Glossaire HS - Début à 26 novembre

Publié le par 1A 08/09 notes

Cours du 1eroctobre : Pourquoi les humanités scientifiques ?



Humanité scientifique

Définition très succincte : Discipline qui va à l’encontre de la tradition universitaire communément admise, qui consiste à séparer strictement l’étude des sciences des humanités. Le but des humanités scientifiques est d’étudier les multiples interactions qu’entretiennent ces deux domaines, afin de parvenir à une meilleure perception de la société humaine et des futurs problèmes politiques que les petits sciences-posards auront à solutionner.


Archimède

Savant grec, auteur du « Donnez moi un levier et je soulèverai le monde »

Repéré par le roi Hiéron de Syracuse, il lui construisit de multiples armes qui permirent de tenir longtemps en échec l’armée romaine. C’est une très bonne figure introductive du rapport entre science et politique : le roi (la politique) recourt à la science (Archimède) pour atteindre un objectif qui, sans son aide, aurait été inatteignable à cause de nombre des soldats romains.

Archimède est donc un très bon exemple de la situation du détour étudiée ci-dessous.


Détour

LE concept fondamental d’Humanité scientifique.

Soit un individu 1 désirant atteindre un objectif .

L’individu 1 ne peut atteindre  en raison d’une objection quelconque.

L’individu 1 va donc faire un « pas de coté » ou un « détour », de manière à trouver une astuce, un « truc », par la médiation duquel il pourra parvenir à l’objectif .

Très souvent, ce détour aura 2 effets :

  • l’un prévisible : l’atteinte de l’objectif  (pour Hiéron, défendre Syracuse), qu’on appellera plus généralement le résultat ou la reprise de l’action.

  • l’autre imprévisible : une réalisation à laquelle on ne s’attendait pas, mais qui peut receler des potentialités énormes (ex : l’ancêtre du réseau Internet développé initialement à des fins militaires, devenu ensuite une véritable révolution). On appelerra ce second résultat la « composition »

C’est, on le verra, bien souvent la « composition » de l’action qui amènera aux révolutions les plus importantes (Internet, par exemple) dans l’histoire humaine.

 






















Cours du 8 octobre : Comment repérer la place des techniques et des sciences ? De quelle longue histoire sociotechnique sommes-nous les héritiers ?


Babouin

Mammifère poilu évoluant alternativement sur deux ou quatre pattes. Notre grand-père à tous.

Stade 0 de l’évolution socio-technique humaine : il dispose déjà d’une forte aptitude politique à travers sa « social skill », mais est incapable de saisir l’intérêt de l’utilisation d’un objet, ou plus exactement du « détour » par l’objet pour atteindre son objectif.


Social Skill

Capacité d’un être vivant à survivre à l’intérieur d’un groupe. Elle permet aux êtres d’une même espèce de vivre dans une proto-société organisée. Puisqu’il est doté d’une social skill, le babouin est donc en ce sens un « zoon politikon ».


Histoire socio-technique 

Histoire de l’humain et du non-humain depuis le stade « babouin » jusqu’à celui de notre époque contemporaine. Elle s’intéresse à la fois au « Gouvernement des hommes » et à « l’Agencement des choses ». Elle se répartit, selon Bruno Latour, en diverses étapes fondamentales :

  • Etape 1 : la sociabilité avec ses congénères (stade babouin), premier de tous les détours que l’espèce humaine devra employer pour atteindre le premier de ses buts : la subsistance

  • Etape 2 : la découverte de l’outil (nouveau détour). Exemple : le singe qui découvre l’usage possible du gros bout de bois pour tuer un autre singe dans 2001 l’Odyssée de l’espace de Kubrick. A partir de cette étape, l’histoire de l’être humain(le babouin un peu plus intelligent que la moyenne) commence à se lier de plus en plus inextricablement avec celle du non-humain (le bâton), et l’on devra dès lors considérer qu’il y a une coévolution et une interaction de l’humain avec le non-humain (ex : le non-humain « fourchette et couteau » déterminera l’évolution de l’humain « mâchoire moins proéminente », cf travaux de Leroi-Gourhan)

  • Etape 3 : le langage. Ce nouveau détour permet de renforcer la compréhension entre les membres du groupe, et accroît encore leur nature politique.

  • Etape 4 : l’entrée dans l’Ere de la Technique. Définition succincte : série d’actions emboîtées les unes à la suite de l’autre selon un plan prédéfini. Ex : la création de l’arc (on assemble les objets pour en produire un nouveau, il y a bien une évolution de la sphère du non-humain, puisque l’humain vient de donner naissance à un nouveau non-humain).

  • Etape 5 : la Société en tant que chaînage d’éléments hétérogènes (matériels et symboliques) ou, pour le dire autrement, ensemble des médiations, des associations. La société opère une transformation du milieu du régime par le biais des multiples techniques qui la constituent.

  • Etape 6 : la diversification et surtout l’artificialisation, c’est l’ère de la Science. Il s’opère une sédentarisation de l’homme qui va de pair avec une intériorisation artificielle des éléments qui constituaient la société antérieure (domestication).

  • Etape 7 : l’apparition de « Mégamachines » (Lewis Mumford), autrement dit d’ensembles socio-techniques supérieurement complexes, une technique d’organisation. Techniques intellectuelles d’organisation, motrices de nos sociétés. Exemple : les grandes villes qui reposent sur d’immenses toiles de réseaux techniques. On est alors dans une conception artefactuelle (du mot « artefact », produit par la main de l’homme) des sociétés : l’artificialisation est complète, et l’environnement initial de l’humain a pratiquement disparu à la toute fin…

Le grand paradoxe de cette évolution socio-technique, c’est qu’elle reflète une double dynamique :

  • une dynamique d’émancipation de l’humain de ce que Latour appelle « l’agencement des choses », c’est à dire de l’agencement de tout les non-humains et phénomènes naturels : échapper aux contraintes naturelles, se défendre des êtres non-humains ou des phénomènes naturels, etc… (ne plus dépendre

  • une dynamique de dépendance de plus en plus forte à mesure que le monde socio-technique s’étend à tous les domaines de la vie humaine (ex : l’élève de Sciences Po dépendant de son ordinateur).

Paradoxe : le gouvernement des hommes (politique) pour les aider à s’émanciper se fait au moyen et entraîne un nouvel agencement des choses duquel l’humain devient de plsu en plus dépendant.

C’est pourquoi on ne peut jamais séparer la Technique du lien social, car on voit bien quelle relation extrêmement intime ils entretiennent. Le but des Humanités scientifiques sera donc, en ce qui les concerne, de re-matérialiser ce lien que la tradition intellectuelle a rompu à tort.

 

Note : j’ai reproduit ici le cours de Latour n°2. Il est à noter que, dans les autres cours, il ne définit pas les étapes suivantes consultables sur les tableaux qu’on retrouve dans la plupart des séance (en tout cas 2 dans celle-ci).



































Cours du 15 octobre : Le changement d’échelle et le détour par le laboratoire


Footprint

Trace de pas, ou marque laissée par le passage de l’Homme sur son environnement. Jusqu’au développement de l’artificialisation de la nature causé en partie par la science, il était très négligeable (les pyramides à la rigueur). Depuis, il a à tel point explosé qu’on considère parfois que c’est l’environnement lui-même qui n’existe plus, et que la Terre n’est plus qu’un espace entièrement artificialisé. On peut dire qu’il y a eu un véritable changement d’échelle dans l’empreinte laissée par l’homme sur Terre. Mais pourquoi ?


Changement d’échelle de mobilisation des humains

Selon le Reichsführer Latour, le changement d’échelle est du à un triple détour :

  • l’invention d’un artisanat spécialisé : il a permit de dépasser le stade du simple artisanat, et a été le premier pas vers un développement plus approfondi des relation humain/non-humain en rendant possible une meilleure observation empirique du monde (ex : la lunette astronomique)

  • L’invention des technologies intellectuelles : des supports mentaux conséquents ont été les outils immatériels de la réflexion et du développement des sciences. En premier lieu, les mathématiques permettront de raisonner dans une dimension jusque là peu employée : l’abstrait.

  • Le laboratoire, véritable non-lieu ou sphère artificielle dans lequel peuvent se dérouler des expériences impensables dans le monde réel, permettant ainsi de dégager les lois de la nature.


Algorithme

Série d’opération conçue pour répondre à des problèmes abstraits. Ainsi, l’algorithme reproduit dans le monde abstrait ce que la technique a construit dans le monde concret, ce qui démontre bien l’origine matérielle de toute abstraction.


Abstraction

Elle a, on l’a dit, une origine matérielle. Elle est une simplification d’une réalité qui, prise telle qu’elle est dans sa totalité, serait impossible à comprendre car trop complexe. L’abstraction est donc la décomposition du monde pour mieux étudier les mois qui le régissent. Elle suppose

  • la création d’une sphère « autonome » (le laboratoire)

  • multiplication des technologies intellectuelles (les maths)

  • élaboration d’un savoir abstrait patiemment détaché des demandes initiales car celle-ci touche souvent à trop de domaines à la fois

  • standardisation symboles / pratiques (exemple : formules chimiques, dessin technique permettant la compréhension par tous)

  • distinction travail intellectuel / manuel

  • insertion nécessaire de l’appareil du pouvoir (la puissance politique) car sans ses financements, le scientifique ne pourrait avoir les moyens de travailler. Il y a donc une obligation de retour ou d’utilité.


Laboratoire (première définition)

Lieu préféré de Bruno Latour auquel il a consacré pas mal de lignes à travers ses bouquins.

C’est le lieu-clé de l’évolution socio-technique, car c’est dans ce dernier que se mêlent :

  • l’atelier de l’artisan

  • le bureau du fonctionnaire

  • le studio de l’érudit

Avec l’aide d’un matériel spécialisé, le scientifique travaille pour organiser des expériences dans des conditions spéciales impossibles à réunir dans la réalité (étudier la chute des corps en supprimant l’influence du frottement de l’air par exemple). C’est donc bien une « sphère artificielle », coupée de la sphère naturelle.

Le laboratoire est, par excellence, le lieu du « détour » : c’est grâce à sa médiation que le savant parvient à découvrir les lois de la nature.


Chronomètre de marine

Mis au point par John Harrison, il fut crée au XVIII pour permettre aux navires de connaître leur position exacte en leur indiquant la longitude que personne ne savait calculer jusque là. Très bon exemple de l’évolution des techniques :

  • incapacité à calculer la longitude (situation de départ et objectif )

  • détour du scientifique par son laboratoire pour mettre au point, dans des conditions artificielles, son horloge.

  • Une fois le chronomètre achevé, on le test dans le laboratoire, puis dans le monde réel pour voir si les lois qui ont été présupposées au cours de sa conception sont exactes.

  • Si les test sont une réussite, on installe ces chronomètres sur tous les navires

  • L’innovation technique, qui amusait la galerie et constituait un détour sans doute dangereux, est devenu une technique banale qui, comme toute technique bien intégrée, n’est presque plus perçu comme un « détour » par ceux qui l’emploient





























Cours du 22 octobre : Les systèmes techniques, le changement d’échelle et la globalisation

Art

Les arts font partie intégrante des humanités, et donc a fortiori des humanités scientifiques. La façon dont les artistes perçoivent les sciences est donc particulièrement intéressante pour les humanités scientifiques (ex : les futuristes)


Machination

Grande spécialité de Machiavel (Le Prince), la machination est la manipulation des passions et des résistances dans les relations entre humains. Néanmoins, en Humanités Scientifiques, il convient d’élargir le concept de machination au monde du non-humain. En effet, les sociétés sont fondés sur des systèmes techniques alliant inextricablement humains et non-humains, de sorte qu’un stratège ne vivant pas chez les babouins doit impérativement composer avec les objets techniques, la science, l’environnement, etc. Ex : Machiavel ne cite qu’une fois des objets (épée, forteresse), tandis que les nouvelles machinations devront prendre en compte les « passions » et les « résistances » des non-humains.


Système technique

Un système technique est un ensemble de maillons de nature diverse (logistique, technique, droit), une articulation d’éléments hétérogènes formant un ensemble (une société, une usine, le monde portuaire, le monde de la finance, etc.) que Latour assimile à un véritable écosystème. Il engendre généralement un effet de dépendance au sentier (voir infra), et le regard que nous posons sur lui l’apparente le plus souvent à une boîte noire (voir infra). Selon Latour, « un système technique vaut ce que vaut le plus faible de ses maillons », ce qui signifie qu’un système technique n’est pas véritablement irréversible, et qu’il peut très bien être déconstruit pour céder la place à un autre système technique. Cependant, plus le premier système sera cohérent dans chacun de ses aspects (logistique, juridique, etc.), plus le second aura du mal à s’imposer et à le déconstruire. Il faut également retenir qu’un système technique n’est jamais irréversible d’entrée de jeu : il le devient par suite de multiples innovations (systématisation)


La boîte noire : Opacité / Transparence d’un système

Métaphore s’inspirant des boîtes noires dans l’aviation. Tout objet ou système technique est une boîte noire : s’il fonctionne bien ou si l’on est habitué à le voir fonctionner, personne ne se soucie de sa structure intérieur ou de son contenu technique (un Science-posard ne se demande pas comment est conçu son ordinateur). En revanche, lorsque l’objet ou le système ne fonctionne plus, on cherchera à comprendre son fonctionnement, à remonter la chaîne des détours successifs pour parvenir à comprendre l’origine du dysfonctionnement.


Crise / Panne

Outre le fait qu’elles poussent à s’interroger sur le fonctionnement des objets et systèmes techniques, sur la multitude des détours à l’origine de leur conception – ce qui fait d’elles des outils privilégiés d’observation et de compréhension en Humanités scientifiques -, les crises et les pannes ont le mérite de nous faire nous retourner vers les experts et les scientifiques qui se tiennent généralement à l’écart des projecteurs. Ainsi, la crise financière permet de redécouvrir les économistes, et de rendre plus actuelles que jamais les polémiques et les désaccords entre leurs diverses théories (résurgence possible du marxisme contre refondation du capitalisme…)


Dépendance au sentier ( path dependency )

Phénomène « importé » de l’économie. Il se produit lorsqu’un système technique s’est à ce point développé, exporté, universalisé, qu’il semble être devenu une norme irréversible. Du fait de sa forte implantation et des ramifications techniques multiples qui en découle, il exerce une très forte contrainte (ou « lock in ») sur les innovations techniques ultérieures, et il est très difficile de produire une innovation technique qui prétende apporter une modification en amont dudit système (voir le cas McLean). En revanche, l’innovation technique est toujours possible en aval par un détour astucieux (les Chinois qui ont conçus des logiciels spéciaux pour écrire en sinogrammes malgré la contrainte imposée par le clavier Qwerty) qui parvienne à contourner le « lock in ». On peut résumer la notion de la dépendance au sentier comme il suit : Une technique s’installe toujours à l’intérieur d’un monde constitué par les choix des techniques antérieures  qui ont été autant « d’investissements de formes », ce qui fait qu’elle peut difficilement revenir sur ce qui a été précédemment décidé.


Invention technique

Contrairement à ce que la légende raconte, un invention technique ne pas avoir le moindre impact si elle se borne à être une simple nouveauté technique. En effet, du fait de la dépendance au sentier, une invention technique, si elle veut entraîner une « révolution technique », doit être accompagnée de multiples innovations de toutes sortes qui permettront de recréer un nouveau maillage, un écosystème suffisamment solide et performant pour renverser l’ancienne norme.


Externalité de réseau

Autre concept issu de l’économie. Dans le cas d’une innovation technique, on dira par exemple que l’utilité d’un téléphone croît à mesure que d’autres individus s’en procurent un, sans quoi, l’utilité du téléphone est strictement nulle. L’externalité de réseau implique souvent intrinsèquement la diffusion universelle de l’innovation ( si 90% des ports mondiaux ne sont pas munis d’infrastructures adaptées, il ne servira de rien d’avoir inventé le conteneur, dont l’utilité sera très faible).


Sentiment de l’espace

Le sentiment de l’espace ou sentiment de la distance est le ressenti d’un individu au regard du trajet qui le sépare d’un point distant. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ressenti ne se base que peu sur la distance réelle. Il est en revanche très sensible aux coupures/interruptions/correspondances/ruptures de charge (pour le transport de marchandise : on déchargeait le fret d’un bateau pour le recharger sur un camion qui l’amenait à la gare où il serait à nouveau déchargé et rechargé sur un train, etc.), de sorte qu’une réduction de ces « interruptions » réduira fortement le sentiment de l’espace. D’où l’expression « le monde s’est rétréci avec la mondialisation ».


Normalisation

Procédures vitales de l’instauration d’un nouveau système technique au cours duquel on instaure les normes strictes qui réguleront ce nouveau système (ex : le pieds anglo-saxon pour qualifier les différents types de conteneurs). Ces normes pourront par la suite servir de gage de qualité (normes AOC).


Malcolm McLean

Inventeur du conteneur, idée logistique très simple qui a révolutionner les transports de marchandise et même les normes de production à l’échelle mondiale en réduisant considérablement les ruptures de charge dans le transport commercial. Etant donné « l’idée de son hégémonie qui lui [ était ] intrinsèque »(Borruey), le conteneur a du s’imposer et recréer un nouvel écosystème technique par de multiples innovations et garanties:

  • innovation logistique : séparer la caisse d’un camion-remorque des roues pour pouvoir la transporter, et concevoir un nouveau type de bateau adapté à son transport.

  • Innovation juridique : faire du lobbying pour ne pas être inquiété par la loi antitrust interdisant à une compagnie de transport d’être à la fois terrestre et maritime

  • Innovation d’infrastructure : créer en face du port de Manhattan un port spécialiement conçu pour le déchargement des conteneurs

  • Innovation sociale/juridique :créer un statut spécial de « grutier » pour les nouvelles conditions de travail et contourner ainsi les revendications des syndicats de dockers

  • Maintenir l’innovation : consacrer autant d’attentions aux innovations découlant de la naissance du nouveau système (grues spéciales intégrées aux bateaux, bateaux à cales spéciales) qu’à l’idée originale, afin d’achever le processus « d’irréversibilisation »

  • Garantir l’exclusivité et la propriété des innovations réalisées par le dépôt de brevets

  • Innovation intellectuelle : savoir présenter une comptabilité avantageuse (« économies totales réalisées grâce au conteneur », chiffre plus marquant qu’un traditionnel « économie réalisée par tonne de marchandise »)

  • Innovation intellectuelle : faire bon usage de la publicité pour imposer l’image mentale du nouveau système

  • Contrôler les normes de façon à ce que le nouveau système soit bien charpenté et puisse résister à la concurrence (prises spécifiques US / France, lecteurs DVD, etc.)

Tous ces détours de nature diverses ont permis de créer un nouvel écosystème technique.
















































Cours du 29 octobre : La figure du labyrinthe, définition du terme « technique » et analyse sociotechnique


Technicien

Figure très souvent méprisée en raison du caractère ambivalent de son art : la technique est en effet la première forme du « détour ». Elle repose sur la « mètis » (intelligence rusée) par opposition à « l’epistémè »( connaissance droite), d’où une certaine de perversion dans son usage (Ulysse « polymètis » trouve toujours un détour, un « truc » pour se sauver). Les représentations mythologiques de la technique sont d’ailleurs très parlantes : Vulcain, le dieu des forgeron et des artisans, est un dieu laid et boiteux. Quant à Dédale (« daedalion » = courbe, hors de la voie droite), c’est le créateur du labyrinthe, symbole de l’entrecroisement, de la complexité des détours. On voit donc que le technicien est celui qui maîtrise l’art du détour et de la composition pour créer des objets nouveaux, mais qui sait également employer le détour en déléguant un rôle au non-humain.

 

La délégation au non-humain

La capacité de « faire faire » quelque chose à un humain par le détour par un objet (en ce sens, on vient bien le caractère de manipulation que peut revêtir la technique, et le rôle que le non-humain doit désormais jouer dans les machinations post-machiavéliennes). Ainsi, on obtient par le détour du non-humain ce que l’on aurait pas obtenu par le détour, plus classique, par le langage. Le non-humain est donc un détour parfois très efficace, à condition de savoir rédiger efficacement son « script ».

Ex : les ralentisseurs sur la route

Ils établissent une « relation sociale » avec les automobilistes soucieux de préserver leurs suspensions en bon état, et permettent de les faire ralentir alors qu’un avertissement verbal n’aurait rien changé à leur façon de conduire. L’objet permet ici de contraindre l’individu à agir « conformément à la règle », même si, comme le marchand de Kant, il ne le fait pas par respect pour la règle.


Analyse sociotechnique : le script et rétro-engineering

L’analyse sociotechnique a pour but de comprendre quel est la «fonction », le « programme » ou « script » d’un objet.

Le « script » d’un objet est inscrit en lui même, dans son apparence, comme un programme informatique. Pour procéder à l’analyse sociotechnique d’un objet, il va donc falloir le décrire (procéder à une dé–scription ) pour comprendre ce qui est in–scrit en lui. Cette étape de l’analyse sociotechnique se nomme également « rétro-engineering ». Si l’on prend l’exemple de type de cintres :

  • le cintre classique, qu’on peut piquer dans n’importe quel hôtel, à pour script : « servir à ranger son manteau »

  • le cintre en plastique fixé à la tringle de la penderie est un objet plus complexe. Son double script est « servir à ranger son manteau » + « ne pas pouvoir être volé par le client », de sorte que ce cintre est très prisé dans les hôtels bas de gammes tenus par des pingres.

On le voit, les deux cintres ont des scripts très différents, ce qui produit une relation très différente entre eux et le client : le premier est un cintre « confiant », qui se fiche d’être volé ; le second est un cintre « méfiant » qui accuse silencieusement le client mal intentionné et le met mal à l’aise, d’où son absence dans les hôtels chics où le client est roi.

On peut voir qu’il y a eu une évolution dans la conception des cintres pour répondre à son programme. Néanmoins, une analyse sociotechnique doit s’intéresser à cette évolution qui n’est pas anodine en observant l’objet selon 2 dimensions : l’une horizontale ou dimension « ET »(individus concernés pour(+) ET contre(-) cet objet), l’autre verticale ou dimension OU (de détour en détour successif). Lorsqu’il élabore un objet, le concepteur cherche à maximiser le nombre de « + » (individus satisfaits par le dispositif) et à minimiser le nombre de « - » en « payant » en transformations successives pour faire évoluer la ligne de front (voir schéma)







En prenant l’exemple des ralentisseurs, on peut alors établir un schéma suivant :

Dimension ET

Ralentisseur standard Programme rempli : Programme non rempli :

Ralentit tous les véhicules ( anti-programme )

Dimension OU ralentit les autres


Ralentisseur adapté Programme rempli : Anti-programme :

au passage des laisse passer les uns, ralentit Les motos ne sont

vélos les autres pas gênées


et ainsi de suite…

L’analyse sociotechnique d’un objet technique peut donc être très longue, d’autant que de nouveaux individus peuvent débarquer et accroître le nombre d’individus à satisfaire ( on trouve la solution pour ralentir les motos sans ralentir les vélos, mais les pousse-pousse ne sont pas content par exemple…)

Tant que les + seront supérieurs en nombre aux -, l’objet technique continue d’exister, mais si les – deviennent plus nombreux, il se peut que l’objet soit abandonné car il serait trop coûteux ou impossible de satisfaire tout le monde par une nouvelle innovation.

Pour commencer un analyse sociotechnique, il faudra donc décrire l’objet observé et se demander « quel autre objet vient-il remplacer ? » « où se situe-t-il dans le processus d’évolution ? »


Paradigme et syntagme (petit ajout exotique made by Latour)

L’analyse sociotechnique s’apparente un peu à la distinction opérée en linguistique entre paradigme (tout ce par quoi je peux remplacer le mot individuel) et syntagme (association, ce qui va ensemble)

Ex : Paradigme Syntagme

Le pêcheuraa va

Le bûcheron va dans la forêt

Le menuisier va dans la forêt chasser le sanglier

Technique

L’analyse sociotechnique rencontre 3 difficultés majeures qui nous renseignent beaucoup sur la technique :

  • Il y a toujours des matériaux de nature hétérogène : on l’a vu avec l’exemple du conteneur, la technique est toujours composée d’un « feuilleté de matériaux distincts » (expression de Latour). Ex : le panneau « interdiction de fumer »+ « cendrier »+ « appariteur payé pour frapper les récalcitrants ». Il peut donc être difficile de saisir un objet particulier

  • L’objet peut à tout moment redevenir « sujet » de dispute : tant que tout fonctionne bien, la technique demeure un « objet » invisible. Dès que quelque chose ne fonctionne pas, elle devient un « sujet » polémique très opaque, labyrinthique (ex : le système financier).

  • Saisi dans la durée, l’objet est toujours un projet : « L’objet en lui-même est un arrêt sur image ». Si on l’observe par rapport à son script et à ses prédécesseurs, on comprend que l’objet technique est toujours un « projet », un dispositif sociotechnique.


Auto-régulateur de Watts

Représentative d’un caractère auto-régulateur. Machine qui a fasciné tous les économistes et les politiques du XVIII( possibilité de réguler, de gouverner par des « checks and balances » : quand ça va trop vite, ça écarte le régulateur qui ouvre une vanne )…

Croisement des philosophies politiques et des cultures techniques


Le modèle de l’horloge Le modèle du « governor »

Automatique Auto-régulation

Réglée une fois pour toutes « Check and balances » par soi-même

Modèle idéal du gouvernement Modèle idéal du gouvernement

Et de l’action divine libéral et de la volonté divine

Préféré sur le continent (Empires, royaumes) Préféré en Angleterre.

Comparaison par Otto Mayr Authority Liberty and Automatic Machinery in Early Modern Europe.

Mais l’horloge est une métaphore autoritaire ! Et ce qui est très étonnant c’est que la Grande-Bretagne prendra exactement la direction inverse exactement l’inverse !

On s’aperçoit aussi que le système économique que l’on prenait pour une machine de Watts n’en est pas une…


Fil de fer barbelé

David Nez, Une écologie de la modernité

Quelle est sa nouveauté ? Il fait mal, il est très facile à produire( de 5t en 1874 en 10000t en 1883 ). Ce fil va arrêter le mouvement des troupeaux( Lucky Luke… ). Jusque là, simple objet technique…

Application aux humains : influence sur la guerre

Il sera employé dès la guerre des Boers pour quadriller l’espace( premiers camps de concentration )

Il contribuera en grande partie le maintien de la ligne de front pendant la WW1

«  La raison pour laquelle le fil barbelé a été tellement efficace, c’est qu’il permet d’infliger de la douleur à grande échelle, très vite et à très bon marché ».


Les techniques sont-elles neutre ?

La question ne se pose pas. La technique n’est qu’un détour dont on ne sait pas ce qui peut émerger (réalisation de l’objectif ou composition)


Les dispositifs sont-ils des acteurs à part entière ?

Cas très concret les armes aux USA

Position de la NRA (National Rifle Association) : « If guns kill people, then my pencil mispell »

Position des opposants aux armes à feu : Même si je veux tuer un champion de catch, sans arme, je n’en aurait pas la possibilité.

Ces deux positions se replacent très bien dans le cadre de la théorie du « détour » :

La NRA se place dans l’axe Technique = Réalisation d’un objectif, j’aurais tué de toute façon.

Les opposants sur l’axe Technique = Composition, le pouvoir de l’arme à feu a entraîné un résultat imprévisible.




























Cours du 5 novembre . La nature de la Nature, le moment Darwin et l’explication des environnements : dans quelle milieu se déroule l’histoire commune des humains et des choses ?


Perspectivisme : douter de la notion de Nature

Expérience racontée par Claude Lévi-Strauss, reprise par Eduardo Viveiros

Valladolid, 1550 : Las Casas contre Sépulveda : les Indiens ont sans doute un corps, mais ont-ils une âme ? Cette question relève du « Naturalisme » = corps universel parce que « naturel » mais âme individuelle qui différencie les personnes et les non-humains.

Même époque, sur la côte de Pernambouc (Brésil), des Indiens se demandent si les Espagnols ont un corps ? Cette question relève de « l’Animisme » = âme universelle parce que « naturelle »

Levi Strauss appelle cette expérience le résultat du « perspectivisme » amazonien  Les indiens ne sont pas « proches de la nature » : ça, c’est la façon dont les Occidentaux les perçoivent. Philippe Descola( 1949- ) pense que la « Nature » est une manière « occidentale » d’aborder les relations entre les êtres humains et non-humains.

Les Indiens d’Amazonie ne sont pas du tout « dans » la nature, mais dans une société multiforme dont le modèle de base est humain, mais qui sont « différenciés » par leurs corps humains, animaux, végétaux, minéraux (d’où les masques ou les totems)

Cette expérience montre donc que l’on peut, à juste titre, douter, se méfier de la notion de Nature…


Darwinisme

Le cas Darwin est très étudié par Richard Dawkins. L’originalité de son argument est difficile à accepter. Surtout à cause de l’argument anti-religieux et de la dérive du darwinisme social. Darwin est un bel exemple de liens entre les sciences économiques ou sociales et les sciences naturelles, car l’argument fondateur est de Thomas Malthus( 1766 – 1834 ), car c’est lui qui a établit que le nombre de la population est relié aux moyens de subsistance.

La difficulté de l’argument de Darwin : arriver de considérer l’organisme comme une ligne de front :

  • entre organismes dans la même espèce

  • entre différentes espèces

  • et à l’intérieur de chaque organisme entre tous ses composants

Mais quel est le véritable argument essentiel de Darwin ?

  • La mise en mouvement des espèces, grâce aux espèces cataloguées par des naturalistes « fixistes » ou « systématiciens

  • La solidarité de tous les vivants : l’Histoire religieuse suppose la création par la même entité de toute les espèces, c’est moins intéressant que l’hypothèse de la ramification depuis toutes les cellules. Le lien existait en philosophie, c’est Darwin qui l’a prouvé.

  • Le caractère non linéaire de l’évolution : il n’est pas vrai que l’évolution va quelque part.

Ex : Les chevaux évoluent, mais il n’y a pas d’Idée de cheval.

Idée quasiment impossible à encaisser : la population n’est faite que d’exemplaires qui ne sont liés à aucune espèce précise… Il n’y a pas de plan supérieur.

Pour les créationnistes (ou Intelligent Designers), on rajoute un sens au pullulement des exemplaires. Désormais, on parle d’Intelligent Design

Pour Dawkins, il y a un strict jeu des contraintes matérielles qui définissent l’évolution

Pour Bergson, il n’y a pas de plan divin, d’idéal, mais une sorte de force qui traverse l’Histoire, un même flux vivant qui redonne du sens à l’ensemble de l’évolution.

Tout se passe de façon chaotique, mais surnage, survit, la survie du plus apte. Mais cette survie du plus apte, c’est un élément rajouté à la doctrine de Darwin (elle était présente, mais peu importante !)

 

Métaphore du sélectionneur

Gros problème avec Darwin : en quelques générations, les pigeons ont une très grande plasticité, ils peuvent évoluer beaucoup en quelques générations. Darwin a donc parlé d’un « sélectionneur », comme il l’était lui-même avec ses pigeons.

Le problème est que cette métaphore fait penser que la sélection naturelle a la même unité, continuité et concentration… C’est là la limite de la métaphore : il n’y a pas de sélectionneur naturel, il ne faut pas se laisser aller à ajouter un sens extérieur aux individus légèrement différents. Et c’est là que le politique a souvent joué un rôle : on ne peut pas s’empêcher de diluer en rajoutant un but à atteindre… Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas de sens, mais ce sens est à chercher à l’intérieur des individus !


Sauver Darwin ?

Soit Intelligent Design : il y a un Dieu qui anime tout çà.

Soit un optimum : il y a un optimum qui anime tout çà (l’Horloger aveugle).

Dans les deux cas, il y a ajout de sens, divin ou scientiste, donc on arrive pas encore à assumer la grande découverte de Darwin.

D’où la difficulté de comprendre l’adjectif Darwinien, toujours déformé.

Comment penser le vivant hors de la forme mécanique, de la vision mécaniste des espèces ?


Von Uexhül( 1864 – 1944 ) ou la définition du milieu (voir le film de la séance vers 1h de vidéo)

« Le biologiste en revanche se rend compte que cet être vivant est un sujet qui vit dans son monde propre (Umwelt) dont il forme le centre. On ne peut donc le comparer à une machine mais au mécanicien qui dirige la machine »

Von Uexhül n’étudie pas l’animal en laboratoire, mais dans son environnement. Il s’éloigne de la métaphore mécanique, et s’intéresse au « monde vécu ». Il en déduit alors la notion d’Umwelt avec la tique, apte à détecter l’acide butirique, le poil et la chaleur de la peau. Elle ne rencontrera que ces 3 sensations : « Dans le monde gigantesque qui entoure la tique trois stimulants brillent comme des signaux lumineux dans les ténèbres »

Chaque animal construit sa sphère de signification avec les critères d’Umwelt :

  • objet perçu

  • temps vécu (le reste du temps n’existe pas : l’homme ne voit rien en-dessous d’1/18èmes

  • espace (petits oiseaux faisant leur nid sous le nez de leurs prédateurs : pas un espace unique, mais des espaces construits selon des régimes de signification propres à chacun : ici on mange, ici on chasse, etc…)

  • la signification se construit dans la relation, pas seulement dans sa nature

L’animal est sujet : « La cloche se comporte comme un objet mort, qui se borne à subir des effets ; le muscle vivant se comporte comme un sujet, qui métamorphose tous les effets externes en un même stimulus qui déclenche son intervention ».

Différence entre l’entourage (ce qui environne) et le milieu (ce qui nous environne), le monde perçu par un sujet (milieu).

« Il n’existe pas d’espace indépendant des sujets. »

Il n’y a pas de différence homme/animaux-machines, mais une différence de degré d’articulation des perceptions (je perçois plus ou moins de choses). De plus, si on peut relier les Umwelt, il n’existe pas de Grand Environnement englobant. Pourtant, tous ces êtres à Umwelt différents vivent ensemble. D’où le fait que la question de l’environnement est éminemment politique, puisqu’elle concerne les relations entre des sujets (que ce soient les relations humain/non-humain ou les relations humain/humain) !


Peter Sloterdijk (première définition) ou « l’explicitation de l’environnement »

Paradoxe : on ne parle d’environnement que lorsque ce dernier a disparu, quand il n’y a plus de « dehors Nature » sur lequel on peut se décharger… Argument : les crises écologiques explicitent les sphères de survies à l’intérieur duquel les espèces peuvent vivrent.

Qu’ont fait les crises écologique ? Rendu visible des éléments jusque là invisibles, « taken for granted », de la même manière que les techniques en cas de panne.

Exemple de Biosphère 2 : serre artificielle recréant les conditions terrestres dans le désert.

Elle a influencé :

  • Peter Sloterdijk

  • Le premier producteur de télé réalité

« Même si le projet Biosphère 2 a eu, dans sa phase initiale, des motivations ultra romantiques, sa patte technique porte les traits d’une philosophie ultraréaliste…

Nature et naturel : usage presque toujours polémique (ni divin, ni surnaturel, ni artificiel, ni protégé)

Aide pour journal de bord : repérer les différents usages du mot naturel (pullulement de connotations politiques).

Cours du 19 novembre : Rhétorique et démonstration, l’insertion des sciences et le prix de l’objectivité


Sciences

La Science est le stade qui suit celui de la Technique. Plus récente et moins diffusée, elle est difficile à matérialiser. Objet d’une immense valorisation, mais également d’immenses enjeux idéologiques.


Démonstration / Rhétorique

Dans le Gorgias de Platon, la démonstration est l’art de Socrate qui emploie la géométrie (au sens d’un raisonnement rational et droit dans la pure lignée de l’épistémè) pour démontrer rationallement qu’il a raison et convaincre son interlocuteur. On pourrait résumer cette attitude par la phrase célèbre :

« Un homme qui a raison a raison contre mille Aristote et mille Démosthène »

Dans le Gorgias de Platon, la rhétorique est l’art des sophistes. « La rhétorique est un artisan de cette sorte de persuasion [ peithous demiurgos ] faite pour emporter la conviction, mais pas pour éduquer le peuple ». Elle ne sert pas à convaincre un individu précis, mais à persuadé les foules en jouant avec ses passions (définition même de la machination machiavélienne).


Platon / Les Sophistes : deux points de vue irréconciliables ?

Point de vue de Socrate : primauté de la question vrai / faux

 Il veut démontrer droitement à un seul contestant en négligeant l’avis de la foule

 Les Sophistes zigzaguent avec la rhétorique pour suivre la foule en prétendant la mener sans souci de la vérité

Point de vue des Sophistes : primauté des conditions de paroles

 Les exigences de la démonstration sont propres à l’art de la géométrie (la raison)

 Celles, autrement difficiles, de la politique sont de parler en temps réel, au plus grand nombre, sans connaissance complète et pour prendre des décisions vitales.

D’où la solution d’Aristote : la rhétorique est un effet supplémentaire nécessaire à la vérité.


Evidence

L’origine du conflit, c’est la croyance en une vérité/évidence qui s’impose sans besoin d’effet pour la soutenir.

Deux définitions classiques de l’évidence :

Apodeixis : Démonstration indiscutable, exemple de la vérité nue, donne l’apodictique, monde de la science  l’évidence selon Platon

Epideixis : démonstration indiscutable( anergeia ), exemple de Phryné dévoilée, donne la rhétorique, monde de la politique  l’évidence selon les Sophistes


Preuve indiscutable

Notion très paradoxale :

Les preuves sont indiscutables parce qu’elles sont directes  mais les preuves doivent être longuement discutées pour devenir directes !

Chaque élément suit le précédent sans aucun saut  c’est inefficace : chaque liaison doit être répétée et apprise par un long exercice.

On voit donc que l’art de la rhétorique, même s’il est méprisé par comparaison au raisonnement philosophique ou scientifique, est nécessaire : en droit, en politique, en école de communication…

Il faut donc, en Humanité scientifique, cesser de dissocier démonstration / rhétorique et s’intéresser davantage au « prix de l’objectivité ».

Fait / Rumeur

Comment les dissocier ? Question impossible à résoudre si elle est posée hors des « conditions de production » de l’énoncé. Il ne faut jamais accepter qu’il y ait de tels énoncés flottants.

Pour payer le prix de l’objectivité, il faut mettre l’énoncé « en bulle » l’énoncé et lui poser les questions pour « l’ancrer » dans la réalité, rematérialiser :

 Qui parle à qui et contre qui ?

 Quand et où ?

 Avec quel équipement, venant de quelle profession, partageant quelle vision du monde ?

 Avec quels collègues

 Financé par qui ?

 Avec quels impacts, quels concepts

 Quelle modification subit l’énoncé ?

 Que devient l’énoncé après qu’il a été stabilisé.

Quand on ne pose pas ces questions, on efface les différents éléments, et à la fin, il ne reste plus que des idées qui peuvent être vrais/fausses, on n’en sait rien.





 








Cours du 26 novembre : Le moment Galilée

Méthode scientifique moderne

Galilée en est le fondateur. Contrairement aux autres savants de son temps, il ne cherche pas dans les œuvres d’Aristote à savoir ce qui est vrai ou non : il fait l’expérience empiriquement, lisant ainsi dans le « Grand livre de la Nature. Exemple mythique : découverte de l’isochronisme des oscillations du pendule en comptant avec son pouls.

Il procède, dans ces autres expériences, selon la façon qui suit : montage d’une expérience simple, comparaison des résultats. C’est ainsi qu’il peut fonder sa connaissance par observation empirique.

Vraiment ? En fait, de nombreux chercheurs ou savants ont refait son expérience du plan incliné, et ne trouvent pas les résultats escomptés. D’ailleurs, la précision revendiquée par Galilée est irréaliste. Koyré, très réservé sur les « expériences » de Galilée, a une autre interprétation : Galilée ne se contente pas de monter une expérience pour voir ce qui va se produire. Au contraire, il a déjà les lois physiques en tête, l’expérience n’est qu’un moyen de la prouver (moyen rhétorique de persuader le public) à tous ses contradicteurs. Il est, en quelque sorte, le porte-parole (voir infra) de la Nature.

Drake a découvert les feuillets évoquant les vrais expérimentations de Galilée : il n’emploi pas de mesure de temps, mais un calcul de distance pour en déduire la vitesse de l’objet glissant le long du plan incliné. Cependant, il y a encore un problème : toutes les prévisions sont fausses ! (NB : Galilée ignorait certaines lois physiques, il ne pouvait donc pas faire autrement).

Cependant, ces feuillets permettent de comprendre la méthode de Galilée :

Expliquer, c’est transformer un fait physique en un problème mathématique, puis le résoudre en utilisant les outils mathématiques. Il opère une transformation par idéalisation pour ne garder que des grandeurs mathématiques.


Laboratoire (deuxième définition)

On ne revient pas sur les éléments déjà énoncés (lieu du détour, du montage d’expérimentation, etc.)

Si le laboratoire est véritablement la clé de l’évolution des sciences, c’est parce qu’il permet de supprimer toutes les conditions extérieures gênant l’observation et l’idéalisation d’un phénomène, de s’éloigner du « savoir commun » (ce que tout le monde perçoit dans la sphère naturelle).

En reproduisant dans une sphère artificielle les conditions simplifiées, épurées, du phénomène dans la sphère naturelle, on peut écarter toute hypothèse d’externalité et mathématiser toutes les données de l’expérience.

Une fois ces expériences faites, on peut alors passer aux applications : pour l’isochronisme, on fabrique la pendule ; pour la chute des corps, on proposera des conseils sur l’artillerie


Récits galiléens

Comme la montré la pièce « évolutive » de Bertold Brecht, il y a deux manière de raconter Galilée :

  • le récit héroïque : Galilée seul contre tous brise les entraves de la religion, de l’aristotélisme, de l’irrationalité, de la politique et découvre l’univers infini à la place du cosmos

  • Le récit historique : Galilée déplace les relations entre religion, politique, scolastique, et définit un nouveau « style scientifique » qui recombine physique, géométrie (et rhétorique)


Rappel du cours précédent – Le choix de Galilée

  • les preuves sont indiscutables parce qu’elles sont directes / chaque élément suit le précédent sans aucun saut / celui qui n’est pas convaincu est anormal, irrationnel ou fou / opposition totale avec la rhétorique

  • les preuves doivent être longuement discutées pour devenir directes / chaque liaison doit être répétée et apprise par un long exercice / Celui qui n’est pas convaincu n’a pas suivi l’apprentissage des preuves / Rhétorique de la non-rhétorique.

Dans le premier cas, on veut lutter contre la déraison. Dans le second, on va apprendre à montrer les preuves, s’habituer et devenir compétent dans la manipulation des preuves et la démonstration.

Galilée a fait le choix de lutter contre la déraison, mais en passant maître dans l’art de prouver ses dires : c’est çà le « style scientifique » Galilée : penser une loi, monter l’expérience pour la prouver…


Mécène

La figure de Côme de Médicis permet bien de cerner le rapport entre Galilée et son mécène et, du même coup, le lien entre science et politique. Galilée lui écrit pour lui demander des fonds, sans pour autant lui garantir aucun résultat (il se peut que les détours ne l’amènent qu’à une composition inattendue, utile pour la science mais pas au Prince). Lorsqu’il découvre de nouveaux astres, Galilée les nomme « astres médicéens » en hommage à son patron, afin de garantir le financement vital pour la bonne marche des recherches.


Lunette astronomique

A l’origine conçue pour servir la puissance militaire vénitienne, c’est l’illustration typique d’un objet à visée politique « converti » en objet scientifique : c’est Galilée le premier qui la tourne vers le ciel. Problème soulevé par Vasco Ronchu (Messager): c’est l’artifice qui sert d’instrument pour se rapprocher de la vérité ! Galilée prend le pari que par cette artificialisation, on peut atteindre la réalité. De plus, il développe l’usage du dessin (élément artistique = encore un lien humanités /sciences) pour rendre compte de ses observations et « sauver » ainsi les phénomènes (les rendre abstraits, aptes à être mathématisés). Son style est donc un style factuel qui consiste à décrire précisément une image, quitte à « l’arranger un peu » (mauvaise qualité des lunettes). En découvrant les cratères de la Lune (et donc son caractère corruptible), il fusionne ainsi deux mondes jusque là opposés :

  • le monde céleste où les mathématiques permettent de « sauver les phénomènes », mais qui n’a pas de rapport réaliste avec la réalité terrestre (incorruptible)

  • La réalité terrestre qui peut être décrite mais qui ne peut pas être calculée avec la précision des mathématiques (corruptible)

Par le dessin, la géométrie, il réunit la « physis »(la nature) et les mathématiques, et parvient à rendre compte des phénomènes et à chercher leurs explications : « La philosophie[science] est écrite dans ce vaste livre constamment ouvert dans nos yeux (je veux dire l’univers) et on ne peut le comprendre si d’abord on n’apprend à connaître la langue et les caractères dans lesquels il est écrit. Or il est écrit en langue mathématique, et ses caractères sont le triangle et les cercle et autres figures géométriques, sans lesquelles il est humainement impossible d’en comprendre un mot ».


























Publié dans Semestre 1

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Basile 30/01/2009 11:19

"Babouin : Mammifère poilu évoluant alternativement sur deux ou quatre pattes. Notre grand-père à tous."
Enorme ! Merci beaucoup pour ce glossaire précieux pour ceux qui, comme moi, n'ont pas été d'une assiduité remarquable en huma sci...