives d’insurrections sociales et politiques, comme celle des Canuts à Lyon en 1831 et 1834 : vivre en travaillant ou mourir en combattant. Ils exigent le droit au travail et à un revenu minimal. Premiere insurrection purement sociale qu’ait connu la France. Elle sera matée par l’armée. En juin 1832, pour l’enterrement du général Lamarque, on se bat dans le centre de Paris ; écrasement de la révolte des étudiants républicains. Nouvelle tentative : massacre de l’immeuble de la rue Transnonnain. En 1839 : société des Saisons emmenée par deux hommes, Blanqui et Barbès. Tentative d’insurrection légitimiste en Vendée en 1832. La duchesse de Berry tente de révolter la Vendée. A partir de 1835, des lois interdisent toute opposition légitimiste, républicaine ou bonapartiste. Elles sont efficaces mais conduisent le pays à l’immobilisme. Le parti de la résistance a vaincu, politique du “juste-milieu” dont le symbole est Guizot → immobilisme politique, ordre social, enrichissez-vous par le travail et par l’épargne. Le régime politique est bloqué : âge d’or de la candidature officielle, des députés fonctionnaires. Devant cette crise d’immobilisme, les contestations se font jour de la part des sociétés républicaines qui multiplient les attentats contre LP, qui échappent à 14 d’entre eux. Émigration de l’intérieur, Châtelains, populations du Midi et de l’Ouest. Résistance des catholiques qui réclament la liberté de l’enseignement. Crise économique et sociale de 1845-46 multiplie les attaques contre le régime. 1847 : campagne des banquets. Régime emporté comme par accident le 24 février 1848 : banquet de Paris interdit, affrontements, quinzaine de morts, promenés la nuit dans Paris sur une charette. Au lendemain, la ville est couverte de barricades. LP abdique en faveur de son petit-fils. La foule refuse la régence. Alphonse de Lamartine proclame la République. Le roi des barricades a péri par les barricades.

Publié dans Semestre 1

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