Boutry - Séance 5

Publié le par 1A 08/09 notes

L’AVENEMENT DES SOCIETES ET DES REGIMES MODERNES (1750-1850)

Philippe Boutry



Séance 5 : la tradition impériale


Remarques liminaires


France : pays commémoratif. Rapport particulier avec son histoire.

Goût pour les dates → bicentenaires napoléoniens : banque de France (1800), préfets (1800), cour de cassation (1800), code civil (1804), Austerlitz (1805), etc.

→ Mémoire de Napoléon s’est brouillée : bicentenaire de la naissance de Napoléon.

Bicentenaire d’Austerlitz : commémorations militaires, etc. brouillé par le rappel du fait que c’était Nap. qui avait rétabli l’esclavage en 1802 dans les Antilles.



Introduction


Mémoire brouillée car difficile, contradictoire et politiquement ambigüe → distinction de ≠ périodes :

  • 1815 → interdiction de parler de Nap. (Condamnation de la mémoire : « Damnatio memoriae ») : « ogre », « tyran », « usurpateur ».


  • Jusqu’en 1830, révolution, nationale, visant à rétablir consensus national → mémoire Nap. exaltée, par l’armée (élévation de colonne Vendôme qui porte statue de Nap., moment où l’on achève l’arc de Triomphe sur lequel est noté le nom des généraux de Nap.

15 décembre 1840 : + gde manifestation parisienne → ramène le corps de Nap. de Ste Hélène aux Invalides.

Nombreuses histoires napoléoniennes écrites, notamment par Adolphe Thiers.

Epoque où se construit « mémoire nationale » : Balzac, 1833 (Le Médecin de campagne) → paysans « racontent » l’Empereur, l’ « homme » : légendes napoléoniennes, qui vont avoir des conséquences majeures : élection de Louis-Nap, son neveu, comme pdt de la Rép, coup d’Etat, 2 décembre 1851.

Sous le 2nde Empire, idéologie impériale = idéologie officielle de la France. Anciens combattants reçoivent « médaille de Ste Hélène », « N » sur les ponts de Paris, etc.

Mais 2nd Empire = régime difficile. Commence par un coup d’Etat, finit par une gde défaite militaire (Sedan, perte Alsace/Lorraine).


  • 3ème République : condamnation de la mémoire de Nap3, mais aussi de Nap1 → homme des coups d’Etat, des défaites militaires, du « césarisme » (confiscation dém.), usage des plébiscites → dissociation de Bonaparte/Nap : pas de monuments publics à la gloire de Nap, mais existence d’une « Rue Bonaparte ». 1er Larousse (républicain) donne la déf. de Bonaparte : « général français, … mort le 18 brumaire an 8 (date du coup d’Etat) … pour la suite, voir « ‘Napoléon’ ». pas de distinction Nap1/Nap3.


Mémoire difficile, brouillée. Empire occupe donc place particulière aujd. Institutions fondées par Nap. sont durables (bcp existent encore), mais il existe encore une gêne à propos de l’Empire. Contradiction Nap, homme de l’ordre (réorganisation administrative centralisée de la France), Homme de la Grande Nation, héritier de la Révolution.

  1. Napoléon, l’homme de l’ordre


Coup d’Etat, à 30 ans, Général Bonaparte met un terme à 10 ans de rév tout en garantissant les principaux acquis de la rév.

« Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée : elle est finie ».

 Principes : bases du nouveau droit public des français, que Bonaparte ne reniera jamais.

Mais ordre passe également par une administration centralisée et par un régime politique dominé par l’exécutif.


  1. Les institutions : la Constitution de l’an VIII


Sieyès (n’est plus abbé), qui a contribué à la rédaction de cette cstt° (1799-1800) : « une bonne constitution doit être brève et obscure ».


  • Une constitution fondée sur la souveraineté de la Nation


Souveraineté de la Nation, principe rév, pas révoquée.

Fondée sur le SU tous les ♂ de plus de 21 ans votent, mais SU très peu sollicité.

Scrutin indirect, sert à désigner « listes de notabilité » entre lesquels Bonaparte peut choisir.



  • La puissance de l’exécutif


3 consuls jusqu’en 1804, mais les 2 autres n’ont aucun rôle.

1er Consul = Consul à vie en 1802.

Puis « Empereur des Français » en 1804.



  • La division du pouvoir législatif


4 assemblées :

- Conseil d’Etat : prépare les lois.

- Tribunat : discute les lois (ne les vote pas).

- Corps législatif : vote les lois (ne les discute pas).

- Sénat : tous les membres nommés par le 1er Consul, puis par l’Empereur.



  • Le plébiscite


Sorte de référendum où la réponse est donnée d’avance : « Approuvez-vous le Consulat à vie ? » pas anonyme …

Domestique SU : souveraineté du peuple réduite à une pure fiction.



  1. Une monarchie aux formes républicaines


A partir du 2 décembre 1804 (sacre de Napoléon), régime évolue comme une monarchie.




  • Une nouvelle dynastie


Nap évoque une « quatrième dynastie », après mérovingiens, carolingiens et capétiens.

Invention d’une « saint Napoléon » fixé le 15 août (coïncidence fête religieuse et fête politique).



  • Les symboles du pouvoir


Multiplication des symboles : aigles (encore présents sur beaucoup de monuments de Paris), abeilles (insecte travailleur).

Décoration légion d’honneur.

Joséphine, 1ère femme, ne lui donne pas de fils pour assurer sa succession divorce !

Epouse en 1810 Marie-Louise d’Autriche (fille de l’empereur d’Autriche) : fils Napoléon, l’ « Aiglon ».



  1. Une administration centralisée


  • Les grands serviteurs de l’Etat


« Grands commis de l’Etat », grands juristes placés à la tête de l’Etat.

Grands ministres, au passé discutable : Foucher à la police, Talleyrand aux relations extérieures.

Invention des préfets.

Réforme justice et fisc.



  • Les codes napoléoniens et leurs principes


« Codes Napoléon » :

Code civil, en 1804, bien que profondément réformé de l’intérieur, toujours en place.

Code pénal, 1810, également beaucoup réformé avant d’être aboli en 1994 par Badinter.

Code de commerce.

Codes de procédure.

 Tous datent de Nap.


Codes, notamment code civil, fondés sur une conception de la société, héritée de la rév.

  • Autorité paternelle : père peut même faire enfermer ses enfants.

  • Autorité maritale : mari gère l’Ʃ des biens de sa famille, y compris ceux de sa ♀.

  • Incapacité juridique des ♀ mariées : incapacité juridique qui dure jusqu’au milieu du 20ème. Article 212 du code civil : « le mari doit protection à sa femme, la femme doit obéissance à son mari », encore en vigueur jusqu’en 1970 (1870 ?).


Code exclut enfants nés hors mariages, ne connaît que filiation légitime (cadre familial).

Prévoit plusieurs régimes matrimoniaux, mais favorise la dot (somme donnée à la femme, gérée par le mari).

Libéralités permet au père de favoriser un de ses enfants ( droit d’aînesse).

Définit droit de propriété : droit de jouir et de disposer des choses de manière absolue… toujours en vigueur aujd.

Bonaparte rétablit en 1802 l’esclavage aux Antilles.


Code pénal fidèle aux principes du code pénal de 1791, fondé sur la légalité et la fixité des peines.

Mais très sévère : 45 cas de peines de mort, Bonaparte rétablit peines corporelles, la marque (au fer), le pilori et l’exposition publique pour les voleurs.

Réorganise la justice, supprime élection des juges, mais leur donne l’inamovibilité (ne peuvent ê renvoyés).

Met en place système judiciaire encore en vigueur : tribunaux civils/correctionnels, cour d’assise/de cassation.

Invente « juges de paix » (qui disparaît au milieu du 20ème) pour juger les délits ruraux.



  • Les finances


Créé Banque de France, banque privée jusqu’au Front populaire.

Créé Franc germinal en 1803 (franc-or) qui dure jusqu’en 2002.

Réorganise budget Etat, 4 impôts (« 4 vieilles ») : impôt immobilier (terres, immeubles), impôt mobilier, patente, impôt sur les portes et fenêtres (pour comptabiliser richesse).

Institue bourses des commerces.



  • La paix religieuse


Institue 3 cultes reconnus :

  • Catholicisme : Concordat avec le pape.

  • Protestantisme.

  • Judaïsme, un peu plus tard.


 Etat pluriconfessionnel ( laïc).

Clergé (de toute confession) payé par l’Etat, mais également contrôlé par lui (1905 : loi de séparation Eglise/Etat supprime tout ça).



Pans entier de l’administration napoléonienne existent encore aujd.



  1. L’homme de la Nation


  1. L’homme de la « Grande Nation »


Militaire, homme de la guerre ininterrompue (seulement 1 an de paix).

Expansion territoriale de la France.

 Impopularité à l’extérieur, une de ses faiblesses.


  • Les « frontières naturelles » de la France


Dieu, ou la nature, ont fixé des frontières naturelles à chaque peuple.

Sous la révolution, on pensait que c’était les Pyrénées, les Alpes et le Rhin incluse une partie de la Rhénanie et de la Belgique actuelle.

Napoléon, conception encore plus large à l’apogée de ses conquêtes, en 1810, Empire compte 130 départements, de Hambourg à Rome (annexe gde partie de l’Allemagne actuelle et du nord de l’Italie).



  • La justification par les principes révolutionnaires


Abolition des droits féodaux, suppression ghettos où étaient enfermés juifs, proclamation code civil et principes rév dans tous les territoires annexés.



  • Un système d’Etats-satellites


Nomme son frère Louis « roi de Hollande », son frère Joseph roi de Naples, puis roi d’Espagne, Jérôme, roi de…, etc.

Ainsi que ses généraux.



  • Une volonté de dominer l’Europe


Mégalomanie de Nap : volonté de dominer Europe et de multiplier conquêtes militaires (guerres, invasions), qui se retourneront contre l’Empereur (guerre avec Espagne et Portugal, campagne de Russie où meurt la quasi-totalité de la gde armée).



  1. L’armée au cœur du régime


Outil d’une guerre sans fin (1792-1815) presque sans interruption.


  • Les maréchaux à la tête de la société française


Murat, Bernadotte, etc. maréchaux d’Empire.

Officiers, généraux, etc. ont une place très importante.

Troupes d’élites, comme la garde.



  • Une société semi-militarisée


Créé « noblesse d’Empire ».



  • La conscription obligatoire


Fin du régime : on enrôle de force enfants de 15 ans !

Désertions dans les montagnes.

Saignée démographique : environ 1 million d’hommes morts pendant les guerres.





  1. Le bilan d’une politique


  • Un désastre économique : le blocus et ses conséquences


Met en place un blocus continental, qui réussit presque, pour empêcher commerce de l’Angleterre avec les autres.

Mais asphyxie pays satellite (Hollande, Allemagne du nord, etc.)



  • Le retournement du nationalisme contre la France


Souvenirs de gloire.

Bcp d’anciens combattants, fervents adorateurs de l’Empereur.

 Chauvinisme français.

Nationalisme français s’est retourné contre la France : naissance d’un nationalisme allemand, italien, espagnol, etc. « exportation de l’idée de nation » qui va pousser ces pays à lutter France.



  1. L’héritier de la Révolution


Ambigüité : Nap fossoyeur République (avec le coup d’Etat du 18 Brumaire) / consolidateur des principes révolutionnaires.


  1. La première synthèse entre Ancien régime et Révolution


  • L’homme de la synthèse et du consensus national


« J’assume l’histoire de France depuis Clovis jusqu’au comité du salut public ».

 Homme de la synthèse entre monarchie et révolution.

Cherche toujours un consensus national.



  • L’unité sociale retrouvée ?


Veut unifier notables AR et noblesse d’Empire.

Veut unifier peuple/armée dans la guerre.



  • L’homme de 1789 ?


Apparaît longtemps comme l’homme des principes de 1789 malgré évolution dictatoriale du régime, grands principes essentiels de la Rév consolidés.



  1. Des grands principes consolidés


  • L’égalité et la souveraineté de la Nation


Egalité devant la loi, l’impôt, accessibilité à tous les emplois.

  • Les libertés fondamentales


Respect de toutes les croyances et des minorités religieuses.



  • La séparation des pouvoirs : une fiction maintenue


Pouvoir législatif (même si réduit à peu de choses).

Indépendance justice (inamovibilité des juges).

 Même si régime tend à la dictature, met fin à la société d’AR, du privilège.



  1. Les Cent jours


1er avril/22 juin 1815


  • L’exil à l’île d’Elbe


2 avril 1814 : contraint à quitter le pouvoir.

On lui offre île d’Elbe, près de la Toscane.

« Première restauration » retour d’un Bourbon, Louis XVIII. Accumule fautes politiques impression de vouloir revenir à l’AR, licencie armée (symbole de la grandeur du pays).

Napoléon, lui, s’ennuie sur l’île d’Elbe…



  • Le « vol de l’aigle »


Revient le 1er avril 1815, au golfe de Juan, près de St Tropez, un village de pêcheurs.

« Vol de l’aigle » : retour à Paris en une dizaine de jours emprunte routes de montagne, affronte armée à Grenoble (affronte un ancien général d’Empire, le maréchal Ney) armée se rallie massivement à son ancien chef, quand elle se retrouve face à lui.

Expédition se termine en triomphe, à Lyon, puis à Paris.

Pendant 3 mois, va à nouveau gouverner la France : se donne des aspects libéraux.

Demande à Constant (libéral) de lui faire une nouvelle cstt°.

Ʃ de la société se rallie à lui Europe, qui refuse retour Nap.



  • La défaite et la mort


Vaincu par une armée britannique et prussienne commandée par Wellington, dans la plaine de Belgique, à Waterloo le 18 juin 1815.

Hugo Waterloo, victoire contre-révolutionnaire. Défaite finale de la rév, de la « grande nation », du rêve insensé de dominer et d’occuper toute l’Europe.

Signe triomphe de la GB et de ses alliés en Europe.

Aux traités de Vienne et de Paris, France revient aux frontières de 1792, doit abandonner idée de frontières naturelles.


Anglais embarquent Nap sur île Ste Hélène au large de l’Afrique du Sud, dans des conditions difficiles. Meurt le 5 mai 1821.

Emprisonnement de Nap contribue à sa mythification.

Conclusion


Talleyrand, homme important de la Restauration, en apprenant mort de Nap : « c’est une nouvelle, ce n’est plus un évènement ».

Se trompe, mémoire de Bonaparte grandie par Ste Hélène.

Cendres ramenées à Paris

Légende, héritage Nap. pèse pendant longtemps sur la mémoire française.


Publié dans Semestre 1

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