Kalifa 12

Publié le par 1A 08/09 notes

27/05/08

Séance 12

 

 

Femmes dans la Cité

 

Titre d’un colloque important qui a lieu en 1897. Interrogation majeure sur le place et le rôle des femmes dans la Cité dans le 2° XIX° siècle.

 

Ce n’est pas sur le terrain politique que les avancées sont les plus conséquentes, mais plus sur les droits économiques et sociaux : droit au travail, enseignement, conquête du corps et maitrise de son propre corps donc de son propre destin.

 

La 2° moitié du XIX° siècle est marquée par une radicalisation des formes de contestation, mais il faut en signaler les évidentes limites. Limites géographiques mais aussi sociales. Ce ne sont que les classes supérieures urbaines qui connaissent ces avancées. Mais ce processus a quand même des effets d’entraînement qui susciteront des effets plus larges, à plus long terme.

 

 

Historiographie de l’histoire des femmes :

 

Histoire florissante, encore bien plus dans le monde anglophone. A Paris, il n’y a pas de professeur d’histoire des femmes. C’est quelque chose d’assez étonnant que dans un pays comme la France, il n’y ait pas d’enseignement.

Il semble impensable de ne pas penser les relations de genres comme central dans des perspectives historiques et pourtant, l’enseignement de l’histoire a longtemps été celui des hommes, à tel point que les collègues américaines ont ironisé.

Depuis une quarantaine d’années, les femmes pensées comme une minorité se sont emparées de leur histoire, d’abord comme un moyen d’émancipation.

 

Trois temps : François Thébaud, dans Ecrire l’histoire des femmes et du genre, en 2007 a montré ces étapes.

§  Un premier temps est militant, histoire des féminismes et des conquêtes sociales.

§  2° étape, c’est l’histoire du féminin, il s’agissait de restituer les identités, les cultures féminines. Histoire des femmes, au risque d’une ghettoïsation dans un univers strictement féminin.

§  Le 3° temps est une histoire du genre (gender en anglais) : c’est sur les campus américains que cette notion s’est développée. Contrairement au sexe, le genre est une construction de l’histoire. Faire l’histoire du genre, c’était donc étudier la façon dont une société donnée considère, légitime ou met en œuvre la différence des sexes. Réintroduit autant le masculin que le féminin.

 

Les histoires de genres sont constitutives de notre histoire.

 

I.                  De l’exclusion des femmes

 

Toutes les sociétés sont organisées sur un système étroit patriarcal.

 

A. Une contestation peu entendue.

 

Des voix se sont élevées pour contester ce partage des rôles des femmes dans la sphère privée et des hommes dans le public, mais peu entendus.

 

J. Bentham, père de l’utilitarisme a très tôt prôné la nécessaire égalisation des droits.

Pendant la Rév° fcse, au nom de la raison, de la liberté, de l’universalisme. Centré sur une personne : O. De Gouges qui pendant la Rév° publie une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Mais c’est un déni complet. Elle est exécutée en 1793.

Des publicistes comme Saint Simon et Charles Fourrier ont réfléchi sur ces questions et ont pensé des perspectives égalitaristes dans leurs phalanstères. Mais ces expériences n’ont souvent que suscité les sarcasmes. Enfantin, l’un des représentants de l’Eglise saint simonienne : « c’est par l’accomplissement complet des femmes que sera consacré dans l’ère saint-simonienne. »

L’ambigüité des liens entre socialisme et le féminisme continue, car objectif commun : abattre l’ordre établi. Mais dans la plupart des cas, les femmes font l’objet de misogynie à gauche comme à droite. A l’exception des néo-malthusiens, groupes anarchisants à la fin du XIX° siècle qui militaient pour la contraception.

Les alliés les plus fidèles ont donc été plus chez les utilitaristes. Dans la génération d‘après Bentham, J. S. Mill a été le principal défenseur de la cause féminine.

 

B. L’infériorité féminine théorisée

 

Les militants féministes ont été fortement marginalisés, parce que la société du XIX° siècle est fondamentalement adossé sur l’infériorité féminine ( « le sexe faible »), voué à la reproduction et à la gestion de la cellule familiale.

En France, le Code Civil place les femmes dans la très stricte dépendance du père, puis du mari. Sont juridiquement irresponsables. Mineures, incapables et nécessairement soumises à une tutelle masculine. C’est en 1910 que les femmes peuvent retirer de l’argent du compte qu’elles peuvent former elle, depuis 30 ans ! De même, l’adultère chez les femmes est un délit, alors que pour les hommes, le risque n’est qu’une amende.

On retrouve ces décalages dans la morale, notamment en GB qui théorise le cantonnement des femmes dans le privacy, et théorise l’idée de sphères séparées. Sa place est dans la vie privée, tel est le message délivré par toutes les Eglises, la littérature normative, par le poète anglais Alfred Tennyson :

 

« L’homme est au champs, la femme au foyer.

L’épée pour l’homme et l’aiguille pour elle ;

La tête à l’homme et le cœur pour la femme ;

L’homme au commandement, l’obéissance à la femme ;

Tout le reste n’est que confusion. »

 

Toutes les sociétés du XIX° siècle ont défendu des positions de ce type qui excluaient les femmes.

 

La société masculine y trouve son compte. Mais tout ça, se théorise aussi par les théories scientifiques : la dimension majeure de la science de l’époque est la théorie utérine, qui réduit les femmes à leur sexe, à la dimension biologique de la reproduction. Les femmes sont tyrannisées par la sexualité, incapables de résister à leur fonction reproductrice, à leur sexualité. Si on ne les encadre pas, si on les laisse entrer dans la sphère publique, elles sont perdues. => Spectre de la prostitution : une femme est tellement dominée par la pulsion sexuelle, que si on la laisse, elle devient une femme perdue. Lombroso, Le Criminel né, voit dans la forme féminine du criminel, la prostituée.

 

 

II.               A l’assaut de l’espace public

 

C’est dans le domaine des droits sociaux (éducation, régime fiscal) que les avancées majeures sont enregistrées.

 

A.      Le travail des femmes n’est pas une nouveauté (prudence)

 

Sylvie Schweitzer, Les femmes ont toujours travaillé, 2002 : dans les sociétés rurales, traditionnelles. Mais ce travail est invisible et fondamentalement non rémunéré. L’industrialisation change la donne car elle rend le travail des femmes visible et salarié. Le scandale moral dans le travail féminin vient de là.

Profonde hypocrisie de classe : un million de bonnes en 1900 en France, 2 millions en Angleterre. Les femmes sont exploitées économiquement, exemptes de vie sociales et souvent exploitées sexuellement. On l’accepte, pas de problème. Le patronat le déplore moralement mais accepte le travail ouvrier : les femmes sont payées deux fois moins. Pour les autres classes sociales, aucun travail n’est possible. Aux yeux de la morale sociale du XIX° siècle, la bourgeoise ne peut travailler.

 

Des professions neuves (employée, secrétaire, dactylographe, femme du téléphone) se glisseront comme possibles professions féminines : ce qui rend respectable le travail de dactylographe, c’est l’analogie entre la machine à écrire et la machine à coudre, et plus encore avec le piano.

 

Les seuls domaines acceptables sont ceux de la philanthropie, et du religieux : les œuvres caritatives, les missions féminines, ou la carrière religieuse ont été des issues importantes pour de très nombreuses femmes. Moyen d’investir la sphère publique. Prendre en compte le trait foisonnant des associations féminines protestantes qui offrent des possibilités d’affirmation féminines.

 

B.    Des avancées : des lois aux exemples individuels

 

Paradoxalement, l’exclusion des femmes bourgeoises a provoqué les premières avancées. L’action doit être repensée à cet égard : ces actions sont d’autant plus courageuses qu’elles rompent avec les normes qu’étaient celles dans leurs milieux. Courage étonnant !

Le secteur qui a le plus bougé est celui de l’école, qui s’ouvre de plus en plus aux femmes, tout en étant adapté.

Les lois : La loi Guizot de 33 imposait une école dans chaque commune. La loi Falloux de 1850 réitérait et engageait les communes à avoir des écoles primaires et à accueillir les jeunes filles. Mais c’est la loi de Paul Bert en 1879 qui rend obligatoire une école normale de jeune fille dans chaque commune. Et les lois Ferry de 81-82 qui s’adressent aussi aux filles. Les écoles d’institutrices ont une rôle majeur.

 

Pour le reste, ce sont des initiatives individuelles, souvent en prenant des risques forts, par leur action, elles poussent aux réformes. Dans les 60-80’s, des femmes pionnières font sauter des verrous : en devenant médecin, avocate, en passant le Bac.

-          Julie Daubié, toute seule, décide de passer le Bac en 1861, alors que pas prévu. L’année suivante, Elisa Lemonnier. Ces femmes ont affronté seules des amphithéâtres masculins, où l’on ne voulait pas d’elles.

-          Victor Duruy puis Camille Sée décident de créer les premiers lycées pour jeunes filles en 1880.

-          En 1881, Blanche Edwards est reçue à l’externat de médecine, première femme médecin. => Manifestation organisée Bd Saint Germain.

-          De même, Isala Van Diest est la première belge médecin et il faudra un arrêté royal pour qu’elle puisse ouvrir son cabinet.

-          Jeanne Chauvin est la première femme avocate. => On les compte sur une poignée de main !

-          Demeurent des exemples forts que la Belle Epoque reconnaît (premier Prix Nobel décernés à des femmes à cette époque : Marie Curie en 1911, et l’écrivaine suédoise Selma Lagerlöf en 1909).

 

ð  Non, les femmes ne sont pas prisonnières de leur sexe, de leur nature.

 

 

C.     la femme moderne : « the new woman »

 

Les femmes sont inscrites dans une émancipation culturelle, elle réclament une nouvelle répartition des rôles sociaux.

 

La nouvelle femme a un corps qui change : le sport est fondamental dans la nouvelle conception. Les silhouettes, parce que le vêtement se modifie, changent. En France, on parle de le « l’américaine » : jeune fille moderne qui fait des études, qui flirte (avec l’idée derrière de choix, de maitrise de son destin sexuel) , qui fait des voyages, qui choisit sa profession, son mari. Un instrument est majeur c’est la bicyclette : suppose que le corps féminin est capable de se consacre à autre chose qu’à procréer. Suppose que l’on abandonne un costume handicapant : la femme en culotte renverse l’attribut symbolique du pouvoir, et sans corset ! Certaines femmes vont plus loin en réclamant une masculinisation des femmes : le modèle est tellement pesant qu’il faut masculiniser les femmes, mais sont peu nombreuses à jouer cette carte là.

 

 

Il y a un suivi juridique :

-                Légalisation du divorce en 1884 en France, plus tôt en GB. Il demeure inégalitaire dans sa mise en œuvre et ne concerne que les femmes de milieux privilégiés.

-                Possibilité des femmes de gérer leurs biens personnels : 1870 en Ang.

-                Abolition des statuts discriminants sur la prostitution.

-                En 1897, les femmes peuvent être témoins.

-                En 1907, les femmes peuvent disposer de leur revenu.

-                En parallèle, il ya aussi dans les 1880-1890, toute une série de lois qui protègent le travail féminin : 1892 interdiction de travail de nuit, 1900 journée de 10h, interdiction travail dans les mines.

Les féministes récusent ces lois : ont-elles besoin d’être protégées ? Ces lois sont aussi faites au nom de la nature féminine. L’ambigüité a été forte autour de ces notions.

 

 

III.            A la conquête de droits politiques

 

Combat pour le suffrage. C’est le plus difficile car la maitrise du droit politique demeure le symbole de la sphère politique, et le bastion de la sphère masculine demeure la sphère publique. Le refus des hommes est très crispé sur ce dossier. Les avancées principales sont plus tardives. C’est entre la 1° GM et la 2° (sauf en France) que ces avancées sont réelles.

Des jalons sont posés : c’est le point d’aboutissement symbolique du droit des femmes et de leur individuation . Refuser le suffrage, c’était considérer que la femme n’est pas un individu.

 

A.    En Angleterre 

 

 

Le mouvement existe depuis la Reform Bill en 62 qui voit naître les premières pétitions. J. S. Mill publie en 1860 The subjection of women, qui a été la principale défense théorique. Il introduit lui-même une demande aux Communes pour le « Suffrage for women ». Rejeté et même suscité sarcasmes.

Nombreuses associations dans les milieux bourgeois : apporter des valeurs féminines dans la sphère publique, démocratiser la vie politiques. Exemples : National Union of Women Suffrage Societies en 1897.

Résultats minimes sur le plan national mais plus important au plan local : droit de siéger aux conseils municipaux, puis régionaux. Avancées pour les élections locales, dans les administrations scolaires.

 

D’où très forte radicalisation et une véritable insurrection féminine à la Belle Epoque sous l’initiative de Emmeline Pankhurst. Vient de l’excellente société. Elle s’engage dans un mouvement extrêmement radical. En 1903, elle crée L’Union sociale et politique des femmes. Soutien de clubs révolutionnaires dans une stratégie différente de rupture. Elle sort des méthodes légalistes pour multiplier les actions violentes : agitations fortes, incendies de bâtiments publics, prise à partie du roi. Jusqu’à connaître l’arrestation et la prison de ces suffragettes. Ce mouvement radical se termine par des grèves de la faim, des envois en prison avec des sarcasmes des hommes, qui répondent souvent par la dérision.

 

Le phénomène est synchrone aux US avec l’Association pour le suffrage américain, avec le mode américain de manifestation. Le mouvement commence au lendemain de la guerre civile. Les femmes militent pour un amendement institutionnel qui inscrit leur droit de suffrage dans la Const°, mais effets dans un certain nombre d’Etats, notamment dans l’ouest (pourtant plus conservateurs). Le rôle des pionnières est important, ainsi que l’action de certaines Eglises.

Le Whyoming, le Colorado accordent des droits de suffrage dans les 80’s. De même pour La Californie en 1911.

 

B.    En France : un mouvement analogue mais en deux temps.

 

1.      Association des femmes avec les milieux révolutionnaires.

 

Jusqu’à la Commune de Paries, alliance avec les milieux ouvriers, les milieux socialistes. Stratégies payantes : en 48, les femmes sont engagées dans tous les combats révolutionnaires. De même pendant la Commune avec souvent à la fin, mort ou déportation de ces militantes.

 

2.      Après 70, émergence d’un féminisme bourgeois qui joue la carte de la République.

 

La grande figure est Maria Deraisne qui est la fondatrice en 1891 du Journal des Femmes.

Quelques avancées publiques : le divorce en 84, la disposition de ses biens. En jouant la carte de la République au travers d’associations, elles attendent de faire confiance aux hommes. C’est le cas d’Hubertine Auclair qui dirige l’Union de femmes, et de plusieurs journaux. [ La Fraude : premier journal entièrement dirigé, administré par des femmes] Cécile Brunschwig qui à partir de 1901 va fédérer l’ensemble de  ces associations autour du Conseil national des femmes françaises, qui prend en charge la discussion avec l’ensemble de pouvoirs publics, au nom du respect de la légalité républicaine. Profond désir d’intégration, qui aboutit au fond à une impasse car en dépit de la carte légale jouée par ces femmes, elles sont exclues de le République.

 

 

La Norvège est le premier Etat à accorder la plénitude des droits aux femmes en 1910. Suivie par la Suède, la Norvège, le Danemark autour de la PM.

 

 

=> Quelques avancées, peu de choses sur la domination, y compris dans les pays les plus démocratisés. Tous ces mouvements procèdent de mouvements sociaux et toutes les femmes ne partagent pas les mêmes destins. Formes de soumission : à l’instar de toutes les autres conquêtes égalitaires ou démocratiques, ce mouvement là est à reconstruire.

Publié dans Khalifa

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