BL9 - Apprendre à définir les sciences pour repérer les lieux...

Publié le par 1A 08/09 notes

Apprendre à définir les sciences pour repérer les lieux de production scientifique

 

L’éloignement entre le gouvernement des hommes et l’agencement des choses augmente de plus en plus.

De quoi avons-nous besoin pour définir les sciences ?

La définir par les habitudes :

Engagement physique dans les données : laboratoire, produire des objets qui objectent à ce que l’on dit d’eux, les faire coopérer physiquement, l’objet résiste

 

I] Les producteurs de savoir et la remise en cause de la révolution industrielle

         1) Définition des sciences

 

On se demande si on définit les sciences par leurs résultats ou par leurs lieux de production : Chrisman, lorsqu’il fait une anamorphose (=déformation selon un principe de projection), carte les géographes, fait correspondre la taille des pays à l’ampleur des connaissances que l’on a sur eux.

Pas tellement de producteurs de savoir : on part des résultats et on parle des sciences comme une vision révolutionnaire du monde survenue grâce à la révolution scientifique des XVIIe-XIXe. Toutefois on a le même problème que Furet à propos de la Révolution Française : on se demande si cette révolution industrielle a réellement eu lieu. Le terme de révolution est paradoxal, dans son étymologie il a deux sens opposés ; c’est aussi un terme scientifique avant d’être politique.

 

         2) La méfiance face au terme de révolution

 

Il faut se méfier du terme de révolution, il n’y a pas toujours rupture : il y a souvent une exagération (ex : livre de Jeffrey Burton qui dit qu’au Moyen-âge tout le monde pensait que la terre était plate et que Christophe Colomb a rétablit la vérité) et il a eu des sens bien différents :

*      Revolvere : retour en arrière, revolutio = retour, révolu au Moyen-âge, retour des astres

*      Bodin : révolution de l’argent

*      Montesquieu : modification du droit public, changement de dynastie, décadence des Romains

*      Diderot : révolution = retour cyclique des ténèbres, le cours du temps

*      Sens anglais : « glorious revolution », restauration de l’ordre après deux rois catastrophiques et non progrès.

 

Il faut donc se méfier de ce terme aux sens si divers, et c’est la même chose lorsque l’on parle de la révolution scientifique ; Alexandre Koyré la décrit comme le changement qui nous fait passer du « cosmos » ordonné à « l’univers infini » par l’application des mathématiques au monde direct. Elle nous arrache à notre ordre confortable pour un univers infini connu uniquement des mathématiciens et physiciens, et qui échappe à nos représentations subjectives, ce qui fait que les impressions des sens sont renvoyées à la subjectivité humaine (idée d’Umwelt devient archaïque).

 

On se demande alors si une autre histoire n’est pas possible, si on passe des idées (on pense qu’on est révolutionnaires, mais ça ne veut pas dire que l’on l’est) aux actions (ce qui se passe réellement). L’évènement majeur serait alors l’invention du laboratoire : est-ce réellement une rupture avec le passé.

 

II] L’importance de l’inscription dans l’invention du laboratoire

         1) L’écriture du lien de la nature

 

Qu’est-ce qui rend le laboratoire si puissant, qu’est-ce qui fait  qu’on est capable d’inscrire le monde ?

C’est une conjonction entre le cabinet de curiosité (regroupant des maquettes, des reconstitutions d’animaux, etc.) ; l’écriture du livre de la nature (algèbre et perspective, importance de la capacité à transcrire des éléments du monde par l’écriture).

 

L’importance de l’inscription et surtout de la possibilité d’impression est visible dans deux exemples sur lesquels elles ont un effet opposés :

Sur le livre de Dieu (la Bible) : multiplicité des interprétations et déconstruction des schémas d’autorité traditionnelle (perte de la crédibilité, volonté de retour au texte originel)

Sur le livre de la Nature (rapports scientifiques, capacité d’avoir un dessin face à un texte qui le décrit) : multiplicité des interprétations, production progressive d’une autorité nouvelle (la possibilité d’erreurs permet le débat donc le progrès).

Cela permet également une collaboration entre les différentes sources de production de sciences, les différents « laboratoires ».

 

L’écriture inscrit ce qui est à trois dimensions et produit des connaissances : comment ? En simplifiant le jugement perceptif nécessaire pour comprendre cette connaissance : en effet, pour exprimer sa trouvaille aux autres, il faut simplifier, parce que cela crée des maillons dans la chaîne de réflexion dont on ne peut douter : cette simplification, le fait que la personne à qui on veut montrer quelque chose peut constater ce qu’on dit de ses propres yeux est une façon de rendre une preuve convaincante, indiscutable, et donc de transmettre une connaissance qui sera acceptée.

à Peut-on croire ses yeux ?

 

On met l’information dans la forme, qui produit alors quelque chose de nouveau. C’est un compromis entre la perte de la matière première et l’acquisition d’inscriptions.

Pour repérer une matière scientifique il faut repérer ses inscriptions, le travail d’information et de mise en forme qu’il y a derrière. La science est toujours un lieu où on convainc des interlocuteurs de choses éloignées (petites, invisibles), auxquelles on rend visite.

à A quel prix ?

 

         2) Le rôle capital du dessin technique

 

L’espace géométrique, l’espace de calcul, l’espace technique sont rendus logiquement cohérents sur le même plan graphique. « La science et la technologie ont progressé en relation directe avec la capacité de l’homme à inventer des […] » dessins techniques.

 

Peut-on définir les sciences malgré la multiplicité des phénomènes (sur les cartes de la science on voit un archipel, qu’on ne peut définir sous une seule discipline, ça serait absurde), sans minimiser leur rôle ou exagérer leur importance ?

 

On peut tenter une définition en insistant sur ses points principaux :

L’accès aux lointains (invisibles, trop petits, trop grands, supposés…)

Le truchement des instruments (collections, observations, archives, récits, épreuves), rendus compatible avec les techniques d’écriture et de publication, et permettant la simplification des jugements perceptifs nécessaires

Cela entraîne la conviction des interlocuteurs d’une part, la stabilisation des phénomènes de l’autre. On fait du coup sortir ce phénomène du laboratoire, en reproduisant les caractéristiques de ce-dernier.

 

Quatre définitions de l’adjectif « scientifique » :

1 – Sérieux, maîtrisé, rassis, capable de prendre ses distances, curieux – vertus morales et physiques subjectifs.

2 – Capable de faire parler des phénomènes qui résistent à ce que l’on dit d’eux en les rendant visibles des tiers – compétences expérimentales, objectives.

3 – Ce qui diffère du politique, du passionnel, du social, de l’idéologique, du religieux : vision du monde en rupture avec d’autres archaïques ou irrationnelles et indépendant des subjectivités humaines.

4 – Ce qui est appuyé sur des données importantes et vérifiables de bout en bout – organisation logistique des chaînes de production.

 

 

Publié dans Semestre 1

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