Kalifa 10

Publié le par 1A 08/09 notes

15/05/08

Séance 10

 

Nationalismes Vs internationalisme

 

 

Source principale de tensions : la question des nations, des nationalismes. Pourquoi ? Car c’est sans doute la question la plus génératrice de conflits sociaux, politiques ou militaires (guerre donc !) dont la Première GM serait l’aboutissement extrême. Mais la Premiere GM est un point relatif car la question des nationalismes reste très forte à la fin de la guerre.

 

Pour Ernst Gellner, la question des nationalismes n’est qu’un moment de l’histoire des nations, et c’est un moment particulièrement violent. Les idées nationales au XIX° siècle sont forgées pourtant.

 

 

I.                   La poursuite de la création des Etat-nations en Europe.

 

A.          La question des Balkans

 

C’est surtout dans les Balkans que la question est complexe :

En 1860, ni la Bulgarie, ni le Monténégro, ni la Serbie, ni la Roumanie n’existent et il n’y a que l’Empire ottoman. Un certain nombre de nations vont accéder d’abord à l’autonomie puis à l’indépendance. Leur indépendance sera plus le fait des grandes puissances : au Congrès de Berlin, il n’y a pas de représentants de ces pays là. Bismarck dit : « il n’existe pas de nation albanaise ».

A partir de 1878, la zone des Balkans est le lieu de toutes les rivalités, des grandes puissances qui y voient un terrain d’affrontement et des nations qui n’ont pas encore accéder à un territoire national.

Guerre entre la Serbie et Bulgarie en 1875, guerre à propos de la Crète en 77, guerre au Kosovo… En 92 et 93, guerre qui déchire … Guerre très dure qui voit le développement de  la purification ethnique. Assassinats, castration des jeunes garçons et éventrement des jeunes filles pour éviter que les nations se reproduisent. En 14, rien de tout cela n’est finit.

 

B.          Blocages à l’est

 

Ailleurs, c’est le blocage. En Russie, dans l’Empire autrichien. De nombreux peuples (Croates, Juifs, Slovaques, Tchèques) sont opprimés. Moment de radicalisation des mouvements qui portent des revendications fortes mais ne sont pas achevés.

Les juifs créent à partir de l’œuvre de Theodor Herzl, Judenstaat, le sionisme. Mais cas particulier, décalé, en pleine conformité avec la radicalisation des mouvements nationaux. Le sionisme s’inscrit pleinement dans le contexte des mouvements nationaux.

 

C.           La lutte irlandaise

 

Le mouvement des peuples n’est pas qu’à l’est. Une autre prison est occidentale : cas de l’Irlande, talon d’Achille de la puissance britannique. Elle vit à cette période une période compliquée. C’est un question politique, mais également religieuse (Irlande fervente catholique est dominée par l’Eglise anglicane avec des données concrètes : les catholiques doivent payer la dîme) et éco et sociale car la terre appartient aux grands propriétaires fonciers, les lords anglais. Les Irlandais vivent dans des conditions déplorables. => Situation soumise à l’Union Act de 1800 qui l’a rattachée à l’Angleterre.

Mouvement d’émancipation : le repeal, mais famine (maladie de la pomme de terre) a complètement laminé le mouvement. => En 1850, le pays est exsangue et le mouvement va renaître.

En 58, naît sous la forme des Fenians (du nom de héros gaéliques). Mouvement radical qui choisit l’action violente. Au moment de Gladstone, mouvement plus pacifique, parlementaire qui réclame le Home Rule dans le cadre parlementaire. Aboutit à des propositions. Dans les 80’s, bataille pour le Home Rule mené par Charles Parnell. N’aboutit pourtant pas. Les députés irlandais deviennent des arbitres entre les Whigs et les Tories. Les débats sur l’Irlande déchirent les partis.

Seul cas où les débats aboutissent : l’Etat rachète des grands domaines avec le Wyndham Act en 1903 et les redistribue aux petits propriétaires. Le pays devient un pays de petits propriétaires indépendants.

Radicalisation extrêmement violente : lutte gaélique fondée en 1893 qui chercher à recentrer l’Irlande autour d ‘une identité plus irlandaise, les Fenians continuent les attentats. De même, mouvement ouvrier. => Le pays est au bord de la guerre civile, qui éclate en pleine GM en 1916. Le belle image du Home Rule qui montrait l’aube de l’Irlande indépendante disparaît devant la guerre civile et les affrontements qui deviennent le quotidien des Irlandais.

 

 

II.                 Exacerbation et transformation de l’idée nationale, notamment dans le monde occidental.

 

Période marquée par qqchose de central : transformation conceptuelle et politique de l’idée nationale.

 

A.          En quoi consiste-t-elle ?

 

Ø  L’Idée de nation est de plus en plus déterminée voire recouverte par l’idée de race.

 

Le terme de race prend un sens idéologique. Focalisation sur la racialisation de l’idée de nation. Les œuvres se développent de façon très rapide.

Le premier auteur est Gobineau (ancien secrétaire de Tocqueville) : Essai sur l’inégalité des races humaines. Postule une hiérarchie forte entre races blanches, noires et jaunes et postule la fonction de commandement de la race blanche. A l’intérieur de la race blanche, différents groupes. Race aryenne : recherche de la pureté. Rejet de tout cosmopolitisme, qui mène à la décadence. En déduit la nécessaire prise en destin des races inférieures par l’Europe.

Le Français Georges Vacher de Lapouge dans Les Sélections sociales en 1896, en s’indexant au corpus Gobineau, intègre une dimension eugéniste. Société de lutte de races qui sont des formations selon la forme des cranes.

Chamberlain écrit Fundations of Nineteenth Century qui affirme la domination du rameau aryen, assimilé au peuple Germain.

Ces idées sont très à la mode. Sont diffusées dans les milieux nationalistes, notamment en Allemagne et des conceptions objectives de la nation font de la race le critère objectif suprême. La xénophobie, l’antisémitisme battent leur plein. Cela nourrit une éthique intolérante, inégalitaire et qui conduit nécessairement à l’affrontement militaire.

 

Ø  Virage à droite

Les mouvements nationaux sont nés à gauche, dans la tradition libérale et jacobine. Et a été exporté dans les mouvements révolutionnaires autour d’une conception de la société qu’incarnait la Révolution française. Bascule à droite dans les 1870’s.

L’objet du nationalisme c’est de construire des Etat-nations. Mais une fois constitués, cela peut continuer.  Apparaît un programme politique de régénération, des programmes notamment militaristes. De la nation émancipatrice, libératrice, on va vers une nation plus repliée qui affirme sa supériorité et donc l’infériorité des autres.

Ce nationalisme demande à l’Etat d’incarner cette grandeur, d’où l’appel à un Etat totalitaire, à un régime antilibéral. Le parlementarisme apparaît comme une faiblesse. Puisque défendre la suprématie de la nation menacée (fantasme de la menace sous l’effet des forces dissolvantes comme le cosmopolitisme), il faut exiger que les pouvoirs publics soit forts et qu’ils prennent comme engagement la défense de l’identité et de la nation. C’est alors l’âge des foules.

 

 

Ø  Désir d’expansion

Puisqu’elle est menacée, la nation doit s’étendre. Comme l’Europe est pleine, l’expansion doit être extra-européenne (séance 14 sur le colonialisme). => Réalité forte du second XIX° siècle.

Mission donnée à l’Europe, Kipling parle du « fardeau de l’homme blanc ». En France, la République se drape dans cette mission civilisatrice. En Allemagne, il y a un retard à accomplir et le monde est le seul espace de desserrement. Italie : souvenir de la période de grandeur antique.

 

B. Comment expliquer tout cela ?

 

Contexte intellectuel : le darwinisme. Mais Darwin n’a jamais étendu ses concepts à l’humanité. Des auteurs déplacent les concepts biologiques au terrain social (Lapouge), avec l’idée que la lutte du plus fort, pour la vie va déterminer la concurrence des nations. Il faut éliminer les nations les plus faibles. Le sociologue Ludwig Gumplowicz publie Der Rassenkampf ( combat des races).

 

Réaction antipositivisme qui exalte la puissance, la violence, l’instinct. Le livre très lu de Georges Sorel dans Réflexion sur la violence, qui parle de la gauche, et qui devient un livre de référence des droites libérales.

 

Un sentiment d’isolement, de fragilité du petit contre le gros avec du coup un repli sur les valeurs éternelles, essentielles : la nation.

 

Processus général de laïcisation, qui est relatif mais réel et qui engendre un processus de transfert du cadre sacré vers le cadre temporel. La nation tend à devenir l’autorité de valeurs, de principes transcendants et qui semble être menacée.

 

 

C. Trois exemples :

 

Ø  Mouvement net en France :

 

Nationalisme universaliste. Un patriote était un républicain dans le 1° XIX° siècle.

A partir de l’épisode Boulanger, un changement s’opère. Entre 1887 et 1889, il est porteur d’espoirs nationalistes. Boulanger a la figure du brave soldat, incarnant la nation française. C’est un échec mais donne au parti national une doctrine : il faut une République, mais forte, plébiscitaire, antiparlementaire car ils ne font que bavasser, il faut un chef fort délivré par les milieux financiers. Il faut restaurer l’autorité de l’Etat et restaurer le militarisme car défend la nation vivante.

 

 

Ø  Mouvement net en Italie :

 

Nationalisme dogmatique, agressif dans un contexte de repli et de frustrations notamment après les échecs coloniaux. Ils déplorent les caricatures de « l’Italiette ». Ils lui opposent la Grande Italie, avec une armée puissante. Le maître d’œuvre c’est Enrico Corradini et le journal Il Regno. Une Italie qui est une nation prolétaire, qui contre les nations ploutocratiques prend sa place. Trouve un appui dans les bastions révolutionnaires, prolétaires. Le manifeste futuriste est de même publié dans Le Figaro en 1909 autour de Filippo Marinetti.

Le poète Gabriele D’Annunzio incarne dans un 1° temps la convergence culturelle, pol, militariste d’une idée nationale expansionniste et agressive. Fédère assez largement avant-guerre notamment dans la jeunesse. C’est le nouveau Garibaldi.

 

Ø  Allemagne

 

Allemagne malheureuse, désespérée, destin historique empêché. Traces glorifiées qui montraient que l’Allemagne avait un rôle à jouer.

 

Incroyable brutalisation de la guerre et des comportements que la Premiere GM porte en elle. Cette guerre est un vrai moment « de brutalisation des sociétés européennes ». Mais il faut le comprendre comme l’aboutissement, l’exutoire de cet ensemble nationaliste.

 

 

III.              Un contrepoint : l’internationalisme comme programme, utopie mais aussi organisation.

 

Naît une position inverse, un refus ou du moins une espérance autre qui suppose que les identités nationales ne sont pas les seules : d’autres solidarités sont peut-être plus importantes.

Puisqu’émane du mouvement ouvrier, censé être un mouvement de classe qui rallierait des solidarités naturelles.

 

A.    Quelles sources ?

 

Au départ, enjeu pratique : il faut résister à l’internationalisme du patronat qui de fait lors des mouvements de grève, ne se prive pas à faire appel à des travailleurs étrangers (proche de frontière de Belgique). Désir d’opposer des parades face aux réactions du patronat.

 

Autres sources : le cosmopolitisme des Lumières qui insiste sur une Europe intelligente, intellectuelle au-delà des frontières. Et le XIX° siècle est le grand moment des Congrès scientifiques, les savants se retrouvent pour discuter.

 

Idéal de nouvelles harmonies. On trouve ça chez Robert Owen. Développement de l’idée d’une union ouvrière. On trouve aussi ça dans le mouvement de Charbonnerie en Italie qui rassemblait au-delà des frontières.

La répression a multiplié les exils politiques à Bruxelles ou Londres, et se sont composés des milieux républicains, socialistes, internationaux. Les militants socialistes ont été très attentifs à la guerre polonaise et à la guerre civile américaine.

 

ð       Le mouvement  internationaliste s’adosse aux mouvements ouvriers et aux idéologies nlles qui en émanent : l’anarchisme et le marxisme.

 

B.    La I° Internationale

 

Naît véritablement en 1864. A Saint Martin’ Hall : 1° association internationale de travailleurs. But : adopter des positions communes. Marx rédige les statuts, les adresses inaugurales. L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs honnêtes et ne peut exister qu’au-delà des frontières nationales.

Belle idée mais réalisation plus difficile : débuts lents, manifestations brèves en France, en Italie. « Une grande âme dans un petit corps ». Surtout, c’était une organisation très hétérogène. Construit un mythe, une psychose de l’international.

S’améliore à partir de 1868. Mais la guerre franco-prussienne aurait pu être empêchée par les ouvriers. Il n’en fut rien.

Il y a énormément de conflits : les Anglais sont réformistes alors que les autres sont révolutionnaires. Il y a aussi les révolutionnaires antitotalitaires, cad les anarchistes autour de Bakounine. Puis conflit de personnes : haine entre Bakounine et Marx terrible. => Eviction des anarchistes en 1872 = raison de la mort de l’Internationale. En 72 le bureau s’installe à NY mais le cœur n’y est plus et meurt.

 

C.     La II° Internationale ou Internationale socialiste :

 

 

Fondée à Paris en 1889. Différente de par l’organisation, non dans les objectifs. La II° Internationale réunit des partis : des partis sociaux-démocrates cad qui ont accepté les bases du marxisme et qui s’alignent dans le but d’une conquête du pouvoir. Même si lutte de tendance avec options réformistes à la fin du XIX° siècle, il y a des critères d’admission plus stricts. Ce Congrès est beaucoup plus puissant.

On pose clairement la question des nations, à un moment où les partis sociaux démocrates engrangent de nombreux publics. Frein suffisant ?

La question de la guerre et de la paix se posent : ils pensent qu’une ligne pacifique peut être tenue. Ils le tenteront jusqu’au bout. Photo de Jaurès en 1913 qui pense qu’encore on peut arrêter la guerre. Mais ce mouvement s’effondre en quelques jours à peine quand Jaurès est assassiné et les partis sociaux démocrates vont être incapables de s’opposer à la guerre.

 

 

L’ordre de mobilisation du 2 aout 14 : le principe national dans sa grande brutalité l’emporte sur l’internationalisme.

Publié dans Khalifa

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