Mélonio Séance 7

Publié le par 1A 08/09 notes

Le messianisme et les prophètes romantiques


La sécularisation n’est pas l’hostilité aux clercs, mais un mouvement de séparation du sacré et du profane, du religieux et du politique.

Le terme que nous allons employer est celui de « désenchantement du monde », repris par Gauchet. C’est le mouvement par lequel l’ensemble du monde humain va se voir séparé de Dieu sous toutes les formes du divin.  

Le monde enchanté était celui de l’hétéronomie. La loi est ailleurs, son origine es extérieure à l’homme, dans un principe transcendant. Nous vivons dans un monde où le religieux n’est plus présent dans tous les aspects de la vie sociale et de la nature.

Le sociologue qui a employé cette expression est Max Weber.

Est-ce qu’il n’y a pas une réenchantement du monde dans les sociétés contemporaines ? 

Mickiewicz est un auteur majeur. Au XIXe, posséder l’un de ses ouvrages était considéré comme révolutionnaire, et passible de déportation.

Le prénom Conrad est très répandu à l’époque, parce que c’est celui d’un héros romantique de l’œuvre de Mickiewicz. Ses textes disent la faculté de résistance à l’oppression. Solidarnosc s’en réclame.

La raison pour laquelle ce mouvement de messianisme politique est si fort en Pologne, est la disparition de la Pologne : c’est une culture qui n’a pas de représentation institutionnelle.

La première partition a lieu en 1772, entre la Russie, la Prusse, et l’Autriche.

La Pologne perd 40% de son territoire.

En 1793, la Russie et la Prusse récupèrent encore une partie de la superficie du pays.

En 1794, les populations se soulèvent, et en 1795, les trois Empires se répartissent ce qu’il reste de Pologne.

C’est après cette période que naît Mickiewicz.

Ce pays démembré explique la récurrence des révolutions polonaises, et les sympathies européennes envers la Pologne, notamment chez la Gauche française.

Il y a une grande révolte en 1830, qui se termine par des massacres. Des catholiques français ont prendre partie pour les Polonais ( contre la Prusse protestante, ou la Russie orthodoxe ). Le Pape va abandonner les catholiques polonais. D’où la recherche chez les Polonais dissidents de mouvements libérés de l’Église.

En 1848, des mouvements ont lieu en France, et en 1861, une nouvelle révolte.

C’est ce contexte très particulier qui explique la place de la culture dans cette nation opprimée. Milosz : « Ta patrie se trouve dans les œuvres de tes poètes ».

La mémoire va se fonder sur la nostalgie du passé, la mémoire des morts.

Chopin, à travers son œuvre, a toute une présence de la musique polonaise. Il donne des valeurs communes a une Nation qui n’a pas de véritable identité politique, parlementaire, ou étatique. Se développent en Pologne des croyances eschatologiques, des croyances relatives à la fin des temps.

Une culture politique se joue autant dans des symboles que dans du discours rationnel.  

Adam Mickiewicz ( 1798 - 1855 ) 

Il va être dès 1824 condamné à l’exil, est bien accueilli par les élites russes, et va être en contact avec les idées de Joseph de Maistre.

Il quitte la Russie en 1829, et passe la quasi-totalité de son existence en Europe occidentale.

Il part à Rome, et dès 1832, se réfugie en France, pays d’accueil pour les exilés politiques.

Il est professeur au Collège de France.

En 1855, Mickiewicz introduit en Turquie une armée pour lutter contre la Russie, et y inclut une légion Juive, parce qu’il considère les Juifs comme un peuple opprimé, et donc frère.  

Le texte va connaître un grand succès, il est dédié aux pèlerins polonais, aux polonais immigrés, auxquels il apporte une espérance de type messianique.

Il s’adresse à tous ceux qui ne soutiennent pas les Polonais comme ceux qui refusent la parole du Christ.

« Les grands discours ne valent pas l’ingérence militaire. »

La crucifixion du Christ a assuré le salut de l’iindividu. Ici, ce dont il s’agit est de ressusciter la Nation polonaise. Il y a une reprise du vocabulaire religieux.

Le retour de la Pologne dans son territoire est assimilée à une résurrection du Christ. 

Dans cette forme de messianisme, ce qui est efficace, ce n’est pas le discours philosophique, mais bien une forme de langage qui utilise l’efficacité du religieux.

La division sur la page se fait en petits paragraphes, qui miment la respiration. Ce qui compte dans ce discours, c’est le langage du corps, les litanies, les paraboles.

Son écriture permet une forme d’embrasement en d’enthousiasme collectif. Il reprend du Christianisme une poétique ( celle de la parabole ). 

Il y a aussi une dimension humanitaire dans ce romantisme. C’est aussi un romantisme de la souffrance : la souffrance est une signe d’élection. « Là où l’on est mal, là est la patrie ».

La défaite peut être à l’origine d’une sentiment national.  

Il s’agit de transférer le religieux à l’intérieur du politique. En France, cela n’a pas la même postérité qu’en Pologne. Ces textes ne participent pas de la même façon à notre culture politique.  

Félicité de Lamennais ( 1782 - 1854 ) 

Il commence à s’éloigner de l’Église, se détourne de la Papauté, qui se rapproche des mouvements les plus réactionnaires, et supporte mal l’abandon des Polonais.

Il crée un journal, « L’Avenir », dont la devise est « Dieu est la liberté ».

Il veut séparer l’Église des puissances réactionnaires, et est condamné par une Encyclique. Dans « Paroles d’un croyant », il dénonce le lien entre l’Église et les réactionnaires, et est condamné par une seconde Encyclique. La séparation de Lamennais avec l’Église va être l’un des drames de l’Église catholique en europe.

On a une séparation, les amis de Lamennais vont s’éloigner de lui, il est élu député, républicain. C’est le type même du dissident.  

Ce n’est pas un texte théologique, mais politique. Ce que Lamennais annonce est l’avènement d’un nouvel ordre politique émancipé. Il se donne comme prophétique. Le prophète est celui qui est capable de regarder le monde du point de vue de l’Éternel, de dire le point de vue de la Vérité sur l’ordre du politique et du social.  

« Sept Rois », qui rappelle l’omniprésence de ce chiffre dans le livre de l’Apocalypse. C’est le chiffre de la totalité, et ici, de la totalité des méchants du monde, des dominateurs.

Ces sept rois vont faire une messe noire autour d’une table d’ébène, avec un crâne humain et un vase « plein de sang rouge et écumeux », celui du Christ comme celui des peuples opprimés. « Maudit soit le Christ qui a ramené sur la terre la Liberté ».

Ils imaginent une politique d’oppression pour l’Europe entière.

Les sept rois sont transformés en sept spectres, c’est leur déchéance, leur chute, ils sont emportés à jamais. Ils sont marqués au front, condamnés définitivement. 

Michelet  

On retrouve ce messianisme sous des formes plus atténuées, comme le texte de Michelet.

Sous l’anniversaire du 14 Juillet, nous fêtons la prise de la Bastille, mais aussi la fête de la Fédération du 14 juillet 1790.

C’est l’occasion d’une réutilisation de la religiosité, au service de l’héritage de la Révolution Française. Elle est pensée comme un mariage de la France avec elle-même, un sacre d’amour, autour de la Nation, à portée universelle.

On a ici aussi une écriture du symbole.  

Conclusion  

Il y a bien deux versants de la modernité : le versant rationaliste des Lumières, et cette désacralisation du monde, mais en même temps, un modèle romantique qui maintient le mythe, et qui mobilise le religieux, au service des expériences politiques nouvelles.

Cette expérience messianique permet de distinguer deux Europe.

Dans l’Europe, c’est un paradigme extrêmement durable. En France, ces symboles auront une véritable pérennité. C’est une forme non pas résiduelle de religiosité, mais de religiosité politique nouvelle. 

Publié dans Semestre 1

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