Kalifa 13

Publié le par 1A 08/09 notes

03/06/08

 

13. Transgressions

 

 

Transgression = violation d’une norme. C’est forcément l’atteinte ou le franchissement des règles normatives que toute société se donne. Toute société organisée fonctionne sur la base d’un système normatif, donc elle produit obligatoirement son lot de déviance, de transgression. Ces transgressions sont donc très relatives en fonction des sociétés.

 

Un des principes d’appréciation de ces déviances, c’est que l’on insiste sur leur caractère insupportable, qui récuse tout relativisme. Cette idée de la relativité historique des transgression est mise en avant par Durkheim dans Les règles de la méthode sociologique, en 1895. Pour lui, la transgression est tout à fait normale : des barrières sont faites pour être dépassées. C’est un fait social normal. La règle elle-même est variable en fonction des sociétés culturelles. Un crime existe parce qu’il est incriminé. Phénomène majeur de répression.

Le rival de Durkheim, Gabriel Tarde avec La criminalité comparée, sont opposés sur tout sauf sur cette idée : « la gravité proportionnelle des crimes change considérablement d’âge en âge ».

 

Il faut donc étudier ces systèmes normatifs. Toute comme la violence, qui elle aussi est historiquement relative. La violence est souvent l’accompagnateur des transgression, peut nous renseigner sur les systèmes de tolérance, d’acceptation. => L’étude des transgressions est un excellent moyen  d’étudier les révélateurs sociaux.

 

Ces questions on fait l’objet d’un incroyable renouvellement historiographique. Pourquoi ? Sûrement le mouvement post-68. C’est surtout Michel Foucault, qui a été l’intellectuel qui a le plus porté ces transformations. Dès 61, publie des livres sur la folie, la délinquance, la déviance sexuelle, ouvrant la question sur ce qu’est un norme, et sur le contrôle social.

 

 

I.                   La gamme renouvelée des périls (crime, prostitution, drogue).

 

Aucune des transgressions évoquées n’est nouvelle. Toutes tendent à se renouer, à s’articuler autour des figures de la dangerosité et des grilles d’interprétation qui vont tendre à les unifier.

 

A.    Le crime et la délinquance

 

Ce n’est absolument pas une innovation en 1850. Les années 1820-1840 sont particulièrement sensibles. Phénomène se poursuit.

 

Trois aspects :

 

  1. Le crime, une réalité urbaine.

 

La crainte des bandits ruraux est quelque chose qui disparaît, même si cela subsiste dans les sociétés agraires paupérisées. Le banditisme demeure dans ces régions là (Espagne, Italie, Balkans). Dimension de protestation sociale importante. Les « Haïdouks », les « banditi », il « bandolerismo » sont ces formes de bandits dans les sociétés rurales. Etudié par Eric J. Hobsbawn dans Les primitifs de la révolte, en 1959. Dans les sociétés occidentales, crainte du vagabond, du nomade, mais disparaît.

La menace est désormais urbaine : le rôdeur des bas quartiers, le jeune délinquant de la périphérie. On s’enfonce dans les bas fonds du monde social. Le cambriolage est également une forme qui se développe à la fin du XIX° siècle. L’agression à domicile est quelque chose de plus en plus intolérable ! La délinquance juvénile apparaît. La question de la récidive est mise en avant. C’est une criminalité qui est professionnalisée : on passe d’une conception sociale dans les 1840’s, à une conception professionnelle.

Londres des 60-70’s est marquée par des « paniques morales », cad poussées d’exacerbation des craintes. La première a lieu en 1861, et elles reviennent périodiquement alimentées par les journaux. La société doit nécessairement se protéger.

En France, les 1880’s et la Belle Epoque sont les années d’inquiétude, avec l’invention du Hooligan. Dimension surdimensionnée du rodeur des bas quartiers, qui nargue la police.

Le crime, figure de l’étranger. L’italien incarne le danger en France. En Angleterre, c’est l’irlandais. A New York, les menaces criminelles tournent autour des migrants les plus récemment installés.

 

  1. La prostitution

 

La prostitution, pour les liens qu’elle a avec la sexualité, et avec la femme : équivalent du criminel femme. C’est pensé comme un fléau moral, social, qui menace la société. Le bon homme de famille risque d’être happé par la prostitué. En Angleterre : « dark continent » = celui des femmes perdues. L’Armée du Salut est créée en 1865, par William Booth. Des comités de vigilance également : le Londres des 1880’s semble obsédé par la question de la prostitution. Loi qui autorise le retrait des enfants de prostituées. Lois sur les maladies contagieuses, au moins pour avoir un contrôle hygiénique, mais autour de cette forme de législation, il y a une forme d’acceptation de la prostitution. => Sous l’effet des associations, annulation en 1886.

En France, encadrement par la police très stricte : les prostituées sont inscrites sur des registres de la police des mœurs. Dans le protocole, ce n’est pas un délit. Mais on y voit une forme de proxénétisme. C’est plus facile de contrôler la prostitution dans des lieux clos, que dans la rue.

Tout ceci prend une extension encore plus fondamentale dans les 1880’s, autour du danger de la transgression sexuelle, comme la contraception. La prostitutuée maitrise les « funestes secrets », le « vaste effort vers le nant », cad la sexualité qui n’abouti pas à la reproduction.

Mal vénérien : la syphilis est l’immense inquiétude du XIX° siècle. Produit une dégénérescence. Grand fléau. => Conférences internationales.

 

  1. L’alcoolisme

 

Du même ordre relève l’alcoolisme : c’est une invention du XIX° siècle, d’un médecin suédois, Magnus Huss.  Lié aux délires mentaux. Cela invite les médecins à imaginer des formes de thérapie adaptées.

Transformation de la conception des drogues. Ouvrage de JJ Yvorel : Les poisons fr l’esprit, drogues et droguées au XIX° siècle. Aucune réprobation. L’usage des drogues est thérapeutique. Les médecins sont les premiers à encourager la consommation d’opiacées : on prescrit énormément de la morphine, jusqu’à ce que pointe les premières interrogations. Sur le « dormant » par exemple. Les premiers toxicomanes sont des médecins qui auto expérimentent les effets néfastes des opiacées.

Dans les 70-80’s, on analyse ça comme une pathologie : se répandent dans le sports occidentaux la passion de l’opium. Les 1900’s, convergence du monde de la drogue avec le monde la pègre. L’image du drogué change du poète, du médecin au criminel, au déviant. Affaire Ullmo, officier opiomane.

 

B.     Intensification de la prise en charge de la folie

 

Lié à l’œuvre du médecin français Philippe Pinel (att : meurt en 1826) : a continué à médicaliser l’aliénation mentale, et à l’insérer dans une perspective thérapeutique. Cela se poursuit tout au long du XIX° siècle. Charcot travaille sur l’hypnose.

Invention des psychopathes sexuels. Richard von Krafft-Ebing analyse la transgression sexuelle comme à mi-chemin entre la maladie et le crime. Premiers temps de l‘aberration sexuelle. à Pédophilie, nécrologie, homosexualité, frigidité.

 

 

II.                 Les modalités de leur prise en charge.

 

La caractéristique de la période c’est les nommer, en faire des figures de danger, et surtout les lier. La médecine, qui depuis le début du XX° siècle, est extrêmement expansionniste, impérialiste. La notion de dégénérescence est au cœur de ces construction : Benedic Augustin Morel publie un des grands livres : Traité des dégénérescences. Un des livres les plus lus, les plus critiqués. L’idée de Morel est qu’il y a dans l’espèce humaine un type primitif, qui peut dégénérer sous des effets extérieurs (alcool, le paupérisme) et la dynamique produite entraîne les déviance. S’inclut de façon étroite dans l’œuvre de Darwin. Jusqu’à la fin de la 1° GM, le mot dégénérescence sert à expliquer toutes les déviances. Sorte de sésame scientifique. L’hérédité, le natalisme est une grande modalité causale. Le psychiatre max Nordau écrit Entartung, en 1892, qui veut dire dégénérescence.

Nourrit la pathologie croissante des problèmes sociaux. Toute une grande idée est la lecture des problèmes sociaux comme une pathologie. Exemple du crime : Cesare Lombroso publie en 1876 L’uomo delequente. Au terme d’une immense observation des cranes, il pense identifier le type anthropologique de l’homme criminel. Le criminel né est un individu né, une sorte de fou moral, un produit attardé de l’évolution, un individu régressif, qui entame une régression anthropologie. En voit la cause dans un accident dans l’embryon. C’ets le premier à nouer des relations entre le criminel et le sauvage des colonies. Traits physiques et moraux : crane étroit, arcades proéminentes, pilosité extrême, insensible à al douleur, souvent épileptique. Il multiplie les planches.

 

 

Tous les thèmes de criminalité (délinquance, sexualité, alcoolisme…) est pensé comme une crise du corps social. La France après la défaite est amenée à penser la dégénérescence nationale. Il faut engager un processus de régénération qui doit passer par l’effort, l’armée, l’expansion coloniale, le sport. Très sensible dans les lectures du déclin des 1870’s.

Angoisse de la perversion dans la Londres victorienne : autour de la dépravation, de la question sexuelle se nouent des angoisses majeures. Obsession par la prostitution. Le récit du danger sexuel est une menace de l’ordre victorien. Ainsi la très célèbre affaire de Jack l’Eventreur en 1888 qui assassine et éviscère des prostituées : mêle l’angoisse des bas fonds (white Chappell), l’angoisse du crime atroce, la prostitution. On pactise comme par hasard avec la médecine. => Agite tous les phantasmes de l’Angleterre.

Dans les sociétés comme celle russe ou allemande, l’antisémitisme fonctionne sur le même modèle de la contamination. Pensé comme un microbe : le juif apparaît comme l’incarnation du corps étranger, biologiquement identifiable, et devient le principal schéma d’explication de la dégénérescence des sociétés.

 

            Effets matériels à trois niveaux.

  1. La police

Modernisation de l’appareil répressif. Grand domaine de l’expertise : développement de la médecine légale. Moment du développement de la médecine technique. Identification des criminels avec Alphonse Bertillon, Francis Galton (dactyloscopie). Mais aussi photographie. => Forme de police scientifique.

 

  1. Système judiciaire

La justice demeure très perméable encore, y compris dans les régimes les plus démocratiques, aux logiques de classe, de genre : il est plus facile d’être condamné lorsqu’on est une femme pauvre des milieux populaires.

 

3. La relégation et l’exclusion

Les poussées sécuritaires évoquées incitent à des phénomènes de relégation : la France invente la transportation outre-mer en 1864. En Nouvelle Calédonie, ou en 1885, la relégation des multirécidivistes.

 

Effets sur le jeu politique : progressive prise en charge dans les programmes politiques du thème sécuritaire : n’appartenait pas aux agendas et aux réflexes traditionnels. Ils le deviennent. Intérêt électoral de se faire le champion de causes qui apparaissent consensuelles. Effets sur le jeu politique, sur les imaginaires sociaux. Thématique de la transgression absolue. => Au travers de la presse, de la littérature.

Immense débat : récits corrupteurs qui minent la conscience publique à commettre eux-mêmes de commettre des crimes ? S’agit-il d’un spectacle sur des pratiques étrangères à nous-mêmes ? Ou part obscure de nous-mêmes que l’exposition commune nous permet de dépasser ? 

Publié dans Khalifa

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