Kalifa 11

Publié le par 1A 08/09 notes

20/05/08

Séance 11

 

Culture ouvrière, dissidence ouvrière ?

 

 

Catégorie qui s’est profondément renouvelée. Emergence de théories sociales, dans une croyance quasi-messianique : régénération du monde ouvrier, caractéristique d’une culture ouvrière forte.

Le fait que cette question ait aujourd’hui déclinée, ne doit pas nous entraîner à occulter la large centralité qu’a tenu ce phénomène. Pas exclusivement lié à la période étudiée : il a toujours existé des ouvriers (travailleurs urbains), mais en Ang, a commencé bien plus tôt, en lien avec la chronologie statistique de la Révolution industrielle.

Mais la conception moderne (salarié de grandes entreprises, prolétaire) commence dans la 2° phase de l’industrialisation, en lien avec les innovations de la 2° vague. L’historienne Michelle Perrot, aussi historienne du mvt ouvrier parle « du siècle des ouvriers », période qui débute autour de 1860 et qui s’étend jusqu’en 1960, où progressif déclin. Il y a toute une mythologie, toute une iconographie ouvrière (tableaux).

 

 

I.                   Emergence d’une « classe » ouvrière : terme de classe important.

 

 

Réflexion sur qu’est-ce qu’une classe sociale.

 

Guizot est le premier à lire la société nouvelle en termes de classes, et Marx le reprendra en affrontements de classes.

Pendant longtemps, approches essentiellement objectives, dérivées du marxisme. Les classes seraient mécaniquement produites par les rapports de production.

 

Ouvrage de Edgar P. Thomson, en 63, publie The making of the English Working Class. Est lui même marxiste, mais propose une analyse moins objective. Pour lui, une classe sociale, c’est le produit des rapports de production, mais cela suppose aussi une identité, une série d’action dans le travail, dans les relations avec les autres, dans la famille. => Série de sentiments propres en dehors du processus de production. Formation autant culturelle que sociale.

 Il montre par exemple que le facteur religieux a été extrêmement important. Les Eglises dissidentes ont joué un rôle majeur dans la construction d’une identité ouvrière.

 

La culture ouvrière est diverse : l’ouvrier d’usine a longtemps été minoritaire et le concept de classe a été pendant longtemps peu pertinent. Un monde compliqué se met en place.

Immense débat, notamment en Angleterre : les historiens se sont étripés autour de cette notion. On a cherché à percevoir cette identité de manière beaucoup plus complexe en montrant qu’il y avait des fractures multiples entre hommes/femmes, en terme de religions, d’origine nationale (gallois / anglais). Bref la notion de classe ouvrière dans son côté plein et absolu correspond en fait à un univers complexe.

 

On a revu à la baisse le rôle des luttes sociales, politiques. On redonne de l’importance aux pratiques ordinaires, de la vie quotidienne. En Allemagne, tout un courant historiographique a été attentif à cette pensée du quotidien.

ð  Ne pas surestimer l’homogénéité des ouvriers mais ne pas les escamoter.

 

 

Après 1850, il y a a eu une accentuation du phénomène qui a eu pour effet :

 

A.    Progression de l’ordre usinien

 

Un mouvements quantitatif :

En 1850 et 1910, dans la plupart des pays occidentaux, le pourcentage d’ouvriers dans la vie active augmente (en All, passe de 24% à 41 % ; en GB, de 48% à 51 %).

Aux US,  ce taux est inférieur car il y a un phénomène de tertiarisation avancé.  => C’est le temps des grands contingents.

 

Un mouvement qualitatif :

Extinction de l’ouvrier paysan au profit de l’ouvrier d’usine (le bagne industriel), avec règlements et discipline d’usine, les amendes. Processus de déqualification du travail ouvrier. Ces grandes usines, ses grands bâtiments sont très mal vécus : les hauts murs évoquaient la caserne, la prison et reflètent la perte de liberté. Sentiment d’un enfermement, le bagne industriel fait perde toute indépendance à l’ouvrier. C’est un lieu disciplinaire qui suscite la révolte. L’ouvrier en grève sort tout d’un coup de l’usine, on lui échappe. C’est un lieu pensé comme contraignant.

On cherche à mettre au point des règles de productivité. Le technicien Taylor met au point un système moderne, une organisation rationalisée du travail en tentant de chronométrer les gestes, des systèmes pour récompenser les plus productifs. C’est dans les 1910’s que le système se met réellement en place. En France, c’est Renault qui innovera. On cherche à développer une recherche sur la fatigue pour mettre en place les modes les plus productifs. En France, pays de petite et de moyenne entreprise pendant encore longtemps, alors qu’en Allemagne, réalité différente. « Sweating system » dans le monde la confection avec précarité des salaires qui rendent les situations extrêmement dures.

 

ð  S’il y a une tendance c’est la progression de l’ordre usinier.

 

 

B.    Moment où le monde ouvrier s’homogénéise.

 

Pourquoi ? Alphabétisation progresse et permet un programme commun. La législation s’assouplit, ce qui contribue à resserrer les liens, à créer des solidarités.

 

Il ne faut pas l’exagérer : c’est encore un univers tendu, fragmenté avec des stratifications multiples entre une minorité d’ouvriers qualifiés (qui deviennent contremaitres, petits entrepreneurs) et ouvriers spécialisés. D’autres lignes de fractures traversent encore le monde ouvrier : une ligne de genre. Les hommes sont extrêmement méprisants vis-à-vis des ouvrières. Les femmes sont très mal payées, qui vivent une double discrimination (de travail ET de genre). « Malebreadwinner » : celui qui gagne le pain doit être l’homme. Mais aussi fracture de génération, et fracture de races et d’origines, à l’aune des mouvements migratoires. Affrontements mêmes.

 

 

II.                 1° voie dans laquelle s’engage cette classe : Culture ouvrière et intégration sociale.

 

A.    Amélioration des conditions générales après 1850

 

Progrès des salaires réels. En  Ang, progresse de 50 %, en France, 60 % pendant la période. Amélioration relative des cond° de vie qui correspondent à des programmes éco d’intégration (cours 5).

Programmes sociaux, par entreprises paternalistes (Krupp en All), mais aussi débuts de législation sociale par les Etats (Bismarck fait des lois sur l’assurance vieillesse, l’assurance chômage. En Ang, dans l’ère edwardienne, à la Belle Epoque, prennent des lois).

Univers juridique qui permet l’association, des négociations salariales.

ð  La vie s’améliore un petit peu.

 

 

B.    Mais la vie est encore difficile

 

 En 1900, un ouvriers travaille encore une dizaine d’heures par jour avec salaires bas, l’alimentation tient une place primordiale ( 60 %) dans le budget. Se diversifie, mais réalités très dures, car le budget est happé par l’alimentation et le vêtement, laissant peu de choses au logement. [ Moins net aux US où le budget du logement augmente]. Les cités ouvrières commencement à émerger (cité ouvrière à Mulhouse).

 

Les ouvriers ont encore une tradition populaire traditionnelle : ils n’ont pas coupé les ponts avec le monde rural, ni avec les petits métiers urbains. La notion de fatalisme est très forte dans le monde ouvrier, de même le scepticisme à l’égard de tout ce qui est extérieur, qui aboutit à un mélange de pragmatisme et de soumission. E. Thomson parle d’une économie morale : chacun a des devoirs, amis aussi des droits. Le devoir est de travailler, mais le patron a aussi des devoirs et l’Etat qui se substitue au monarque joue ce rôle nourricier. Culture ouvrière qui n’est pas que celle du syndicat. Culture du corps, du geste, de la main.

 

C.     Intégration qui prend des formes diverses 

 

Les ouvriers anglais sont très attachés à la volonté d’apprendre : livres publiés par les milieux mutuellistes sont très diffusés. Se multiplient des institutions pour les des cours du soir (London Working Class College), les sociétés amicales se multiplient (friendly societies). En 1867 une Commission parlementaire conclut à leur utilité. Syndicalisme différent de celui qu’on évoquera tout à l’heure. En 1871, Trade Union Acts les légalisent pleinement.

En France, les milieux saint-simoniens font pression. Idéal d’une culture ouvrière affranchie des réalités les plus difficiles de la vie. Grand positivisme en France, mais aussi en All dans le mouvement social démocrate qui est très réformiste dans les faits.

 En All, dévt d’un immense réseau d’associations sportives, association familiale. Il ne faut pas accentuer ce phénomène : permet une accession à une petite propriété, mais difficilement plus. Milieu duquel on peut difficilement échapper : fils d’ouvrier sera ouvrier.

 

 

III.              Les voies de la dissidence et du conflit.

 

En période de crise, engagement sur la voie de la rébellion. La spécificité d’une identité ouvrière a augmenté avec l’augmentation de la masse ouvrière.

En France, en 1864 est publié le Manifeste des soixante : on ne peut pas faire confiance à des représentants qui ne viennent pas de notre milieu. Même propos qu’est donné lors de la I° Internationale : « l’émancipation des travailleurs se fera par les travailleurs eux-mêmes ». Proudhon publie De la capacité politique des classes ouvrières. Devient la Bible du mutuellisme ouvrier.

En restant minoritaire, s’accélère dans les 1880’s, une partie du mouvement ouvrier va refuser la culture dominante et va valoriser une identité spécifique, des formes de solidarité de classe, refusant le savoir académique, les formes de promotion bourgeoise, refusant les voies de l’émancipation par l’intégration. Il faut rester ouvrier car cette identité a de la valeur.

Tout un univers neuf se construit, qui pose les valeurs ouvrières comme des valeurs de devenir, comme les valeurs d’un monde neuf, d’une autre morale, de ce qui va être le « Grand soir », l’idéal d’une Révolution d’un monde nouveau, tout ceci dans la rébellion, la radicalisation du mouvement ouvrier. La grève va devenir un outil majeur d’expression de la classe ouvrière, capable de bloquer le monde.

 

Deux exemples différents :

 

-          Un contexte réformiste : l’Angleterre.

-          Un contexte plus révolutionnaire : la France.

 

A.    Un contexte réformiste : l’Angleterre

 

En Ang, dans 1880’s, le mouvement d’intégration décrit précédemment, voit à sa gauche, dans un contexte de chômage, un nouvel unionisme, beaucoup plus radical.

Ce ne sont pas les mêmes : unskilled ou semi skilled. => Beaucoup moins qualifiés. Ouvriers plus prolétaires avec des milieux comme dockers, cheminots. Des syndicats généraux se rassemblent pour représenter ces workers.

Politisation beaucoup plus importante : moment où le socialisme pénètre le monde ouvrier. La société Fabienne de Béatrice et Sydney Webb, est un socialisme non violente mais pénètre les milieux. => Diffusion d’idéaux différents. En 1888, le mineur écossais Keir Hardie lance l’idée d’une candidature ouvrière et donc ne pas faire confiance dans les partis libéraux. Propose la création d’un parti du travail, avec un programme plis virulent, plus productiviste, même si on est loin du courant marxistes et anarchistes (il en existe quand même).

Unionisme beaucoup plus violent avec des revendications plus radicales (journée de 8h…) et plus affirmées. Plus de 2 millions et de mi et de syndiqués. Manifestations plus nombreuses : grèves, émeutes. Bloody Sunday en novembre 87 = émeutes qui tournent mal. En 89, grèves de dockers sont très violentes. Face à ça, le patronat s’organise. => Poussée gauchiste qui permet d’organiser des grèves générales, comme en 1912 où tous les ports sont bloqués.

ð  Combativité et radicalisation à très forte identité prolétarienne.

 

B.    Un contexte plus révolutionnaire : la France

 

En France, extrême gauche révolutionnaire traditionnellement beaucoup plus combative.

En dépit des avancées sociales (repos obligatoires en 1906 et retraites en 1910), les milieux ouvriers déplorent l’incapacité de la République à résoudre la question sociale. Le divorce entre ouvriers et République date de 1848 et surtout de la Commune de Paris en mai 71 (les Républicains tirent sur les ouvriers). Le nouveau régime se montre lui aussi répressif à l’égard du mouvement ouvrier : fusillade de Fourmies dans le nord le 1° mai 1891, tuant des femmes, blessant des enfants. Sentiment que la République est encor eun régime qui tire. D’où le regard ouvrier mené par une extrême gauche qui se réorganise après 1880. 1880 car après la Commune, les dirigeants reviennent. La République incarnerait les intérêts de la bourgeoisie, du capital. => mouvement ouvrier assez fortement hostile à la République, à l’institution.

 Confirmé par l’assez forte radicalisation du mouvement socialiste influencée par le mouvement marxiste. Traditions anarchisantes vont influencer le mouvement syndicaliste : très forte présence de la pensée proudhonienne, pensée idéale, d’égalitarisme, fondée sur la valorisation des petites unités de production, dans les 1870-80’s. Cela évoluer sous l’influence des milieux anarchistes plus virulents de la fin du XIX° siècle qui se conjugue avec un début d’individualisme plus viscéral. Pensée très riche à la fin du siècle : beaucoup de théoriciens anarchistes en France. Séduit aussi les avant-gardes littéraires (poètes ou peintes symbolistes), amis c’est aussi très vivant dans les milieux syndicalistes.

 

Cette forte dimension révolutionnaire va prendre deux formes :

 

-               une brève et spontanée : action terroriste. Une vague de violence traverse la France. Tentation de l’activisme. Idée de l’inégalisme ouvrier qui mène soit à la délinquance soit au banditisme.

 

-               Syndicalisme révolutionnaire : en France et des pays latins. Réflexion de Ferdinand Pelloutier. Idéal d’un syndicalisme révolutionnaire, tel qu’il est affirmé en France en 1895 dans le Congrès de Limoges : la CGT en est l’incarnation jusqu’en 14. Syndicalisme qui développe l’idée suivante : double besogne. Formes ordinaires du syndicalisme et préparer la révolution, abattre l’institution par une grève générale et constituer une nouvelle société. Reconstituer par-delà la Révolution une forme de structure sociale. De nouvelles structures seront organisées autour de petits groupes de producteurs. Par l’action ouvrière, faire basculer l’Etat. Très virulent au moment de la Belle Epoque. Les 1° mai des 1905, 1906 sont liés à un très fort antimilitarisme et antipatriotisme. => Grande peur sociale autour de 1900 qui suscite une vive répression.

 

ð  En dépit de l’importance de cet imaginaire, pèse peu en 1914. Ne mord pas aussi durement qu’on pouvait le croire les identités et les comportements des individus.

 

Publié dans Khalifa

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