Boutry 8 - La monarchie de juillet, le libéralisme conservateur

Publié le par 1A 08/09 notes

Séance 8 - La monarchie de juillet, le libéralisme conservateur

 

 

 

Introduction :

Monarchie de juillet : une monarchie qui porte le nom d’une révolution.

La révolution qui a fait naitre ce régime a pesé lourd dans son fonctionnement et dans sa fin.

La révolution de juillet 1830 est une révolution populaire, nationale et libérale:

 

 

   1) Une révolution populaire

Le peuple de Paris a couvert la ville de barricades durant les Trois Glorieuses.

Cette révolution a permis un changement de dynastie : le peuple de Paris a chassé Charles X du trône et a mis à sa place son cousin Louis-Philippe d’Orléans, présenté par le général de La Fayette (ancien aide de camp de Washington) qui l’embrasse à l’Hôtel de Ville de Paris.

Louis-Philippe doit son trône à la monarchie de juillet : il demeurera un roi redevable à une révolution.

à déficit de légitimité perçu par les monarchies d’Europe centrale et par les classe dirigeantes : pas de légitimité divine, pas de légitimité parlementaire.

Louis-Philippe va être confronté à un adversaire : Henri V, comte de Chambord, duc de Bordeaux petit-fils de Charles X. Il incarne la légitimité de la branche ainée des Bourbons, il vit en exil et constitue une menace pour Louis-Philippe.

Les républicains reprocheront à Louis-Philippe d’avoir confisqué la révolution, on regrettera que La Fayette n’est pas proclamé la république.

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le caractère populaire de la révolution de 1830 prive Louis-Philippe d’une partie de sa légitimité : à droite comme à gauche.

 

 

   2) Une révolution nationale

Après Paris, l’armée puis la nation toute entière dans une très large majorité s’est rallié au nouveau régime, surtout à cause de l’impopularité du régime « du trône et de l’autel » de Charles X.

Louis-Philippe se veut l’Homme de la nation : il rétablit le drapeau tricolore, il veut réconcilier la monarchie et la nation. Il le peut d’abord à cause de son père, Philippe d’Orléans, aristocrate libéral, grand maître du grand Orient de France avant la révolution, député à la constituante puis à la Convention. Il songe déjà remplacé Louis XVI. Il prend le nom de Philippe-Egalité puis votera même la mort du roi. Se méfiant de ses ambitions, Robespierre le fera guillotiner. Louis-Philippe vivra donc le début de la révolution (membre du club des Jacobins, soldat dans les armées révolutionnaires à Valmy).

Pour réconcilier la nation, il mène une vie plutôt bourgeoise en apparence : fidèle à sa femme, ses fils vont au lycée… C’est « un roi citoyen » (Thiers). En lui-même, il se considère tout de même comme l’arrière petit fils de Louis XIV.

 

 

 

   3) Une révolution libérale

Louis-Philippe s’est appuyé sur la Chambre des députés, il a soutenu ses droits contre les ordonnances de Charles X. comme lieutenant général du royaume puis comme roi des Français il respecte la Chambre, il se dit le roi de la charte et se veut libéral à l’anglaise. Il veut terminer les révolutions.

Ce libéral reste un libéral conservateur attaché à l’ordre social traditionnel des notables.

 

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de la révolution se dégage une figure composite, hétérogène de ce roi. Il aura trois appellations :

 

I. Un roi citoyen : la monarchie libérale

II. Le roi des Français (cf. Napoléon empereur des Français) : la souveraineté nationale

III. Le roi des barricades : victime de la violence révolutionnaire qui la fait roi : divorce entre pays légal (monarchie) et pays réel (société en cours d’industrialisation)

 

 

 

I. Un roi citoyen

 

  1) Des réformes libérales

Les premières années sont marquées par des réformes libérales qui ont transformé la culture politique, le droit et même en partie la société.

 

    A) La Charte révisée

D’abord, la Charte révisée maintient une monarchie parlementaire. Louis-Philippe y apporte quelques modifications :

-modifications religieuse : le catholicisme n’est plus religion de l’Etat

-pouvoir exécutif réduit : le roi ne peut plus gouverner sans l’accord du Parlement, par décrets

-pouvoir législatif renforcé : les Chambres ont désormais l’initiative des lois, les ministres sont responsables devant les Chambres (ils doivent avoir une majorité parlementaire), la Chambre des Pairs n’est plus héréditaire

 

 

     B) Une stricte égalité religieuse

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fin des discriminations religieuses : juifs acceptés, protestants en réussite (ex. : Guizot)

 

 

    C) Des réformes électorales:

-la loi électorale d’avril 1831 : nouvel abaissement du cens pour élire et être élu

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240 000 votants sur 36 millions d’habitants

-la loi municipale de mars 1831 étend le droit de vote pour les élections locales : plus le village est petit, plus le corps électoral est important

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2 millions d’électeurs locaux (paysans aisés, petite bourgeoisie rurale)

à apprentissage de la vie politique locale

 

 

    D) La réforme de la Garde nationale

-la loi sur la garde nationale (milice créée en 1789 pour la garantir la sécurité, elle fut supprimée en 1827 puis rétablie avec pour rôle de protéger la monarchie constitutionnelle) de mars 1831 : les officiers de la Garde Nationale sont élus

 

 

 

  2) L’élan des débuts du régime

    A) La loi de réforme pénale

-la loi de réforme pénale d’avril 1832 : première révision du Code pénal napoléonien supprimant les peines corporelles et inventant les circonstances atténuantes. Elle abolit donc l’application automatique de la loi. Les circonstances atténuantes diviseront par deux le nombre de condamnés à mort.

 

 

    B) La loi Guizot sur l’instruction publique

-la loi Guizot sur l’instruction publique de juin 1833 : étape importante dans l’alphabétisation des Français, elle impose la création d’une école par commune et d’une école normale par département. L’école n’est toutefois ni obligatoire ni gratuite et les filles y vont peu. A la fin du régime le nombre d’enfants scolarisés a doublé et seules 3000 communes n’ont pas d’écoles. C’était la conviction de Guizot : l’importance de l’instruction.

 

 

   C) La loi de 1838 sur les asiles d’aliénés

-la loi de 1838 sur les asiles d’aliénés : les aliénés étaient en dehors du droit : les loi de 1838 leur donne des droits et permet le placement des aliénés dans des asiles

 

 

 

  3) Les limites des réformes

Ces réformes libérales s’arrêtent dans la deuxième moitié du régime, marquée par l’immobilisme.

Elles présentent toutes la limite du libéralisme conservateur : la citoyenneté est limitée à une élite, les femmes sont des mineures d’un point de vue juridique, l’esclavage est maintenue dans les îles à sucre (en 1848 il y en a encore 240 000). La traite est néanmoins interdite.

 

 

 

II. Le roi des Français : comment le régime a accompagné les mutations des années 1840 : l’industrialisation

 

  1) Les effets de l‘industrialisation

La France, 60 ans après l’Angleterre, entre pleinement dans l’âge industriel.

 

    A) Les mutations démographiques

Cette mutation est d’abord démographique : de 32 à 36 millions d’habitants. La croissance démographique demeure plus faible que dans les pays voisins.

 

 

    B) L’accélération économique

L’Économie connait une accélération remarquable : 2,5% de croissance annuelle durant la période :

-transports : âge d’or des canaux lancé par le plan Becquey sous la Restauration, début du chemin de fer (en 1842, première loi sur les chemins de fer : construction des rails à la charge de l’Etat, exploitation confiée à des compagnies). Il faut importer les ingénieurs et les techniques de l’étranger et la création d’un réseau ferré est lente. Les chemins vicinaux sont rénovés : désenclavement des villages.

-agriculture : progrès de la spécialisation (vaches laitières en Normandie…) et des cultures industrielles (betterave à sucre, ver à soie…)

-industrielle : première révolution industrielle fondée sur 3 piliers :

~charbon comme source d’énergie, exploité dans certaines régions

~le fer : la fonte et l’acier : la sidérurgie

~le textile : Nord, Alsace, Normandie

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apparition d’un prolétariat industriel

 

 

    C) Vers une nouvelle société

Le prolétaire est celui qui ne possède que ses enfants et sa force de travail. Il est un paysan pauvre arraché au travail des campagnes à la recherche des salaires industriels. On compte de 1848 1,3 million d’ouvriers. Leurs droits sociaux sont au minimum : une seule loi sociale sera votée sous la monarchie de juillet, en 1831, sur le travail des enfants. Elle n’est pas respectée faute d’inspection du travail.

 

 

    D) Le processus d’urbanisation

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urbanisation : des villes nouvelles/industrielles/houillères/textiles et des grandes villes (Lille, Marseille, Rouen…).

L’urbanisation est rapide, les faubourgs sont misérables (1832 puis 1849, épidémies de choléra).

Il existe une double ségrégation :

-horizontale : quartiers bourgeois/nobles et ouvriers

-verticale : étages nobles aux plafonds élevés, puis au-dessus des étages de plus en plus étroits jusqu’aux chambres de bonne

 

 

 

2) Modernité culturelle :

    A) La renaissance de la presse

-le journal La Presse, de Girardin qui divise par 4 le prix d’un journal grâce à la publicité et au roman-feuilleton (situé au rez-de-chaussée, en bas de la première page)

 

 

    B) L’effervescence sociopolitique

-effervescence sociale et politique : l’âge d’or des premiers socialismes, des théoriciens inventent une refondation du social : les disciples de Saint-Simon ou Fourier, Pierre Leroux, Louis Blanc (auteur de L’Organisation du travail ), projets communistes d’Etienne Capet (L’Icarie), Proudhon

 

 

    C) Le rôle des associations

S’inspirant des premières associations ouvrières (comme les sociétés mutuelles), ils voient dans l’association le maître-mot des sociétés à venir : il faut inventer le social, et le mot démocratie dans les années 1840 a un sens social.

Ces projets ne parviendront pas à s’imposer en 1848.

 

 

 

  3) La valorisation de la fibre nationale

    A) La réconciliation avec la révolution et l’Empire

Fibre nationale : réconcilier la nation avec la révolution et avec l’Empire

Thiers, le 15 décembre 1840, lors d’une cérémonie réunissant des millions de personnes, ramène les cendres de Napoléon de l’île d’Elbe et sont placés sous le dôme des Invalides. Louis-Philippe y voyait un moyen de tourner la page, alors que le prestige napoléonien en sortit en fait renforcé.

 

   

    B) La reprise de l’expansion territoriale

La France ré-entreprend une expansion territoriale : conquête dans les Caraïbes et invasion du territoire algérien contre le chef des tribus algériennes Abdel Kader, qui doit se rendre en 1847 à l’amiral Bugeaud. Après une guerre atroce, la colonisation débute.

 

 

 

III. Le roi des barricades

  1) Une immobilisme croissant

Un immobilisme croissant d’un roi au départ entouré par deux lignes politiques :

   

    A) L’impossible choix entre le mouvement et la résistance

-le Mouvement mené par La Fayette et le banquier Laffitte

-la Résistance de Casimir Périer et Guizot

 

 

    B) D’incessantes tentatives d’insurrection

Le Mouvement cesse vite face aux tentatives d’insurrections sociales et politiques. La plus importante est la révolte des Canuts, les ouvriers de la soie de Lyon : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Ils exigent un revenu minimal et un droit au travail. C’est la première révolution uniquement sociale. Elle sera matée militairement.

En 1832, pour l’enterrement du général Lamarque, une révolte d’étudiants et de militants républicains est écrasée.

En avril 1834 , Bugeaud fait massacrer les habitants d’un immeuble de la rue Transnonain : ce massacre terrifie Paris.

Révolte légitimiste : la duchesse de Berry échoue à soulever la Vendée.

 

 

    C) Des lois contre l’opposition

A partir de 1835, les oppositions légitimistes, bonapartistes et républicaines sont interdites. Ces interdictions sont efficaces mais l’immobilisme gagne la France. La Résistance a gagné avec sa politique du « juste-milieu ». Guizot aura pour devise : « Enrichissez vous par le travail et par l’épargne » afin de devenir électeur. Le régime politique est bloqué, les candidatures officielles et les députés fonctionnaires laissent le roi libre.

 

 

 

2) L’accumulation des oppositions

Devant cette crise d’immobilisme, les contestations se font jour : les sociétés républicaines multiplient les attentats contre Louis-Philippe (« Il n’y a que pour moi que la chasse est ouverte tous les jours »), émigration de l’intérieur des légitimistes, contestations des catholiques (liberté de l’enseignement), la crise sociale de 1844-1846 multiplie les conflits à 1847 : campagne des banquets.

 

 

 

Conclusion : la fin du régime

Le 23 février 1848, le banquet de Paris a tété interdit, des affrontements font 15 morts, et le lendemain la ville se couvre de barricades. Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils, le peuple refuse, et Lamartine proclame la république depuis le balcon de l’Hôtel de Ville.

Publié dans Semestre 1

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