Boutry - Séance 7

Publié le par 1A 08/09 notes

L’AVENEMENT DES SOCIETES ET DES REGIMES MODERNES (1750-1850)

Philippe Boutry



Séance 7 : La Restauration (1814-1830) : tradition et innovation

17/11/08


Introduction


Régime qu’a connu la France entre 1814 et 1830.

Malgré sa très mauvaise réputation, innovation sur le plan de la modernité politique.


Moment caractérisé par deux idées fondamentales.

Restauration est un régime réactionnaire (l’un des seuls régimes en France) et contre-révolutionnaire.

Restauration a peu restauré, pas revenue à l’AR, mais a consolidé les principaux acquis de la RF et de l’Empire.


  • Un régime réactionnaire


Réactionnaire « réaction ».

Mot qui vient du vocabulaire scientifique : mécanique de Newton (« à toute action s’oppose une réaction égale ») et chimie de Lavoisier.

Mot qui entre dans le voc politique au cours de la RF, notamment au cours de la période de Thermidor (an 3 : 1794-1795). Mot théorisé par un penseur libéral : Benjamin Constant.

1795 : publie opuscule qui s’appelle Des Réactions politiques. Applique à la politique la loi de Newton.


Restauration s’est pensée comme une action nécessaire contre la RF et l’Empire : Terreur ; dictature militaire. Espère retour à l’ordre ancien.


Dans la Charte (constitution), Louis XVIII : « il faut renouer la chaîne des temps » rétablir le lien avec l’AR. Projet qui fait sens en 1814-1815 : élites las des conquêtes napoléoniennes, marre de la guerre. De plus, volonté de revanche RF : secteurs entiers de la société française ont souffert au cours de la RF, notamment sous la Terreur anciennes classes dirigeantes (aristocratie, noblesse, une partie de la bourgeoisie qui a perdu ses privilèges, une gde partie de ses biens, nombreuses victimes guillotinées), Eglise catholique (persécution religieuse), nombreux secteurs de la population, notamment paysanne (ex : Vendée), attachés aux valeurs, croyances, hiérarchie de l’ancienne société française.

Restaurer monarchie donner satisfaction d’une revanche, illusion d’un répit. Donner du temps au temps. Permettre à la mémoire d’opérer le travail du deuil, forme de fidélité, d’arrachement, douleur, mais aussi l’acceptation de cette douleur, qui permet d’accepter ce qui s’est passé.


  • Assurer les acquis


Réaction limitée.

Régime a entériné les principales conquêtes de la RF.

On ne revient pas sur l’égalité devant la loi, ni sur l’égalité devant l’impôt, ni sur la liberté religieuse, pour les libertés protestantes/juives. Consolidation liberté presse/opinion.

Restauration maintient codes napoléon : code civil, code pénal. Conserve aussi les principes de représentation de la nation par des assemblées, et du consentement à l’impôt et aux lois. Avalise la nationalisation des biens de l’Eglise (10% de la richesse nationale).

Grandes proclamations, symboles (dont monarchie), mais pas de retour réel à l’AR.

Les nostalgiques de l’AR (« ultras ») sont déçus par la Restauration.

 Difficile de revenir en arrière en histoire : on n’efface ni on ne restaure jamais rien complètement..


  • Innover


Sur certains plans, Restauration, qui n’a donc pas restauré l’AR, a même innové.

Restauration fonde vraiment le régime parlementaire en France.

Restauration consolide le mode moderne de l’élection (même si électeurs très minoritaires, seuls les plus riches votent).



  •  
    1. La Charte Constitutionnelle de 1814


Charte qui se maintient en gros jusqu’en 1848.

Base du parlementarisme français.


  •  
    1.  
      1. Le parlementarisme


Création d’une « monarchie à l’anglaise », c’est-à-dire une monarchie tempérée par des chambres représentatives. France avait connu une 1ère monarchie constitutionnelle de 1789 à 1792, mais qui n’avait pas fonctionné.


  • Parlementarisme et démocratie : le sens des mots


Démocratie parlementaire existence d’un parlement + tout le monde vote.


Deux mots qui n’ont pas du tout le même sens au début du 19ème.


Régime parlementaire fondé sur la représentation de la nation par des chambres élues, mais peuvent être élues par une toute petite partie de la nation !


Démocratie souveraineté du peuple, peuple gouverne.


Régime anglais, à l’origine de tous les régimes parlementaires du monde, est un régime parlementaire sans démocratie (au 19ème, seuls 2% des britanniques votent).

Au contraire, RF se veut en 1793-1794 (Robespierre fondée sur le gouvernement du peuple) démocratique. Mais n’a jamais été parlementaire (dictature révolutionnaire, puis succession de coups d’Etat, puis Empire, semi-dictature militaire).

 


  • Typologie des régimes politiques


19ème siècle, en France, plusieurs régimes se succèdent :

Monarchie constitutionnelle (1814-1848) régime parlementaire sans démocratie (2/3% des français votent).

Deux Empires démocraties (reposent sur le SU) mais sans parlementarisme.

IIIème République, avec constitution de 1875 démocratie parlementaire, fondée sur un régime parlementaire.



  •  
    1.  
      1. Une monarchie parlementaire


  • Le modèle britannique


Louis XVIII a vécu en Angleterre pendant l’exil, et a observé le système britannique.

S’en inspire pour donner la Charte.



  • La charte de 1814


Charte du 4 juin 1814, qui est fondée sur la séparation des pouvoirs (théorie de Montesquieu) et sur deux assemblées (comme en Angleterre).

Exécutif : roi, doté de pouvoirs très étendus.

Mais ne peut gouverner qu’avec les chambres, qui votent l’impôt et les lois.

Deux chambres : chambre des Pairs (cf. chambre des Lords anglais), soit nobles, soit ecclésiastiques, soit bourgeois, nommés par le roi, certains sont héréditaires (cf. Lords) ; chambre des Députés (cf. chambre des communes anglaises).



  • Un parlementarisme encore imparfait


Ministres nommés par le roi, mais ne sont responsables que devant lui (pas besoin d’avoir une majorité dans les chambres).

Ministres peuvent gouverner avec le roi seul, dans certaines limites, puisqu’il leur faut l’accord des chambres pour voter l’impôt et les lois.



  •  
    1.  
      1. Un régime non démocratique


  • Le refus du suffrage universel


Révolution, puis Empire, reposaient sur le SU (mot qui apparaît en 1800).

 Tous les hommes pouvaient voter, mais SU indirect, et très médiatisé sur l’Empire.


Restauration système censitaire ( cens : impôt), analogue à la GB. Plus on paye d’impôt, plus on a de chances d’être électeur, voire éligible.

Libéralisme : pour être citoyen, il faut être propriétaire, homme et adulte.

Loi électorale de la restauration (1817) exige d’avoir 30 ans et de payer 300 francs d’impôt (deux fois ce que gagne un ouvrier en un an !) pour être électeur. Pour être éligible, il faut avoir 40 ans et payer 1000 francs d’impôt (110 000 électeurs, sur environ 32 millions d’habitants : grands propriétaires terriens, pour la plupart nobles, et haute bourgeoisie).



  • La loi du double vote


Système même aggravé en 1820 : loi du double vote (quart des électeurs les plus riches votent deux fois). Cela n’empêche pas la dernière assemblée de la restauration d’être dans l’opposition.



  • L’origine moderne de l’élection directe


Régime qui bouleverse les données de l’élection.

Pierre Rosanvallon Suffrage censitaire est à l’origine moderne de l’élection : désormais, élection directe ( RF et Empire) ; de plus, électeurs réunis dans la même salle, et votent en connaissant ceux qu’ils élisent ; élection directe qui donne lieu à une campagne politique (pas encore de programmes, pas de partis, mais on connaît les sensibilités politiques des personnes).

Innove, créé les conditions du débat politique moderne, même si cela ne concerne qu’une proportion très faible de la population.


1848 SU = extension de ce système.



  •  
    1. Entre tradition et modernité


  •  
    1.  
      1. Le retour aux traditions


Tradition : mot positif. Donne naissance à une philosophie : le traditionalisme.


  • Le traditionalisme


Représentants : Joseph de Maistre (Savoyard), Louis de Bonalde, Félicité de La Mennais.

Critiquent les Lumières au nom de la tradition. Lumières ont donné trop de place à la conscience individuelle. Ont voulu rompre avec tous les fondements sociaux.

Mais traditions sociales, selon eux, inébranlables : religion, famille, propriété, autorité.

Tradition préexiste à l’organisation des sociétés politiques : « le langage est antérieur à la parole » (on ne peut penser que ce qui existe déjà).


 Effets directs sur le renforcement de toutes les autorités sociales :



  • Le retour des Bourbons


Monarchie : Restauration = retour de la branche aînée des Bourbons. Frère cadet de Louis XVI, Louis XVIII, roi de France et de Navarre (nom ancien), homme très intelligent, habile, obèse. A pleinement conscience qu’il faut transiger pour gouverner, de rester et de mourir roi, ce qu’il va réussir à faire, en 1824.

Pas d’enfant frère cadet, Charles X, lui succède. Dernier roi de la branche aînée. Très bel homme, aimé des femmes. Se convertit quand sa maîtresse meurt. Un peu le contraire de son frère physiquement, mais imbécile politiquement, pense pouvoir revenir à l’AR. S’entoure d’ultras. Dernier roi de France qui se fait sacrer, à Reims, en 1825.

Mais dynastie fragile : Charles X n’a que deux fils, l’un est stérile, l’autre, le duc de Berry, qui est assassiné en 1820. Mais sa femme, duchesse de Berry, est enceinte. Enfant, « enfant miracle » : Henri V comte de Chambord, duc de Bordeaux. Ne règnera jamais. Seul héritier des Bourbons de la ligne directe.



  • La restauration de l’Eglise


Restauration : régime du trône et de l’autel monarchie s’appuie sur l’Eglise catholique.

Restauration respecte la liberté de conscience et de culte, pas de religion unique de l’AR.

Mais restauration favorise Eglise catholique. S’efforce de reconvertir la France. Organisation de missions, dans toutes les villes de France, missions solennelles où l’on expie la RF, où l’on pleure sur la mort de Louis XVI.

1816 abolition du divorce, interdit par l’Eglise catholique. Ne revient dans la loi française qu’en 1884.

1825 loi sur le sacrilège, punit par la peine la plus forte du code napoléon (on coupe le bras droit avant de guillotiner, miam miam, peine des parricides) tous ceux qui auraient volé l’hostie, qui représente pour les catholiques le corps du Christ. Réintroduit le droit catholique dans le droit civil. Loi jamais appliquée, mais sommet de l’union du trône et de l’autel.


Fin de la restauration, anticléricalisme virulent en France. Dénonciation des jésuites, de la congrégation, société secrète catholique et monarchiste, on chante les chansons de Béranger, qui se moque des prêtres et du roi dans la bourgeoisie libérale anticléricale.


  • Le prestige retrouvé de la noblesse


Troisième force de tradition.

Restauration respecte égalité civile (devant la loi et l’impôt) : ne revient pas sur l’abolition des privilèges. Mais favorise la noblesse, et surtout l’aristocratie.


1825 : on accorde aux anciens émigrés le « milliard des émigrés » (compensation financière pour tout ce qui a été perdu sous la RF), ce à quoi la bourgeoisie s’oppose.


Aristocratie, noblesse, reprend sa position sociale.


1826 : Charles X essaye de rétablir le droit d’aînesse (ne plus partager l’héritage entre les enfants), mais chambre rejette cette idée.



  •  
    1.  
      1. Des éléments d’innovation


  • La consolidation de l’ordre social établi par la Révolution


Classe dominante de la Restauration et de la monarchie de Juillet : plus la noblesse, mais les notables (mot apparu sous Louis XVI) mot clé du voc social et politique.

Notable : quelqu’un qui est connu, étymologiquement, qui possède un K économique, social et culturel.

Restauration met en place une société des élites, fondée sur la richesse, non plus sur le sang. Monde divisé entre nobles et bourgeois. Mais tendance de plus en plus forte à la fusion des élites autour de la propriété rurale ou urbaine.



  • L’invention du pluralisme politique


Sous l’AR, interdiction de critiquer le roi.

Terreur : critique guillotine.

Empire : critique prison.


Il faut attendre les institutions parlementaires de la Restauration pour voir apparaître les notions de majorité / opposition.

Restauration respecte dans une certaine mesure la diversité d’opinion (mais exclue républicains et bonapartistes).



  • L’apparition d’un espace public


Restauration respecte liberté d’opinion, et de la presse (sous la Restauration apparaît pour la 1ère fois un « espace public »). Publicité des débats (caractère public des débats). Pluralité des opinions dans la chambre et dans la presse.



  • La renaissance de l’idée de nation


Monarchie au départ mal accueillie par l’armée. Restauration abandonne drapeau tricolore, drapeau de l’Empire et de la RF, le remplace par l’ancien drapeau de la monarchie (fleurs de lys d’or sur fond blanc).

Mais Restauration se réconcilie rapidement avec l’armée. Met en place régime nouveau sur le plan militaire : conscription (tirer au sort qui part à l’armée, pour 6 ou 9 ans).

Invente pour protéger les élites le remplacement (plus riches peuvent acheter un remplaçant).

Système qui met en place une armée de métier, beaucoup moins nombreuse qu’avant (anciens généraux de Napoléon mis à la retraite, « demi-soldes » car ne touchent que la moitié de leur solde).


Mais France retrouve rapidement sa place en Europe.

3 interventions militaires marquent la Restauration :

- Espagne, 1823, armée française remet en place la monarchie libéraux (intervention réactionnaire).

- Grèce, 1828, armée et marine française, alliées avec l’Angleterre, permettent indépendance de la Grèce.

- Expédition d’Alger, en 1830, pour raffermir son pouvoir, Charles X fait occuper Alger. Début de l’histoire commune entre la France et l’Algérie.



  •  
    1. Les oscillations politiques de la Restauration


Régime instable : oscille sans arrêt entre réaction et innovation. Oscillation qui conduit à sa chute en 1830.


  •  
    1.  
      1. Cinq moments clés (A APPROFONDIR)


  • Le « moment ultra » (1815-1816)


Ultra-royalistes veulent rétablir une monarchie d’AR.

Louis XVIII comprend vite qu’ils mènent le régime à la catastrophe.

Septembre 1816 : dissout la chambre (« chambre introuvable », car peuplée d’anciens émigrés). Ultras renvoyés à l’opposition.



  • Le « moment constitutionnel » (1816-1820)


Moment constitutionnel : royalistes modérés au pouvoir.

Homme fort : Decazes, favori de Louis XVIII. Programme : nationaliser le roi (le réconcilier avec la nation), royaliser la nation (lui faire accepter une monarchie de type constitutionnel).

Réussit assez bien, mais en 1820, duc de Berry assassiné.



  • Le « moment réactionnaire » (1820-1828)


Ultras reviennent au pouvoir, après l’assassinat du duc de Berry.

Deux hommes : Richelieu, un modéré, Villèle, financier, qui mène une politique de retour limité à l’AR (fait sacrer le roi, voter le milliard des émigrés, la loi sur le sacrilège, tente le retour au droit d’aînesse).

Orientation réactionnaire accentuée par l’arrivée sur le trône de Charles X, qui rêve d’un retour à l’AR.

Opposition de la bourgeoisie se fait de plus en plus grande : Charles X doit renvoyer Villèle, de plus en plus impopulaire.



  • Le « moment de la parenthèse Martignac »


1828-1829 : moment Martignac (avocat de Bordeaux), qui essaye de ménager le roi et l’assemblée. Echoue rapidement, est renvoyé par le roi.



  • Le retour des ultras


Eté 1829, Charles X choisit Polignac (fils de la favorite de Marie-Antoinette, a passé 10 ans en prison), un ministre qui rêve d’un retour à l’AR, avec certaines garanties de la Charte.



  •  
    1.  
      1. La chute du régime


25 juillet 1830 : prennent les 4 ordonnances, sans consulter la chambre.

1) Suppression de la liberté de la presse.

2) Dissolution de la chambre, qui est en opposition.

3) Suppression de la patente (impôt des commerçants) du calcul du cens élimination des bourgeois de l’électorat censitaire.

4) Fixe de nouvelles élections.



Conclusion


Riposte immédiate, Paris se couvre de barricades. En 3 jours (« Trois Glorieuses »), 27-28-29 juillet 1830, monarchie renversée, et fait place à une monarchie libérale.


Publié dans Semestre 1

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