Boutry - Séance 6

Publié le par 1A 08/09 notes

L’AVENEMENT DES SOCIETES ET DES REGIMES MODERNES (1750-1850)

Philippe Boutry



Séance 6 : le romantisme : politique, société et religion



Introduction


Romantisme surtout associé à des faits littéraires.

Mot qui s’est dégradé aujd.

Apparu à la fin du 17ème sentimental, merveilleux, fantastique (être de roman).



  • Emergence d’un mot


Quand il est passé en anglais, mot « romantic » a pris le sens de « poétique ».

Puis mot qui est revenu en France.

Pour Rousseau, par exemple il peut vouloir dire « pittoresque ».

Egalement utilisé en Allemagne.

Germaine de Staël romantique classique : Allemands sont romantiques, français sont de tristes classiques. Associe romantisme à « sensibilité » : « on sent le romantisme », on ne le définit pas.

Mot apparu dans la langue en 1804, s’est généralisé dans les années 1820.

Mouvement littéraire, mais également forme de sensibilité, attitude d’esprit, etc.

« Ere du temps », « esprit du temps ».

Romantisme : climat intellectuel spécifique du 1er XIXème siècle.


Historiquement, romantisme classicisme du 17ème siècle et aux Lumières du 18ème siècle.

 Climat particulier de cette période sur les plans politique, social et religieux.


  • Revalorisation du sentiment face à la raison : homme romantique fait place à l’imagination, à la passion, au mystère, irrationnel, fantastique (ex : Frankenstein, Mary Shelley, 19ème), folie (Nerval par exemple). Romantisme inspire, mais également art sous toutes ses formes. Exprime élans du cœur.

  • Revalorisation du sentiment religieux face à la critique philosophique des Lumières : Lumières avaient dénigré religions, s’étaient moqué des croyances. Romantisme valorise non pas religions, mais sentiment religieux, forme la plus profonde de l’élan du corps humain. Apparaît sous des formes protestante et catholique. Le génie du christianisme, de Chateaubriand, 1802 : catholicisme doit être exalté parce qu’il est beau (non pas parce qu’il est vrai). Goût pour les religions lointaines (découverte de l’islam avec les voyages en Orient) ou pour les théories un peu « étranges » (religions égyptiennes, théorie de la réincarnation, etc.

Romantiques se prennent souvent pour des prophètes : se croient investis d’une mission donnée par Dieu.





  • La revalorisation de l’individu face à la société


Revalorisation de l’individu face à la société : homme romantique est solitaire, en proie au « mal du siècle », « spleen » ( Chateaubriand). Incompris de ses proches, de sa famille (étouffante), révolté (face à la famille, la collectivité), revendique droits de la passion (liberté d’aimer, suicide).



  • La revalorisation des sources étrangères à la tradition classique


Recherche de sources d’inspiration étrangères à la tradition classique (tradition grecque et romaine).

Redécouverte des « légendes du nord », de la mythologie nordique, en Ecosse, Irlande, etc.


Redécouverte/réinvention du MA Lumières (barbarie, fanatisme) cathédrales, châteaux.

Sources non classiques de la littérature Shakespeare : mélange tragique/comique, fait intervenir violence des sentiments.

Rêve d’Orient (Maroc Jérusalem : tous les artistes font le voyage en Orient), de Méditerranée, découverte civilisation indienne.



  • La revalorisation de l’histoire et des traditions populaires et nationales


Homme classique universel (universalité de la raison).

Egalement le cas de l’homme des Lumières, homme cosmopolite.


 Homme romantique : revendique ses racines, enracinement dans une langue, une terre, une culture, un peuple.

Cf. Herder, allemand, qui suscite un gd engouement pour la littérature populaire et la langue nationale.


Recueil des contes comme la plus gde expression de la littérature paysanne (contes des frères Grimm, par exemple).


 Romantisme : âge d’or de l’histoire. Histoire partout dans les œuvres romantiques.

Walter Scott, Ivanhoé.


Historiens également intéressés (Michelet passionné par Jeanne d’Arc, etc.)


Egalement dans les œuvres d’art (opéra de Verdi, de Wagner s’inspirent de la tradition nationale).


Age d’or des grands historiens « historiens de la Nation » : Guizot, Augustin Thierry, Michelet. Mais pas seulement en France.

Exaltent la nation, le « sang » (race), le sol, la langue, l’histoire, la culture.


 Universalisme du classicisme et des Lumières.



 Tous ces thèmes intéressent une conception du politique, du social et du religieux.

  1. Romantisme et politique


  1.  
    1. Le romantisme est-il de droite ou de gauche ?


Fausse question : inspiration romantique unique, mais conséquences politiques diverses selon pays et époques.


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    1.  
      • Une réaction contre les Lumières et la révolution


Quand il est né, en Angleterre, romantisme réaction Lumières et RF, qui exaltent raison critiquent religion, se veulent universelles, et correspondent à une influence française.


1er romantisme caractères contre-révolutionnaires.

Manifeste refus de la domination militaire et culturelle française en Europe.

 Allemagne, guerre de libération Nap : mouvement romantique. Fichte : professeur de philo entraîne des milliers d’étudiants à s’enrôler sentiment romantique de la nation tentative d’hégémonie française. (Or, Nap = classique, croit à l’universalité des valeurs de la grande nation, mais en a une vision militaire, conquérante, d’expansion territoriale). Défaite Nap = en quelque sorte, défaite de l’universalisme des Lumières adapté à des projets de conquête.


Paris, 1815 alliance internationale à contenu mystique, religieux et réactionnaire : « Sainte Alliance », qui unit empereur d’Autriche, catholique, roi de Prusse, protestant, et Tsar de Russie, orthodoxe conservation des monarchies absolues idées des Lumières et de la rév.



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    1.  
      • Une évolution libérale


Revendication des droits de l’individu et de la liberté, notamment liberté de création.

Romantiques anglais : individualistes.

Hugo, 1827 : « Le romantisme n’est rien d’autre que le libéralisme en littérature » (droit de la création/ droit de l’individu).


Revendication des droits politiques individus libres, doivent jouir de droits pol.

Romantiques allemands des années 1820-30 pratiquent conspiration, parfois assassinat politique.

Büchner, étudiant en médecine, un des plus grands auteurs romantiques allemands.

Enthousiasme pour la liberté de la Grèce, pour l’indépendance de la Belgique, pour la révolution de 1830 en France.

1830 : Delacroix peint « La liberté guidant le peuple » (derrière la liberté, un étudiant, un bourgeois et un ouvrier).



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    1. Les aspirations nationales


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    1.  
      • Nation et révolution


Nation pendant longtemps au 19ème siècle, ferment révolutionnaire : faire coïncider peuple/Etat, qui bouleverse les Etats dynastiques.

« Sentiment de nationalité » « nationalisme » du 2nd XIXème siècle.

Sentiment de nationalité : libéral et révolutionnaire, notamment dans les Etats qui réclament leur indépendance.



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    1.  
      • La cause grecque


Grèce, depuis longtemps, = partie de l’empire ottoman (grecs orthodoxes ottomans musulmans). De plus, Grèce : patrie de la culture classique.


Grecs entrent en révolte occupation turcs romantiques se passionnent pour la liberté de la Grèce.

Byron se fait tuer en Grèce au combat.

Delacroix peint massacres de Chio.

Hugo écrit Les Orientales.


 Engouement romantique qui a des effets politiques : intervention franco-anglaise  bataille de Navarrin, détruisent flotte ottomane 1827.

Grèce devient indépendante en 1829.



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    1.  
      • La cause belge


Indépendance Belgique, sous domination hollandaise depuis 1815, se fait au sortir d’un opéra étudiants s’exaltent et renversent symboles hollandais : Belgique proclame son indépendance.



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    1.  
      • Les causes italienne et allemande


Mouvement romantique fondent des mouvements sociaux :

Mazzini, fonde en 1831 la « Jeune Italie ».

Allemagne, Irlande.

 Romantisme épouse cause des libertés politiques et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.



  1. Romantisme et société


  1.  
    1. Une nouvelle perception des rapports du politique et du social


Lumières, RF s’intéressent peu aux facteurs sociaux (sauf cstt° an 2).

 Romantisme invente dimension sociale du politique telle qu’elle existe aujd. Pense le politique en termes sociaux.


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    1.  
      • Qu’est-ce que le peuple ?


Mot central dans le lexique politique romantique.

Peuple : catégorie intégrative on peut y intégrer des pans entiers de l’analyse, politique sociale et culturelle : sol, sang (race : pas de connotation raciste), langue, histoire, culture, au sens large, mais aussi l’Ʃ des classes sociales (paysans, cœur et racine de la nation, bourgeois, ouvriers, et parfois noblesse et clergé).



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    1.  
      • Le peuple, fondement de l’identité politique


Usage de ce mot a des conséquences politiques.

En grec, peuple = demos ( démocratie).


Usage du mot idée d’un Etat dynastique (souverain de droit divin) ou du parlementarisme (1er libéralisme : seuls propriétaires sont citoyens).

 Souveraineté politique est bcp plus large : tout le monde est appelé à être citoyen.



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    1.  
      • La mystique du peuple


« Vox populi, Vox Dei » la voix du peuple, c’est la voix de Dieu.

Si la souveraineté réside dans le peuple, le peuple a toujours raison.

Idée du SU France, 1ère à le proclamer en 1848.



  1.  
    1. L’ambiguïté du peuple


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    1.  
      • La non-distinction des intérêts de classe


Catégorie intégrative : ne distingue pas les intérêts des classes sociales qui peuvent être très différents, voire opposés.



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    1.  
      • La négation des revendications nouvelles


 Ne prend pas en compte les revendications des classes ouvrières ou populaires.



  1.  
    1. L’invention du social


Social devient une dimension inséparable du politique, et c’est toujours le cas aujd.


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    1.  
      • Le socialisme


Socialiste, puis socialisme, mots qui se répandent dans les années 1830 : en Angleterre d’abord avec Robert Owen, puis en France, avec Pierre Leroux, théoricien.


On trouve des éléments différents dans ces théories :



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    1.  
      • L’avènement de la société industrielle


Apparition nouvelles catégories sociales (patrons d’industrie, ingénieurs et techniciens, mais aussi et surtout prolétaires –proles, en latin : celui qui n’a que ses enfants).

Constitution rapide des 1ères classes ouvrières, souvent dans des conditions épouvantables : arrachement à la terre et au village, concentration dans des faubourgs insalubres, salaire de misère, travail des ♀ et des enfants (dès 6 ans), absence de législation sociale.



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    1.  
      • Une nouvelle réflexion sur la société


Nouvelle société industrielle qui nourrit réflexion intellectuelle sur les bases de la société.

Premiers socialistes : ♂ qui veulent repenser le lien social, la constitution des sociétés.

 Traités d’ « utopistes », songent à un monde qui n’existe pas encore : projets de régénération sociale, de reconstruction de la société sur d’autres bases ( injustice et la misère).


Cf. Robert Owen, New Moral World: à l’origine du mouvement chartiste (donner une charte au people), imagine une réorganisation totale de la société industrielle.


En France :

- Claude-Henri de St Simon, aristocrate (ruiné) 1825 : Le nouveau christianisme visant à refonder la société, comme le christ avait fondé la société. Distingue producteurs (étudiants, ouvriers, etc.) et les « oisifs » (clergés, fonctionnaires, etc.) projet : éliminer les oisifs et créer une société de producteurs, dirigée par l’intelligence. De ce mouvement naissent deux autres : technocratique (fondé par les ingénieurs, les techniciens) / socialiste (révolutionnaires voulant faire changer de base à la société, langage mystique).

- Charles Fourier 1829, Le nouveau monde industriel et sociétaire, théorie des passions (13 passions humaines fondamentales qu’il faut harmonieusement combiner) ; invente une utopie, lieu qui n’existe pas : « Phalanstère » (fondé sur la communauté du L, mais aussi des ♀ et des enfants, doit permettre harmonie universelle. Philanthrope financera le 1er phalanstère).

Abondance du mot « nouveau » : refonder qqch qui corresponde à la nouvelle société industrielle.


Idées qui se popularisent : effervescence du social.

 Pierre Leroux, Louis Blanc : L’Organisation du L, Proudhon, Cabet (Icarie, où règnera le communisme, autre utopie).



  1. Romantisme et religion


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    1. Une conception religieuse du monde


Mouvement religieux qui ne se réfère à aucune religion en particulier.

Conception religieuse du monde vocabulaire religieux.


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    1.  
      • Des itinéraires religieux complexes


Victor Hugo, George Sand

 Se sont formé des « religions personnes ».




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    1.  
      • Les « religions de l’avenir » et « de l’humanité »


« Religions de l’avenir » (Quinet), « religions de l’Humanité » (Leroux) fondation d’un nouveau lien social entre les hommes.



  1.  
    1. Une réaction contre les Lumières


D’abord une réaction contre les Lumières, en particulier Voltaire.


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    1.  
      • Le traditionalisme


Années 1820, pensée traditionaliste Lumières, au nom de la tradition.

Lumières individualiste loi des peuples qui se fait au nom de la tradition.

 Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Félicité de Lamennais : penseurs de la tradition critique de la religion.



  1.  
    1.  
      • La défense des religions établies



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    1. La redécouverte d’une mystique de la nation


Dès 1830, redécouverte d’une mystique religieuse du peuple ou de la nation.


  1.  
    1.  
      • Le tournant libéral


Lamennais, qui soutenait monarchie absolu, devient libéral après 1830, puis socialiste.

Tradition = peuple.

Peuple = Dieu.



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    1.  
      • Un mysticisme révolutionnaire


Mélange de façon assez troublante langage religieux et options socialistes/révolutionnaires « Christ prolétaire », symbole de la révolution à venir ; socialistes parlent de leur foi démocratique.



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    1.  
      • Vers une nouvelle religion de l’humanité




Conclusion


Romantisme a bouleversé les conceptions du social, du politique, et du religieux.

Publié dans Semestre 1

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