BL8 - La scène expérimentale et le moment Pasteur

Publié le par 1A 08/09 notes

La scène expérimentale et le moment pasteur

 

Dieu contre Darwin, vendredi 29 novembre, Le Monde

La reproduction humaine menacée par la chimie, mardi 25 novembre, Le Monde : insertion entre chimie et politique

Thon rouge, mercredi 26 novembre, Le Monde

L’Occident face à la crise des vocations scientifiques, jeudi 27 novembre, Le Monde : terme religieux

 

Deux versions de l’objectivité et de la rationalité :

 

Paradoxalement, c’est une caractéristique des sujets, qui parviennent à prendre leur distance face à leur passion : cela décrit la distance de l’objet et du sujet, l’absence d’émotion, d’idéologie, de passion, de politique, de religion. On décrit le lien à l’objectivité par la distance et la rupture avec les éléments sociaux et politiques.

C’est aussi une qualité des objets capables d’objecter à ce qu’on dit sur eux, la multiplication des liens permis par l’imagination. On décrit ce lien par la recombinaison de toutes les conditions psychologiques, matérielles, politiques et religieuses.

 

Il existe un dilemme entre « payer le prix de l’objectivité » et « porter l’accusation d’irrationalité » :

 

Si les gens n’étaient pas influencés par des préjugés ils penseraient droit : mais le raisonnement est détourné par ceux-ci. Toutefois il faut savoir ne pas accuser d’irrationalité trop vite, car cela simplifie trop le travail de conviction. La vérité peut aussi avoir besoin « d’effets » pour être avérée, et l’ambition est dès lors de payer le prix complet de la vérité et non de lutter contre l’irrationalité

 

Il y a deux types d’épreuves, le style physique (Galilée, cf. cours 8) et le style expérimental de Pasteur.

                                                                                         

I] Le style expérimental de Pasteur

            1) Le problème des générations spontanées

 

La question que se pose Pasteur est celle des générations spontanées : la matière peut-elle s’organiser d’elle-même ? L’idée qu’elle le peut est communément admise, non plus, depuis Darwin, à propos des animaux, mais à propos du monde microscopique : or Pasteur la refuse, affirme le « rien ne se crée » de Lavoisier. Il forme puis détruit un lien entre les problématiques importantes de l’époque (opposition matérialisme/créationnistes) et ses études,  affirmant qu’il étudie des faits et qu’en tant que savant, le reste lui importe peu.

Du point de vue d’un expérimentaliste, il affirme qu’on ne peut pas prétendre à l’existence de générations spontanées ; en créant un lieu qui n’existe que dans son laboratoire d’une asepsie complète, et en montrant que rien ne s’y forme, il indique en effet que les « apparitions » de moisissures sont dues à la présence de poussières (« la germe, c’est la vie, et la vie, c’est la germe »).

 

2) L’exception Pasteur : son style de recherche et le début de la médecine moderne

 

Il transforme la notion des générations spontanées en une réflexion sur l’asepsie, le milieu stérile, la protection contre la contamination, et les « cultures ». C’est de ce fait lui qui établit le lien entre les microbes et les maladies ; c’est le début de la médecine moderne, que Pasteur va faire évoluer de façon toute particulière et personnelle, en déléguant à d’autres la continuité de la recherche dès qu’il découvre quelque chose ‘maille élémentaire).

De plus, il invente de nombreuses nouvelles façons d’aseptiser, et la possibilité d’une erreur est extrêmement forte : c’est très facile de prouver que Pasteur a tort, il suffit de se tromper dans l’expérimentation. De ce fait, il a besoin de convaincre les autres savants par des expériences réussies et de la rhétorique.

 

         3) La rhétorique dans l’expérimentation

 

En effet, le génie de Pasteur c’est d’avoir composé, d’avoir absorbé les objections valables possibles en modifiant les conditions d’expérimentation (= d’avoir exercé la rhétorique, si l’on accepte ce terme comme « le rejet des objections »). Pour convaincre son public, il n’a pas fait de la « grande science », il a rendu son expérience dramatique.

A Paris ses flacons ne seront jamais suffisamment purs pour convaincre, alors il fait une comparaison avec d’autres endroits (à la « mer de glace » : un seul contaminé ; sur les 19 exposés à la campagne, en plein vent, 16 sont contaminés). De plus, il emploie une méthode où es résultats sont extrêmement visibles (cf. changement très visible de couleur).

 

Conclusion : l’épreuve expérimentale et le paradoxe de l’autorité

 

Pasteur construit devant des témoins une épreuve qui rend visible les propriétés nouvelles inconnues jusque là : cette l’épreuve est artificielle  (jamais aucun milieu de culture n’avait été aseptique avant lui) mais elle reste réelle, elle réalise des effets nouveaux (l’air se distingue entre deux fonctions : gaz et porteurs de germe).

De ce fait, il maîtrise pour la première fois à volonté stérilité et ensemencement : du coup, Pasteur devient le porte-parole de ce phénomène qu’il maîtrise parfaitement et qui l’autorise à parler en son nom.

Les faits parlent d’eux-mêmes, sont devenus évidents ; et pourtant, il faut les faire parler.

 

La notion de traduction :

 

Pour faire se diffuser les découvertes faites dans le laboratoire, il faut créer hors de celui-ci des conditions identiques à celles du laboratoire, « laboratiser ». La notion de traduction est une notion-clef pour tracer le chemin vers le laboratoire, et hors du laboratoire en direction de la réalité et des faits. En liant des éléments hétérogènes la traduction rend commensurable ce qui est incommensurable et rend compte du paradoxe de l’histoire des sciences. Ainsi, le génie de Pasteur accompagne la preuve dans toutes ses étapes du début à la fin. Nous sommes dans le monde de Pasteur, aussi longtemps que nous maintenons les conditions expérimentales qui assurent le maintien des phénomènes découverts et produits.

 

Cette traduction, on la voit dans la lettre de demande de subvention de Pasteur : tout d’abord, il « parle ministre », s’adapte à son interlocuteur, puis il parle des connaissances obsolètes dans le domaine étudié, et enfin il vante ses mérites en expliquant ce qu’il a déjà fait et ce qu’il pourrait encore faire avec davantage d’argent. Il expose ce mystère, toujours le même, de l’effet de levier du laboratoire : avec 2000F, il prétend révolutionner le monde du commerce du vin. Et puis il y a cette question : est-ce que l’argent va bien permettre au détour de s’achever, ou est-ce qu’il ne servira « qu’à » la recherche scientifique.

 

Deuxième exercice obligatoire : « mettre un énoncé en bulles »

Vers l’amont : retrouver les sites de production d’un énoncé (référence, expérience, article, discipline, financement, controverses, etc.) ; vers l’aval : retrouver les conditions qui rendent l’énoncé convaincant (pour quel public, à quelle condition, avec quelles limites, en contradiction avec quels autres énoncés), esquisser une interprétation du mouvement des énoncés.

 

Faire la différence entre dictum (l’énoncé lui-même : « le réchauffement global est d’origine humaine ») et modus (dit comment il faut prendre un autre énoncé, énoncé fait sur un autre énoncé : « des chercheurs intéressés prétendent que »)

Etapes à réaliser : choisir un énoncé flottant/lui attribuer un locuteur/lui trouver ses interlocuteurs/localiser leur interlocution dans la terre et l’espace (institution)/repérer les instruments et documents dans lesquels ils s’appuient.

Questions à se poser : quels financements ? Quels collègues ? Quels concepts ? quels impacts ?

Où chercher ? Toutes les sciences sont possibles : psychologie. Toute ligne d’un tableau de description est un énoncé. Articles scientifiques qui se lient entre eux, font des références l’un à l’autre.

Que faire ? Il faut rendre visible les producteurs de connaissance, repérer le double mouvement d’entrée et de sortie vers ces lieux de production (et sa difficulté), repérer les preuves et les épreuves qui autorisent les porte-paroles à parler au nom des faits, situer les discussions et les controverses qui précèdent la stabilisation des énoncé évidents et indiscutables, s’interdire de porter l’accusation de l’irrationalité, payer le prix du maintien et de l’entretien même une fois les énoncés stabilisés.

 

« Restez simple, clairs, et google ».

 

Publié dans Semestre 1

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