Khalifa Séance 4
Séance 4 : Un monde inquiet : science, foi et progrès
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question des mentalités
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période compliquée : seconde moitié du XIXè et le lieu d’une tension très forte entre le « scientisme », le savoir… et la religion, les croyances plus traditionnelles…
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« désenchantement du monde » de Weber : le monde perd ses éléments mystiques. Recul du religieux.
A-ton un ré-enchantement ? La science peut enchanter elle aussi.
- Il ne faut pas avoir de vision trop tranchée : les deux côtés peuvent se recouvrir
Adaptations, ajustements l’emportent sur des affrontements brutaux
I. Triomphe apparent du positivisme
L’éthique protestante : moins d’opposition entre religion et science
« Positivisme » : terme qui vient de l’œuvre d’Auguste Comte
-> 3 états de l’humanité : purement religieux, métaphysique, positiviste
Lois reproductibles
Certains types de savoir sont rentrés très tôt dans le positif – selon Comte
Sur le plan purement formel, l’influence de Comte est très limitée – a quelques amis comme Littré ou Mills mais ceci a peu d’importance
Très grand optimisme : le rationnel peut tout maîtriser – cette démarche doit aussi beaucoup à Newton, Bacon, Descartes
Beaucoup de disciplines sont concernées par ce positivisme
Claude Bernard : Introduction à la médecine expérimentale – fait rentrer la médecine dans l’âge expérimental
Pasteur devient une icône de la médecine républicaine
Preuves impressionantes du positivisme dans certaines disciplines :
-> anthropologie : notamment l’étude des crânes. A partir de mesures et de comparaisons, on obtient des impacts sur tous les savoirs.
Lombroso va adapter ces travaux à la criminologie où il va établir un portrait-type du criminel : mâchoire proéminente, sourcils qui avancent…. Des lois vont découler de ces études.
Emile Durkheim : son travail s’adosse à la même logique positiviste : il existe des faits sociaux « isolables » : il faut les traiter comme des « choses »
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A la même période, Herbert Spencer va puiser dans la biologie pour établir des réalités sociales.
Reconfiguration du savoir historique : Leopold von Ranke : il dit qu’une méthode fondée sur une documentation objective, une méthode arrêtée qu’il est possible de déterminer ce qu’il s’est réellement passé objectivement.
Gabriel Monod va ainsi créer La revue historique qui est la bible de cette histoire positiviste
Monde artistique, monde des arts et des lettres – à travers la littérature on est capable de mettre aux jours des lois de compréhension de la société : fresque de Giovanni Verga avec I Malavoglia
Œuvre de Zola avec Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire : Zola entend par la fiction faire une démonstration scientifique. Famille qui a une tare naturelle mais qui se décline différemment selon les personnes de la famille. Articulation entre l’hérédité et le social.
II. Science ou religion
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Conflit qui va mettre à l’épreuve la religion
Ernest Renan en 1848 en vient à rejeter la religion chrétienne : « nul ne peut servir deux maîtres à la fois » (Dieu et la science)
Ludovic Buchner : Force et matière : parle de l’inutilité de la religion
Premières remises en cause proviennent de l’analyse de la Bible :
- David Strauss : Vie de Jésus
- Renan fait la même chose et parle « d’un individu exceptionnel, incomparable » mais rien d’autre qu’un homme – ce qui fait scandale
Chaire d’histoire des religions créée en 1880 en France
Imaginer la possibilité d’une histoire des religions c’est refuser le dogme de la religion qui refuse la relativité historique
Charles Llyel, Elements of geology
Louis Agassiz : parle d’âge de glace
Richard Owen : emploie pour la première fois le terme « dinosaure »
Bouleversement d’un monde entier – ruptures cultures exceptionnelles
En 1856, la découverte de l’homme de Néanderthal fait aussi scandale
Charles Darwin (1809-1882)
Il discute beaucoup avec Llyel, avec Wallace … et tout ceci aboutit en 1859 à L’origine des espèces : la théorie de la transformation progressive des espèces est consacrée
Double principe : adaptatif et cumulatif
Il répète qu’il reste du mystère, qu’il ne remet pas en question Dieu ni la religion
Echo immense de son travail
1871 : La descendance de l’homme
Il a de nombreux disciples comme Huxley, Haeckel…
Les traductions de son livre sont parfois plus radicales qu’il ne l’est vraiment
A ce moment là, l’athéisme est encore très difficilement concevable
Un monde sans Dieu est encore pensé comme une monstruosité
Cercles élitistes extrêmement étroits où la pensée athée commence à progresser
En Angleterre, en 1860 Essays and Reviews va essayer de faire cohabiter religion et science
John Colenso, évêque sud-africain va accepter d’ajuster un peu certaines choses de la Bible
L’Eglise n’est pas immobile, il n’y a pas refus du progrès
Certains courants de résistance forte : certains ont peur que le progrès empiète sur la religion
Les sociétés protestantes ont mieux négocier le tournant du progrès
Catholicisme est plus intransigeant : Pie IX publie un certain nombre d’encycliques avec Quanta Cura (qui condamne les doctrines positivistes et matérialistes) et Syllabus erorum (liste des erreurs d’une monde moderne : avancées scientifiques)
Léon XIII, pape qui suit Pie IX, va chercher un peu plus d’évoution, de la modernité
Pie X, revient ensuite à un peu plus d’intransigeance
Crise moderniste – Alfred Loisy qui publie un texte fort en 1902 : L’Evangile et l’Eglise qui adopte une position extrêmement souple
Parle du fait que l’enseignement religieux est une construction historique, que la religion peut donc évoluer historiquement par interprétations successives.
Encyclique Pascendi de 1907 de Pie X qui va condamner Loisy
Religiosité reste très forte dans les sociétés occidentales
Seconde moitié du XIXè – pratiques restent particulièrement fortes : on a jamais autant prié pour les morts : en 1910 : 400 000 messes pour les morts en France
Conjonctures miraculeuses : apparitions de la Vierge
On a jamais eu autant de religieux
Il faut penser au cœur de cette agression de la science sur le monde religieux mais aussi voir que ce dernier est en évolution permanente
III. Crise du positivisme et la « névrose fin de siècle »
Confiance dans la science va être ébranlée
A partir des années 1890, beaucoup pensent qu’on entre dans une ère de crise des valeurs…
3 sources différentes :
- Incertitude de la science elle-même. La psychologie expérimentale commence à se développer : Henri Pieron, Alfred Binet -> il faut monter l’absence d’étanchéité entre le rationel et l’irrationel : « merveilleux psychique ».
Inconscient qui remet en cause le positivisme en quelque sorte – théories trop tranchées sont ainsi remises en cause
Les découvertes les plus déstabilisantes viennent de la science : travaux d’Einstein et de Planck qui vont bouleverser nos conceptions du monde : découverte des rayons X, des matières radioactifs, de la structure atomique de la matière. L’idéal déterministe est donc remis en question.
- L’antirationalisme philosophique : valeurs comme l’instinct et l’énergie sont critiquées.
Philosophie de Bergson : Donnés immédiates de la conscience
Il y a quelquechose de spécifique dans la nature humaine, quelquechose d’irréductible, que la chimie ou la physique ne peut déterminer.
Ernst Haeckel, L’énigme de l’univers
- Tendance au retour de l’irrationel : la raison n’est plus « à la mode »
Emergence du cubisme, du futurisme – climat général de crise, de mise en cause
Brunetières publie Après une visite au Vatican, un texte qui fait scandale où il parle de la banqueroute de la science.
Il plaide la nécessité de la foi
Deux grands pôles et contradiction très forte entre eux
Ces évolutions sont essentielles mais demeurent étrangères à la grande majorité des individus
Cela va à terme peser sur l’ensemble de la société