Khalifa n°2

Publié le par 1A 08/09 notes

Histoire – Magistral

Cours n°2

 

 

I. La Modernité

A. L’inégale transformation du cadre de vie : entre ruralité et culture urbaine

 

Séance importante puisque le titre nous invite à penser ce qu’est l’inégale transformation du cadre de vie entre ruralité et culture urbaine.

Transformations inégales, relatives, dans la seconde moitié du 19e. On doit quitter le schéma 19e = Urbanisation et Industrialisation.

La croissance des villes est une réalité évidente, et l’urbain est le lieu des principales dynamiques culturelles qui travaillent le 19e. L’essentiel des sociétés occidentales demeurent majoritairement des sociétés rurales. Ces sociétés ne sont pas immobiles, la campagne évolue aussi.

 

1.    Villes/ Campagnes, la complexité de l’échange :

            Analyser l’écrasante primauté des sociétés rurales qui dominent et l’évidente localisation en ville des dynamiques.

Il faut résister au représentations simplistes qui encombrent nos certitudes, qui diraient qu’il y a un irrésistible appel des villes et des activités urbaines, lieu de l’innovation, qui aurait vidé les campagnes, lesquelles seraient restées des réservoirs démographiques pour le développement.

a.    Le concept d’exode rural :

            On aurait ainsi vidé les campagnes, rajouté à cela que dans cette notion il y a aussi un contenu catastrophiste, alarmiste, qui s’inscrit dans une dimension religieuse, biblique. Il y a une dimension morale importante, l’idée d’une catastrophe dans ce terme qui aurait affecté des campagnes. Les villes devenant ainsi des lieux de mal, de déviance, de violence.

            La notion d’exode rural a été inventé dans les premières années du 20e par le belge Vandervelde et en 1803, c’est le premier à penser cette notion dans « l’exode rural et le retour aux champs ». C’est un socialiste, professeur à l’université de Bruxelles, figure du socialisme belge : c’est une critique de l’industrialisation, qui désorganise les sociétés. Il pense l’émigration dans une pensée catastrophiste, illustration du déracinement, l’idée que la Terre meure (René Bazin). C’est l’idée qu’on prend racine dans un lieu rural on est en phase avec des réalités naturelles et bénéfiques, tandis que le déracinement c’est la ville qui nous entraine vers la déviance, la corruption. C’est donc une notion profondément idéologique, construite par des acteurs qui pensaient ce mouvement comme non bénéfique. En France, les plus actifs propagateurs sont les milieux catholiques qui voyaient d’un mauvais œil les catholiques déserter les lieux de cultes du village. Barrès, dans son roman « les déracinés », est au cœur de cette pensée socialiste.

            Rosental critique la notion d’exode rural dans la mesure où elle mesure le mouvement migratoire à son point d’arrivée ( la ville ), mais en voyant simplement ce mouvement, on a du mal à voir les motivations, les raisons précises. Rosental dit qu’il se place au niveau du village pour voir les critères qui expliquent ce mouvement : ces migrations sont anciennes, qui procèdent d’un monde rural plein qui a toujours été mobile, que ces migrations ne sont pas village - ville mais plutôt inter - rural et que ce n’est pas pour autant une rupture totale avec le village. La plupart des migrations des ruraux s’inscrivent dans des mobilités locales, dans des stratégies familiales stables, qui sont historiquement structuré, parcourus de liens d’interconnaissance (on va là parce qu’on connaît, il y a d’autres gens du village etc). On n’obéît donc pas à un scénario catastrophique, il s’agit de projets mûris, liés à des dynamiques collectives. Rosental invite à penser l’exode sans catastrophisme, en montrant qu’on est face à un monde rural très actif, très mobile, traversé de très nombreux déplacements internes, où mobilité et sédentarité ne s’excluent pas complètement : on peut arriver à maintenir des liens très forts avec le village. On ne doit donc pas penser la question d’exode rural comme une difficulté.

 

b.    Poids démographique des sociétés rurales :

            On est au temps de la transition démographique. Il y a 460 millions d’occidentaux vers 1900, ce qui représente 30% de la population mondiale. A cette époque, l’Asie représente environ 850 millions. On est donc dans un autre rapport qu’aujourd’hui, où l’occident connaît une déflation. Ces occidentaux sont essentiellement des ruraux, des paysans. Evidemment, le taux d’urbanisation progresse, c’est une réalité. Durant la période qui nous intéresse, entre 50 et 14,  il augmente de 2,2 % par an, et il atteint 42% à la vielle de la 1GM. Urbain est une notion relative. Ce qui définit un urbain est extrêmement volatil. Quel seuil peut on donc prendre ? Il existe de nombreux seuils, mais Paul Bairoch retient le seuil de 10 000 hab, tandis que les manuels retiennent 5 000. Si on retient le seuil de Bairoch, seule l’Angleterre a une majorité d’urbains (60%), France (26%), Allemagne (30%). On est donc dans un monde de la Terre. Le solde démographique urbain est négatif : la ville est donc un lieu qui augmente grâce au formidable réservoir urbain que constitue les campagnes.

La société européenne, y compris à la Belle Epoque, est une société majoritairement rurale, surtout si on la pense à l’échelle occidentale, et la 1GM est une guerre de paysans, c’est d’ailleurs pour cela qu’on s’enterre dans les tranchés, dans le sol de France, c’est une guerre de ruraux.

 

c.     Le poids économique du monde de la terre :

            La terre est une conception essentielle de la richesse, de la propriété, quand on est propriétaire c’est qu’on a de la terre, sa terre. C’est une conception fondamentale de la distinction, y compris dans les pays les plus industrialisés comme l’Angleterre, la France ou les USA. La rente foncière diminue car elle ne fait pas le poids face aux gains de l’industrie, mais elle reste extrêmement prestigieuse. Dans l’Europe qui nous intéresse on a des structures agraires très différentes. Mais en dépit de cette différence, le système d’accession à la propriété foncière est dominante (Italie, Espagne, Balkans). La crise économique des années 75 90 accentue ce principe. Cette Terre et les réalités économiques restent déterminantes. Il convient de noter la part fondamentale des produits agricoles dans les échanges de cette période (blé, élevage). Il faut aussi rappeler que l’industrialisation n’est pas liée à urbanisation et que de longue date, la proto - industrie s’est développée en Europe au 18e  dans un milieu rural.  Cette réalité est certes en déclin dans la période qui nous intéresse face à la localisation urbaine, reste que cette industrie diffuse du milieu rural qui est en déclin reste une réalité vivante dans de nombreux espaces (méditerranéens, slave etc.).

 

d.    Le poids politique des aristocraties terriennes :

 

            Les Lords britanniques, les notables ruraux, la noblesse foncière slave ou balkanique, toutes ces élites sont des élites de la Terre, qui ont une forte implantation dans la terre et ce n’est que tardivement que leur pouvoir politique est entamé. Le livre de Arno Mayer « La persistance de l’A.R, l’Europe de 1848 à la Grande Guerre » : il parle de la domination des élites traditionnelles : sursauts aristocratiques à la modernisation. Ce n’est qu’au lendemain de la 1GM que le poids de ces élites a considérablement diminué. Dans l’Angleterre industrielle, bourgeoise et urbaine, il faut attendre février 1811 pour que l’on vote le Parliament Act qui ôte aux Lords le droit de s’opposer à une loi de finance et qui limite leur véto à 2 ans. Il faut donc attendre 1811 pour que les communes, incarnation de l’Angleterre bourgeoise et urbaine, puisse prendre le lead du parlement.

 

e.    La primauté du village dans les pratiques culturelles et sensibles

            Il faut souligner la primauté d’un mode de vie marqué par la communauté villageoise, le prêtre, l’Eglise, le cimetière, la place du village, le cabaret. On a aussi des rythmes ruraux intriqués avec les saisons et l’ordonnancement religieux. Le communautaire domine. Un bon symbole de cette prégnance est comment pour une large partie d’occidentaux on pense le temps, comment fonctionnent les usages sociaux, que l’on doit à Alain Corbin «  Les cloches de la terre » : tout est rythmé par les cloches. Pour la quasi totalité des européens, ce qui a marqué la 1GM  a été les sonneries violentes qui ont arrachés les ruraux à leurs modes de vie habituels pour marquer le début de la guerre. Tout cela ne signifie pas que l’Europe du 19e a été immobile, au contraire

 

f.           La croissance des cadres urbains :   Ces campagnes ont été mobiles, mouvantes, en mouvement comme insiste l’historiographie contemporaine. Naissance de villes carrefour, de villes d’activités balnéaires. Il y a donc dans la réalité de cette croissance urbaine le développement de nombreux tissus urbains de petites villes. Le terme conurbation est intéressant : inventé en 1815, signe qu’on avait besoin d’un mot pour désigner ces réalités nouvelles qui étaient en train de se mettre en place comme la vallée du Rhin ou la région autours de Liverpool.

            Les grandes villes (+100 000hab) bénéficient de la plus grande croissance de l’époque, pas nécessairement en lien avec l’industrie. Par exemple paris, qui en France absorbe la plus grande croissance, n’est pas industrielle. La mutation majeure de la période, celle qui frappe le plus les contemporains, est le poids croissant des grandes et grosses villes. C’est la constitution d’agglomération ou de réseaux urbains hiérarchisés autours de grands pôles : Londres, pensée comme la capitale du monde, la métropole du monde, signe que l’on pense le monde dans un espace européen. En 1911, ce qu’on appelle le greater London absorbe la trentaine de commune qui se trouve autours de la capitale, et Londres regroupe plus de 7millions d’habitant, soit 20% de la population anglaise. On a le même scénario à Vienne ou Berlin qui dépassent les 2millions d’habitants à la fin du siècle. Ce scénario se retrouve à NY où la ville va absorber, annexer en 98 les quartiers périphériques, les villes comme Brooklyn qui jusque là était indépendante, et commence à constituer cette grande métropole. C’est ce qu’on appelle l’entrée dans l’âge des métropoles, ce qui a beaucoup d’effet.

             D’une certaine manière, cela implique une nécessaire rénovation des espaces urbains qui n’étaient pas adaptés à une telle croissance démographique. On a donc le net sentiment d’une crise urbaine, que la ville entre en crise. Florence Bourillon parle de crise urbaine a propos de paris mais on peut l’élargir à toutes les villes qui ont besoin de moyens d’adaptation. Nécessité de structurer, de rénover, réorganiser les équipements.

            Le second effet est culturel : on commence à voir se renouveler, se réactiver les représentations de la ville. Un discours extrêmement important, traditionnel, qui prend une ampleur nouveau : la ville comme espace du malsain, du vice, du mal. (dans la Bible, Babylon est un lieu du mal). Il y a donc une expansion considérable. La ville est le lieu de crispation, de cristallisation des périls sociaux, c’est le lieu des révolutions. La France a montré l’exemple, c’est le lieu de l’émeute, du paupérisme, de la révolte, de la délinquance, de la prostitution, de la contagion (importance du choléra dans l’imaginaire du 19e), de l’irréligion. La ville en quelque sorte est l’espace de la pathologie sociale, de toutes les représentations apocalyptique : Londres va être appelée Babylon noire.

 

2.    La modernisation des cadres et des tissus urbains.

S’il y a crise urbaine, il faut donc remédier à la crise. Remédier matériellement et pratiquement, mais aussi remédier à la crise des représentations.

        a. Remédier à la crise urbaine

            La crise urbaine commence à Paris dans les années 1840. C’est lié à l’incapacité de la ville traditionnelle médiévale et archaïque à offrir les services nécessaires à la population qui s’y entasse.  Les grandes épidémies de choléra ont des incidences très fortes, assez tardivement. La ville est pensée comme le désordre et l’insurrection, et l’impossible circulation. La ville ne répond plus aux besoins. Quand on regarde les représentations, c’est un Paris malade, sale, de la puanteur. Les actuels Butte Chaumont on va vider les fausses. Il y a de la boue dans la rue. Les quartiers centres sont décrits comme des cloaques. Dans les mystères de paris d’Eugène Sue et les Misérables D’Hugo, il y a des réalités mais aussi la façon dont cela à coller aux anxiétés des contemporains. Les mystères de Paris précèdent ceux de Londres et NY. A paris, le préfet Rambuteau entre 33 et 48 a effectué de nombreuses modifications (trottoirs, égouts, éclairage, omnibus) donc tout n’est pas aussi catastrophique. Mais c’est à cette époque à Paris qu’a lieu le procès d’Hausmannisation qui s’est imposé.

 

b. Le procès d’Haussmannisation : un urbanisme de régulation

Cette urbanisation ne repose pas sur un modèle, mais sur une volonté de régulation. 

– Paris : Dans le cas de Paris, on veut un Paris entièrement transformé, avec un centre démoli. Paris devient un champs de ruine pendant 20ans, on détruit tout le vieux centre, les vieux quartiers sont abattus(25000maisons) : on rénove en perçant. On invente un nouveau système circulatoire. Paris est agrandi : en 60 on annexe les communes périphériques, et on organise 100 km de voies nouvelles, élargies : grande percée NS et grande percée EO. Principe de rectignalité. La circulation doit prédominer : hommes, eau, air. Paris est embelli : tout un décor est créé par Haussmann, et les 4 poumons de Paris sont créés, édifices nouveaux. On a aussi une répartition circulaire des fonctions : cité administrative au centre, public autour, habitat périphérique. Début de la ségrégation entre Paris ouest bourgeois et Paris Est ouvrier. Ce modèle parisien est lié à Haussmann mais se continue largement dans les année 80, il est exporté vers de nombreuses villes : Lyon, Marseille, Montpellier, de même que Chicago par ex. Chicago prend exemple sur le modèle parisien.

- Londres : Londres, symbole de la ville monstre(monstrueuse à tous égards selon Flora Tristan), qui progresse par tâche d’huile, va engloutir progressivement les prairies, la campagnes, les jardins, dans un mouvement d’urbanisation : Kensington etc.

Il y a deux problèmes majeurs à Londres : cette ville apparaît comme taraudée avec des espaces différents : la cité, qui commence très tôt à être victime d’un mouvement de dépopulation. Il y a absence à Londres d’un pouvoir exécutif coordonné. On ne peut donc pas envisager une coordination dans les travaux. Ce n’est qu’en 65 qu’un bureau est créé, mais il ne peut exercer une politique commune à cause de l’enchevêtrement des pouvoirs.

- Vienne : construction d’un espace prestigieux. On décide de transformer le glacis protecteur de la ville et sur ce Ring strasse  vont se créer la municipalité, les ministères, l’opéra etc. On a donc la vieille ville traditionnelle close qui reste en l’Etat et la création en périphérie de cette nouvelle ville. A Berlin, on a un modèle proche.

- NY décide de monter en hauteur, avec la multiplication des grattes ciels. Manhattan progresse vers le nord et vers le ciel.

 

3.    Culture urbaine ?

            L’exemple de Paris ou Vienne montre que les transformations sont liées à des améliorations des infrastructures, mais aussi d’un besoin culturel : ouvrir l’espace urbain à de nouvelles circulation : humaine, commerciale, culturelle.

Une société nouvelle est en train de se créer. Les boulevards à Paris polarisent la vie des parisiens, de même que Broadway. Cet espace nouveau est là où la ville va se donner à voir. La foule, nouvel acteur qui apparaît, acteur social urbain nouveau, et le flâneur sont deux nouvelles réalités qui émergent avec ces villes neuves et qui vont transformer la ville en un espace culturel, de spectacle, consommé par ses propres habitants. Les terrasses de café apparaissent, de même que les passages, les galeries marchandes, les grands magasins. Les affiches nouvelles lient la consommation de la ville au commerce. Les grands magasins deviennent les temples de la consommation, les boulevards sont les nouveaux lieux de l’ère médiatique avec les crieurs de journaux. Cette ville invente le spectacle.  Apparition des faits divers, les spectacles, le musée Grévin où l’on met en scène la ville, sa vie quotidienne. Le cinématographe apparaît à partir de 95, un nouveau moyen de mettre en place ce spectacle de la ville.

 

            Le problème de la culture urbaine : paradoxe : la ville sublime les différences pour construire une culture commune, mais cette ville fragmente en une infinité de sub culture qui seraient de petites réalités liées à des différences soc  

Publié dans Khalifa

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