Kalifa 14

Publié le par 1A 08/09 notes

10/06/08

 

14. Impérialismes

 

 

C’est sans doute le cours majeur de la séquence, non pas que le colonisation naisse (elle est antérieure), mais c’est une séquence d’accélération qui est déterminante. Ses effets vont peser très lourdement, et notamment sur les périodes à venir. Se constituent les matrices des mondes coloniaux.

La période est marquée par la reprise, l’accélération de l’expansion coloniale. Phase finale qui aboutit à la Belle Epoque, véritable partage du monde. Il y a des blancs de la carte.

 

Les effets politiques : période de rapprochement entre la notion d’impérialisme et de nationalisme.

 

A propos de l’historiographie, elle est très sensible car marquée par les idéologies. Marquée par des débats forts, lourds. Le vote par le Parlement en février 2005 dont un des articles invitait les programmes secondaires à montrer l’aspect positif de la colonisation. Finalement, article supprimé. => Cession  qui n’a pas perdu son côté vif.

Trois moments de l’historiographie :

-          Jusqu’à la fin de la colonisation : histoire officielle, qui célébrait la puissance européenne, la mission civilisatrice et l’aspect colonisateur, émancipateur. L’un des ouvrages majeurs est Histoire des colonies françaises et de l’expansion de la France dans le monde par Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau en 1931. La colonisation était intégrée à l’histoire de la diplomatie nationale.

-          Renversement complet à compter de la décolonisation, sous l’effet du marxiste et des mouvements tiers-mondistes, qui marquent les années 60-70’s : montre résistance des peuples coloniaux.

-          Dernière phase depuis une vingtaine d’année : historiographie beaucoup moins univoque. La tendance majeure, c’est une histoire soucieuse d’intégrer des éléments neufs en termes d’expérience nationale. Raz-de-marée sur les campus américains où saturation de problématique : post colonial studies… Toute une série de mouvement qui ont fait de l’analyse coloniale le cœur de leurs réflexion. Travaux de l’Américain E. Saïd avec l’Orientalisme, L’Orient créé par l’Occident en 1978, et Culture et Impérialisme en 1993. => N’aborde plus le fait colonial en termes économique et social (rompt avec marxisme) pour porter l’accent sur la construction des savoirs, des discours, des représentations (influence de l’œuvre de Michel Foucault). Bref, aspect plus culturel. La notion de racisme devient une clé d’analyse nouvelle.

Il faut penser l’impérialisme comme un aller-retour, l’Empire comme un laboratoire d’expérience dont les effets sont lourds et mobiles.

Nos sociétés ne sont pas libérées des avatars sociaux, culturels, politiques : question des migrations.

 

ð  Des perspectives qui ont contribué à renouveler le travail en ce domaine.

I.                   Le temps du scramble et la « course au clocher ».

 

 

Accélération évidente qui s’empare du domaine colonial : âge d’or de la conquête.

 

Les Britanniques ont parlé de « scramble », et les Français ont parlé de « course au cocher », autre traduction : « steeple chase ». Jules Ferry dans un livre de 1890, Le Tonkin et la mère patrie, utilisait ce terme de « course au clocher ».

 

Qui sont les coureurs ?

La France, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, l’Espagne, le Portugal.

 

Qu’est-ce que le clocher ?

L’Afrique, plus précisément le Togo.

 

B. Quelle colonisation ?

 

 

  1. La Méditerranée :

 

1869 : ouverture du Canal de Suez, constitue alors une voie essentielle qui permet d’ouvrir la route des Indes et de relancer la colonisation de la Méditerrannée.

Le modèle apr lequel les Anglais s’imposent en Egypte est commun : d’abord achat financier : l’Angleterre achète des actions du Canal de Suez. Comme opposition, intervention militaire. Puis arbitrage avec les puissances européenne qui met en place un protectorat. Scénario classique de progression et d’implantation d’une puissance occidentale dans un pays.

Même scénario des Français en Tunisie et au Maroc. Tunisie : Jules Ferry est le rpincipal protagoniste. Pour protéger de spirates, flotte française, puis protection intérêts français, puis installation d’un protectorat en 1882.

 

  1. L’Afrique noire

 

Le partage de l’Afrique noire, Henri Brunschwig, en 1971. jusque là, on connaissait les côtés, et la présence était essentiellement littorale. L’intérieur était laissé aux explorateurs, qui sillonaient les cours d’eau. Le célèbre reporter Henry Stenler, envoyé apr le Telegraph, à la recherche des mythiques sources. Explore alors le bassin du Togo. Suit l’italien Pierre Savorgnon de Brazza qui explore le Congo. Le roi des Belges, Léopold II, qui a des mabitions non pas nationales mais personnelles, y installe un Etat libre, ce qui suscite l’inquiétudes des autres puissances. D’où la Conférence de Berlin en 1884, qui est le pivot de ces questions. Bismarck dirige cette conférence (ce n’’est pas un homme des colonies, c’est un continental, mais poussé par les nationalistes allemands, il organise cette conférenc epour régler la question du Congo). Etablissement de règles et d’un droit européen sur les colonieS. Ce n’est pas un partage de l’Afrique néanmoins. => La colonisation est un signe majeur des relations internationales.

Quels principes adoptés à Berlin ?

-          Reconnaître l’autorité de Léopold II sur le Congo : constat.

-          Pas d’occupation fictive : toute possession doit être effective.

-          Dissocier l’autorité politique, de la liberté de commerce, de circulation. => Libéralisation des eaux. 

-          Multiplication des arbitrages coloniaux : arbitrages politiques comme pour la question du Maroc. Les Anglais ont une ligne de progression nord-sud, et les Français est-ouest : il y a un moment où ces deux lignes vont rentrer en conflit. Ce conflit est au Soudan, à Fachoda où le capitaine Marchand investit aux bords du Nil et voit arriver face à lui les troupes du général Kitchener. Crise majeure, presque menace de guerre, mais une reculade des Français. La colonisation britannique coupe en deux celle française : Marchand est un grand héros, face aux méchants Anglais.

 

  1. L’Asie

 

Ancien les Anglais sont là de puis longtemps. Mais se sentent menacés :

-          Par les Russes en Asie centrale.

-          Par les Français en Indochine. Les Anglais colonisent alors la Birmanie pour fair eun Etat tampon.

 

  1. Semi-colonies : demeurent indépendantes, mais on les domine.

 

Perdent peu à peu leur souveraineté. Cas de la Chine qui était ouverte au commerce européen. Vers 1895, après la défaite des Chinois contre le Japon, la Chine s’ouvre aux Européens et est partagée est zone de partage entre l’Allemagne, la France, la Gb : se aprtagent le « gâteau chinois ». La Chine est dépecée en ports, en comptoirs. Très violente révolte des Chinois en 1899 : révolte des Boxers.

En Empire ottoman, on voit les intérêts occidentaux s’installer, et notamment l’Allemagne. Mais reste une puissance.

De même au Maroc.

 

C.                  En 1914

 

A tout égard, en 1914, c’est la totalité du monde qui est partagée en zones d’influence : l’emprise des impérialismes est globale. Les conquêtes sont finies, le temps de la colonisation est passé dans l’administration. Les puissances importantes sont en tête : la France et la GB. Mais des concurrentes : l’Allemagne, l’Italie. Et certains tendent à s’imposer : les US (qui depuis la doctrine Monroe avait fait de l’Amérique latine leur chasse gardée). En 1898, les US rentrent en guerre avec l’Espagne à propos de Cuba, mais aussi Philippines.

 

Le principale échec, il y a encore un autre venu : le Japon. Il s’impose sur la Chine en 1895, sur la Russie en 1905. Il, faut compter avec la puissance japonaise. Mais la colonisation européenne se fonde sur des principes raciaux. Or le Japon n’est pas occidental : on est obligé de penser un partenaire non européen comme un partenaire égal. C’est le fantasme du péril jaune qui se développe en Europe. L’acceptation du Japon ets un des chevaux de Troie de la colonisation. C’est un peu le ver dans le fruit.

 

En 1914 : le monde colonial est plein, partagé. Or c’était l’exutoire des puissances occidentales.

 

II.                  « L’impérialisme » et ses contestations.

 

A.      Argument économique

 

Débouché pour les industries occidentale, à un moment où les nations européennes sont engagées dans la crise de la Grande Dépression, moment de difficulté économique. La notion d’impérialisme surgit alors (1900’s). Jusque là, sens différent : un impérialiste était un partisan de LNB. La première acception du monde vient d’un journaliste : John Hobson et Imperialism : a study, en 1902. Homme de gauche qui fait le diagnostique d’une sous-consommation des classes britanniques. Dans le contexte de concurrence accrue, nécessité de trouver des débouchés ailleurs, et pour lui cet ailleurs est le monde colonial.

La notion est reprise par les marxistes, et lui donnent un contenu plus précis. Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme en 1914.

Fusion du capital bancaire et industriel. Cette fusion a deux effets : elle produit un affaiblissement de la concurrence et une baisse du taux de profit, d’où l’exigences de nouveaux débouchés, d’autant que l’on est dans une période de regain de protectionnisme. Ces débouchés sont une exportation de capitaux dans les pays où les intérêts sont plus élevés : la conquête coloniale : débouchés pour le capitalisme nouveau.

 

Ce schéma est assez récent. Discutable pour deux séries de raisons :

-          On ne peut pas dire que les investissements occidentaux ont été à la hauteur des espérances. L’Angleterre investit beaucoup à l’étranger, mais pas nécessairement dans les colonies.

-          La plupart des colonies étaient relativement peu peuplées, où le pouvoir d’achat était faible, donc ce sont peu des zones de débouchés. Sauf l’Inde, qui a absorbé la production textile anglais.

 

Les débouchés sont mieux assurés par les semi-colonies, comme la Chine.

 

B.      Facteurs militaires et politiques.

 

Théorie des trois M :  Marchand, militaire et missionnaires.

Les trois C : commerce, christianisme, civilisation.

 

Les facteurs militaires et politiques sont très importants : affait d’Etat, considérations politiques et géopolitiques. Maintenant, il s’agit d’avoir un statut de grande puissance. L’Allemagne et l’Italie veulent aussi leur part.

Articulation de plus en plus évidente d’être un grand pays,  avec les ambitions nationalistes et avec les conceptions de plus en plus raciales. Pendant longtemps, les nationalistes étaient hostiles à la colonisation car serait contraire à la revanche (Alsace-Lorraine). La plus grande France géographique, politique et économique va renflouer l’orgueil des nationalistes. Barrès note : « j’aime le Maroc parce qu’il est le destin de la France ».

 

C.      Facteurs culturels

 

1.      Données religieuses .

 

Dimension prosélytes des missions chrétiennes : les missions catholiques ou protestantes ont alimenté les désirs de conquêtes nationales. Dimension de conversion.

Mais il y a aussi un authentique désir d’éducation, désir humanitaire. Ambition philanthrope.

 

2.      Missions éducatives

 

A réfléchir en lien avec les politiques d’éducation mises en place dans les colonies : l’éducation que donne les nations supérieures aux inférieures ne doit pas remettre en cause le désir d’éducation. En France, la République est coloniale : elle investit de tout son arsenal idéologique hérité des Lumières, de l’universalisme, elle se pense en institutrice des peuples : multiplie les missions éducatives.

Les peuples blancs pensés comme supérieurs investi de l’intelligence et de la générosité supérieures vont éduquer. Critères raciaux, mais à ne pas lire seulement de façon cynique.

Idem en GB : on vend le devoir de la race impérial.

 

3.      Liens scientifiques

 

Exemple de la géographie est majeur : support privilégié. La discipline qui se constitue en même temps (les expéditions) est délirante.

Autre science : anthropologie physique : postule l’inégalité des groupes humains et pense pouvoir le démontrer à partir de données physiques, vérifiables. Conquête colonial est inséparable d’une science qui postule l’hérédité des caractères et l’inégale capacité à l’humanisation.

 

D.     Des résistances, des oppositions faibles

 

Il y a peu d’analyses, peu d’oppositions à ces mouvements là. Certains sociologues, comme dit « la race reste une force occulte, à laquelle il ne faut faire appel qu’en désespoir de cause », Mouvet : seuil mouvant des classifications. Le consensus est relativement fort. Toute l’administration coloniale est fondée sur des types racialistes : code de l’Indigénat, différencialisme racial, utile pour affirmer la supériorité du colonisateur.

Le mouvement n’a jamais été contesté, sauf en cas d’abus : Léopold II dans l’Etat indépendant du Congo, dans lequel a été mené une politique abominable de déportation, de travail forcé. Immense scandale des mains coupées : populations congolaises qui ont fait l’objet de torture. On pense que l’exploitation de Léopold II au Congo s’est soldée de 5 à 6 millions de morts, qui a été dénoncée par un journaliste britannique, Edmund Dene Morel qui avec le soutien de romanciers américains comme Marc Twain ou Joseph Conrad avec Heart of Darkness a suscité la première cause humanitaire. Mais c’est là un cas exceptionnel.

Réalités très difficiles et l’idée qu’il y aurait une gauche anticoloniale est postérieure, après 1919, développée par les partis communistes. Jusqu’en 1914, la gauche accepte une colonisation attentive aux droits des peuples, civilisatrice (Jaurès). Mais la gauche d’avant 14 pense la colonisation comme une bonne chose.

Chez quelques socialistes anarchistes révolutionnaires comme Paul Vigné d’Octon qui en 1900 dans un texte virulent La Gloire du sabre, dénonce au Tchad une colonne qui a marqué son passage par une série d’actions comme têtes coupées, mais sa voix a été peu écoutée.

Chez les peuples colonisés, les résistances ont été écrasées, refusent la domination, mais le temps n’est pas à l’organisation.

 

 

Publié dans Khalifa

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article